Paul Tudor Jones
2,055,389 views • 9:51

C'est une histoire sur le capitalisme. C'est un système que j'aime car il m'a offert à moi et à des millions d'autres opportunités et succès.

J'ai commencé comme trader, quand j'avais une vingtaine d'années, par vendre des matières premières, du coton surtout, et s'il y avait un marché libre où c'était la foire d'empoigne, c'était celui-ci, où les hommes portaient des cravates mais agissaient comme des gladiateurs et se battaient littéralement et physiquement pour un bénéfice.

Par chance, j'étais suffisamment bon pour à l'âge de 30 ans, avoir la possibilité de monter à l'étage du monde de la gestion financière, où j'ai passé les trois décennies suivantes comme trader macro-économique. Et pendant tout ce temps, j'ai vu beaucoup de choses folles dans les marchés, et j'ai négocié beaucoup d'engouements dingues. Et malheureusement, je suis triste d'annoncer que maintenant nous pourrions être aux prises avec certainement l'un des engouements les plus désastreux de ma carrière, et une leçon constante est que les engouements ne finissent jamais bien.

Aujourd'hui et depuis les 50 dernières années, en tant que société, nous en sommes venus à percevoir nos entreprises et sociétés d'une manière étriquée, presque monomaniaque, en ce qui concerne comment nous les évaluons, et nous avons mis tant d'accent sur les bénéfices, sur les gains trimestriels à court terme et la valeur des actions, que nous avons exclu tout le reste. C'est comme si nous avions arraché l'humanité de nos entreprises. Aujourd'hui, on ne fait pas ça - réduire commodément quelque chose à un jeu de données avec lequel on peut jouer comme avec des Legos - on ne fait pas ça dans nos vies privées. On ne traite pas quelqu'un ou ne l'évalue pas en se basant sur son revenu mensuel ou son crédit, mais on a ce double standard quand on en vient à la façon d'évaluer nos entreprises, et vous savez quoi ? Ça menace les fondations-mêmes de notre société. Et vous allez voir comment.

Ce graphique montre les bénéfices d'entreprises remontant à 40 ans, en tant que pourcentage des revenus, et vous pouvez voir que nous sommes au sommet des 40 dernières années à 12,5%. Houra si vous êtes un actionnaire, mais si vous êtes de l'autre côté, et que vous êtes le travailleur américain moyen, alors vous pouvez voir que ce n'est pas une si bonne chose. [«Part du revenu versé au travail par rapport à l'écart de salaire PDG-ouvrier»]

De plus grands bénéfices n'améliorent pas la richesse de la société. En réalité, ils exacerbent l'inégalité de revenus, et ce n'est pas une bonne chose. Mais intuitivement, c'est sensé, non ? Car si les premiers 10% des familles américaines possèdent 90% des actions, comme ils prennent une plus grande part des bénéfices d'entreprises, alors il reste moins de richesses pour le reste de la société.

Encore une fois, l'inégalité de revenus n'est pas une bonne chose. Le graphique suivant, fait par The Equality Trust, porte sur 21 pays depuis l'Autriche au Japon et à la Nouvelle-Zélande. Sur l'axe horizontal se trouve l'inégalité de revenus. Plus vous allez à droite, plus l'inégalité de revenus est grande. Sur l'axe vertical se trouvent neuf critères de santé et sociaux. Plus vous montez, pire sont les problèmes, ces critères incluent l'espérance de vie, la grossesse précoce, l'alphabétisation, la mobilité sociale, pour n'en nommer que quelques-uns. Ceux parmi vous qui sont américains pourraient se demander, où sont classés les États-Unis ? Où sont-ils sur ce graphique ? Et devinez quoi ? Nous sommes littéralement hors du tableau. Oui, c'est nous, avec la plus grande inégalité de revenus et les plus grands problèmes sociaux d'après ces critères.

Voici une prédiction globale qui est facile à faire, et c'est que le fossé entre les plus pauvres et les plus riches se fermera. L'Histoire le fait tout le temps. Cela arrive typiquement d'une de ces trois façons : soit par une révolution, soit par plus de taxes ou soit par des guerres. Aucune de ces solutions n'est sur ma liste de choses à vivre. (Rires)

Il y a une autre façon de faire, et c'est en augmentant la justesse du comportement des entreprises, mais vu la manière dont nous agissons pour le moment, ça demanderait un changement phénoménal de comportement, et comme un drogué essayant de se soigner, le premier pas est de reconnaître qu'il y a un problème. Et laissez-moi juste dire, cette manie des bénéfices que nous vivons est si profondément enracinée que nous ne réalisons pas combien nous nuisons à la société. Voici un exemple petit mais frappant de comment nous faisons cela exactement : ce graphique montre les donations d'entreprises comme pourcentage des bénéfices, pas revenus, des 30 dernières années. Juxtaposez-le avec le précédent graphique sur les bénéfices d'entreprises, et je vous demande, est-ce que ça semble normal ?

