Jeremy Kasdin
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L'univers grouille de planètes. Je veux que, dans la décennie à venir, nous construisions un télescope capable de fournir les images d'une Terre orbitant autour d'une autre étoile et comprendre si elle peut abriter des formes de vie. Mes collègues du Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Princeton et moi travaillons sur une technologie qui sera capable de cela dans les années à venir. Les astronomes pensent désormais que chaque étoile de notre galaxie à une planète, et ils supposent qu'un cinquième de celles-ci ont une planète similaire à la Terre qui pourrait être capable d'abriter la vie, mais nous n'en avons jamais vu. Nous les avons seulement détectées indirectement.

Voici la célèbre photo du point bleu pâle prise par la NASA. Elle a été prise par la sonde Voyager en 1990, alors qu'elle faisait demi-tour à la sortie du système solaire afin de prendre une photo de la Terre à une distance de six milliards de kilomètres. Je veux faire la même chose avec une planète similaire à la Terre orbitant autour d'une étoile.

Pourquoi n'avons-nous pas fait cela ? Pourquoi est-ce difficile ? Imaginions que nous prenions le télescope spatial Hubble et que nous le retournions et le déplacions le long de l'orbite de Mars. On obtiendrait ça, une photo légèrement floue de la Terre, parce que c'est un assez petit télescope situé sur l'orbite de Mars. Maintenant éloignons-nous dix fois plus. Nous sommes sur l'orbite d'Uranus. C'est plus petit, avec moins de détails, moins de résolution. Nous pouvons toujours voir la petite lune, mais éloignons nous encore dix fois plus. Nous nous trouvons aux limites du système solaire, à la ceinture de Kuiper. Maintenant la résolution est nulle. C'est le point bleu pâle de Carl Sagan. Mais éloignons-nous encore dix fois plus. Nous sommes au niveau du nuage d'Oort, en dehors du système solaire, et nous commençons à voir le soleil entrer dans notre champ de vision, là où se trouve la planète. Une fois de plus, dix fois plus loin. Nous sommes dans Alpha du Centaure, l'étoile la plus proche de nous, et la planète a disparu. Nous voyons seulement le rayonnement de l'étoile dix milliards de fois plus brillant que la planète, qui se trouve dans le cercle rouge. C'est ce que nous voulons voir. C'est pourquoi c'est difficile. La lumière provenant de l'étoile est diffractée. Elle est diffractée dans le télescope, créant cette image très brillante qui cache la planète.

Donc, pour voir la planète, nous devons faire quelque chose au sujet cette lumière. Nous en débarrasser. Beaucoup de mes collègues travaillent sur des technologies capables de cela, mais je voudrais vous parler aujourd'hui de celle que je pense être la plus cool, et qui nous fera probablement découvrir une Terre dans la décennie à venir.

Lyman Spitzer, le père du télescope spatial, l'a suggéré en premier, en 1962. Il s'est inspiré d'une éclipse. Voici une éclipse solaire. Vous en avez déjà vu. La lune se place devant le soleil. Elle occulte presque toute la lumière, ce qui nous permet de voir la couronne solaire. Il se passerait la même chose si je bloquais la lumière du projecteur avec mon pouce. Je pourrais vous voir, au dernier rang. Eh bien, que se passe-t-il ? Eh bien, la lune jette une ombre sur la Terre. Nous avons placé un télescope ou un appareil photo dans cette ombre, nous regardons le soleil, et la plupart de la lumière a été éliminée et nous pouvons voir cette structure sombre et fine dans la couronne solaire. Spitzer a suggéré de faire la même chose dans l'espace. Nous construisons un écran géant, l'envoyons dans l'espace, le plaçons devant une étoile, occultant une grande partie de la lumière, nous envoyons un télescope dans cette ombre ainsi créée, et boum, nous voyons les planètes. Eh bien, ça aurait l'air de quelque chose comme ça. Voilà l'écran géant, et il n'y a pas de planètes, parce que, hélas, ça ne fonctionne pas très bien, parce que les ondes lumineuses sont diffractées autour de cet écran comme dans le télescope. C'est comme l'eau contournant une pierre dans un ruisseau, toute cette lumière détruit l'ombre. C'est une très mauvaise ombre. Nous ne pouvons pas voir les planètes.

Mais Spitzer avait la réponse. Si nous pouvions adoucir les bords afin de contrôler la diffraction, nous pourrions voir une planète, et ces dix dernières années, nous avons trouvé des solutions optimales pour cela. Ça ressemble à peu près à ça. Nous l'appelons le starshade en forme de pétales de fleur. Si nous construisons parfaitement le bord des pétales, si nous contrôlons leur forme, nous pouvons contrôler la diffraction, et maintenant l'ombre est excellente, environ 10 milliards de fois plus sombre qu'avant, et nous pouvons voir les planètes rayonner d'un coup. Bien sûr, il faut que ce soit plus gros que mon pouce. Ce starshade est environ de la taille d'un demi-terrain de football et doit s'envoler à 50 000 kilomètres du télescope qui doit être positionné dans son ombre de façon à pouvoir voir ces planètes.

Ça a l'air formidable, mais des ingénieurs très intelligents, mes collègues au JPL, ont conçu un projet fabuleux et qui ressemble à ça. Il commence enroulé autour d'un moyeu. Il se détache du télescope. Les pétale se déploient, ils s'ouvrent, le télescope se retourne. Puis on peut le voir se retourner et s'envoler à 50 000 kilomètres de distance du télescope. Il va se placer devant l'étoile comme ça, en créant une ombre exceptionnelle. Boum, on peut voir les planètes orbitant tout autour. (Applaudissements) Merci.

Ce n'est pas de la science-fiction. Nous travaillons à ce projet depuis cinq ou six ans. L'été dernier, nous avons effectué un test vraiment cool en Californie à Northrop Grumman. Ici on peut voir quatre pétales. C'est un starshade à petite échelle, environ la moitié de la taille que celui que vous venez de voir. Vous voyez les pétales se déployer. Ces quatre pétales ont été construits par quatre étudiants en stage au JPL. Maintenant vous le voyez se déployer. Ces pétales doivent pivoter à leur place. La base de ces quatre pétales doit se positionner au même endroit à chaque fois, au dixième de millimètre près. Nous avons effectué ce test 16 fois, et à chaque fois, elle s'est placée exactement au même endroit au dixième de millimètre près. Ça doit être très précis, mais si nous pouvons le faire, si nous pouvons construire cette technologie, si nous pouvons l'envoyer dans l'espace, vous pourrez voir quelque chose comme ça. C'est une photo d'une des étoiles proches de nous prise avec le télescope spatial Hubble. Si nous pouvons prendre un télescope semblable, légèrement plus grand, l'envoyer là-bas, placer un disque occultant devant, nous pourrions voir quelque chose comme cela. Voici une photo de notre système solaire, mais pas le nôtre. Le système solaire de quelqu'un d'autre vu à travers un disque occultant, à travers un starshade comme celui-ci. On peut voir Jupiter, on peut voir Saturne, Uranus, Neptune, et juste là au centre, près de la lumière résiduelle se trouve le point bleu pâle. La Terre. C'est ce que nous voulons voir. Voir s'il y a de l'eau, de l'oxygène, de l'ozone, les choses qui nous pourraient nous dire si la vie peut exister.

Je pense que c'est la science la plus cool qui soit. C'est pourquoi je fais cela, parce que je pense que ça va changer le monde. Tout va changer quand nous verrons cela.

Merci.

(Applaudissements)