En toute honnêteté, quand j'ai commencé à écrire ça, je pensais, « Oh, que fait mon entreprise, que fait Tudor ? » Et j'ai réalisé que nous donnons 1% des bénéfices d'entreprises à des associations caritatives chaque année. Et je suis supposé être un philantrope. Quand j'ai compris ça , ça m'a vraiment donné envie de vomir.. Mais l'argument est que cette manie est si profondément enracinée que les gens bien intentionnés comme moi ne voient pas qu'ils y participent aussi.

Nous n'allons pas changer le comportement des entreprises simplement en augmentant leur philantropie ou les contributions caritatives. Et, au passage, nous les avons quadruplé, mais — (applaudissements) — s'il vous plaît. Mais nous pouvons le faire en encourageant un comportement plus juste. Et une manière de le faire est en fait de faire confiance au système qui nous a amené ici à l'origine, et il s'agit du système du marché libre. Il y a environ un an, quelques amis et moi-même avons créé une société caritative appelée Just Capital. Sa mission est très simple : aider les entreprises et les sociétés à apprendre à agir de façon plus juste en utilisant l'apport du public pour définir exactement les critères d'un comportement plus juste. Actuellement, il n'y a pas de standard largement accepté qu'une entreprise ou société puisse suivre et c'est là que Just Capital entre en jeu, au début de cette année et tous les ans nous allons mener une enquête nationale, d'un échantillon représentatif composé de 20 000 Américains pour déterminer exactement ce qu'ils pensent être les critères de justesse pour le comportement des entreprises. C'est un modèle qui va commencer aux États-Unis mais il peut être étendu à n'importe quel pays du monde, et nous découvrirons peut-être que le critère le plus important pour le peuple est que nous créons des emplois au SMIC ou fabriquer des produits sains, ou aider l'environnement et non lui nuire. À Just Capital, nous ne savons pas, et ce n'est pas à nous de décider. Nous ne sommes que des messagers, mais nous avons confiance et foi à 100% en le peuple américain de faire les bons choix. Nous allons publier les résultats en septembre pour la première fois, et ensuite l'année prochaine, nous allons encore sonder, et nous ferons alors un pas de plus en classant les 1 000 plus grandes entreprises américaines du numéro 1 au numéro 1 000 et toutes les autres entre les deux. Nous l'appellerons le Just Index, et retenez-le, nous sommes une société indépendante et caritative sans a priori, et nous allons donner une voix au peuple américain. Et peut-être avec le temps, nous allons découvrir quelles entreprises sont les plus justes, les ressources humaines et économiques seront dirigées vers elles, et elles deviendront les plus prospères et aideront notre pays à être le plus prospère.

Le capitalisme a été responsable de toutes innovations majeures qui ont fait de ce monde un lieu plus inspirant et merveilleux à habiter. Le capitalisme doit être fondé sur la justice. Ce doit être ainsi, aujourd'hui plus que jamais, à cause des divisions économiques qui grandissent tous les jours. Il est estimé que 47% des travailleurs américains pourront être remplacés dans les 20 prochaines années. Je ne suis pas contre le progrès. Je veux la voiture sans conducteur et le propulseur autonome comme tout le monde. Mais je plaide pour la reconnaissance qu'avec une plus grande richesse une plus grande responsabilité sociale de l'entreprise est requise.

« Si la justice est retirée, » disait Adam Smith, père du capitalisme, « le grand, l'immense tissu de la société humaine s'effritera en un instants en atomes. »

Quand j'étais jeune et qu'il y avait un problème, ma maman soupirait et secouait sa tête à chaque fois puis disait : « Aie pitié, aie pitié.» Maintenant n'est pas le moment pour nous de leur montrer de la pitié. Le temps est venu pour nous de leur montrer de l'équité, et nous pouvons faire ça, vous et moi, en commençant par là où nous travaillons, dans les affaires dont nous nous occupons. Et quand nous appairerons justesse et bénéfices, nous obtiendrons la chose la plus merveilleuse du monde. Nous reprendrons notre humanité.

Merci.

(Applaudissements)