Robert Salem
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Josh Pacheco avait 17 ans. Il vivait dans le Michigan avec ses parents et ses sœurs et aux dires de tous, c'était un bon gamin. Ses sœurs le disaient drôle et amusant, et ses parents le disaient attentif et aimant. Josh était aussi gay et à cause de ça, il était cruellement harcelé par ses camarades de classe. Un jour, Josh est rentré chez lui, est allé dans son garage, est monté dans son pick-up, a fermé la porte, a mis le contact et s'est suicidé. Son corps a été retrouvé un peu plus tard avec une note disant simplement : « Je suis désolé, je n'ai pas pu être assez fort. » Il y a aussi Tovanna Holton. Tovanna avait 15 ans. Elle vivait en Floride. Un jour, elle a rompu avec son copain. Le lendemain, il a posté une vidéo d'elle nue sur Twitter et vous pouvez imaginer ce qu'il s'est passé. D'autres gamins ont commencé à faire circuler la vidéo sur les réseaux sociaux et à la harceler sur Internet. La mère de Tovanna l'a retrouvée dans la salle de bains avec une balle dans la tête quelques jours après. Il y a aussi Jamel Myles qui avait neuf ans et vivait à Denver. Il y a quelques semaines, il a fait son coming-out à sa mère. Elle le ramenait de l'école en voiture. Il était assis à l'arrière. Il lui a dit : « Il faut que je te dise un truc très important. Je suis gay. » Elle lui a répondu : « Je t'aime quand même. » Elle a dit qu'il avait l'air si terrifié et si petit dans le siège arrière, mais il lui a dit qu'il était fier et qu'il voulait aussi le dire à ses camarades, ce qu'il a fait. En retour, ses camarades l'ont harcelé et lui ont dit qu'il devait mourir. Quatre jours plus tard, il s'est pendu. [Masculinité, possession de qualités ordinairement associées aux hommes] Ces gamins avaient tous quelque chose... ils venaient de milieux différents, ils venaient de différentes régions du pays, mais ils avaient au moins une chose en commun, à savoir qu'ils ont perdu la vie à cause de ce que les experts appellent « l'hyper-masculinité ». Vous avez peut-être aussi entendu le terme « masculinité toxique ». Avant que je vous en dise plus sur la manière dont l'hyper-masculinité joue un rôle négatif dans notre société et affecte négativement les enfants, je tiens à préciser une chose : ce n'est pas mal d'être viril. OK ? Et ce n'est pas mal d'être un homme, heureusement pour moi et pour beaucoup dans le public. La masculinité est simplement définie comme un ensemble de caractéristiques qui sont associées avec le fait d'être un homme. Et selon la culture et le contexte, certaines de ces caractéristiques peuvent être vues parfois comme négatives et parfois comme positives. On pourrait dire la même chose concernant la féminité. Par contre, l'hyper-masculinité est souvent... En gros, c'est la masculinité sous stéroïdes et c'est souvent caractérisé par un haut degré de tolérance pour la violence et l'agression. Ceux d'entre nous qui ont déjà été témoins d'agressivité au volant, ou qui ont été à des fêtes de fraternité après que beaucoup de bières ont été consommées, ou qui sont allés dans des bars sportifs pendant un match très important ont peut-être été témoins d'hyper-masculinité. L'hyper-masculinité est aussi caractérisée par un mépris total de la dignité des femmes. L'hyper-masculinité peut amener à traiter les femmes comme des objets sexuels et ce genre de réification mène à des actes de harcèlement sexuel et d'agression sexuelle. Et enfin, l'hyper-masculinité est caractérisée par une sorte de stoïcisme. Les hommes qui ont un comportement hyper-masculin ont tendance à dissimuler leurs émotions. Ils ont du mal à être émotifs sauf quand il s'agit de la colère. Les hommes qui ont des tendances hyper-masculines pensent qu'ils ne peuvent pas montrer leurs émotions parce que ça révèle de la féminité, de la faiblesse, et donc c'est mauvais. C'est intéressant parce qu'il y a de plus en plus d'études qui montrent que les comportements hyper-masculins ont bien sûr un impact négatif sur les victimes de l'hyper-masculinité qui sont généralement des filles, des jeunes LGBTQ, des personnes non-binaires, mais que les plus grosses victimes de l'hyper-masculinité sont les garçons et les hommes parce que ce genre de comportement a beaucoup de conséquences négatives sur leur santé mentale et physique, par exemple en termes de consommation de drogues. Et ce qui est aussi intéressant, c'est que certains chercheurs comme Niobe Way de l'Université de New York ont connecté l'hyper-masculinité avec la solitude chez les hommes. Les hommes américains, ce qui est unique au monde parmi les hommes, les hommes américains ont tendance à déclarer qu'ils ont peu d'amis hommes et, quand ils en ont, qu'ils ont du mal à leur parler de problèmes importants ou de leurs émotions. C'est clairement un problème parce que ça a de nombreuses conséquences négatives et que ça crée parfois un certain niveau de solitude qui augmente avec l'âge, ils déclarent en effet que leur niveau de solitude augmente avec l'âge. Les autorités de la santé publique sont alarmées parce que la solitude est maintenant vue comme un facteur de risque avec beaucoup de conséquences négatives sur la santé et l'âge de décès. Laissez-moi vous donner un exemple. Il y a quelques semaines, je faisais mes courses à Costco comme tout le monde et j'ai entendu une conversation entre un jeune père et son fils. L'enfant devait avoir trois ou quatre ans. Il a attrapé un jouet. Je me souviens seulement qu'il était rose. Je ne sais plus ce que c'était. Immédiatement, son père lui a dit : « Repose ça. C'est pour les filles. » Le garçon, imitant le dégoût et la révulsion de son père, l'a jeté et a dit : « Beurk Papa, c'est pour les filles. » Ce genre d'attitude mène à l'hyper-masculinité, à tous les effets négatifs que j'évoquais et à la misogynie, l'homophobie et la transphobie. Au vu de ce qu'il se passe dans le monde, c'est un problème d'actualité. Pensez aux informations : de quoi entendons-nous parler ? Nous parlons du mouvement Me Too. Nous parlons de la violence par arme à feu qui est endémique et qui est perpétuée presque exclusivement par des garçons et des hommes. Et nous parlons de ce que je considère comme une culture d'hyper-masculinité à la Maison Blanche. C'est vraiment un problème d'actualité, et un problème qui s'accentue. Donc... C'est moi et je vais en venir à « moi » dans un petit moment, OK ? (Rires) Vous savez, je suis professeur de droit. Depuis des années, J'ai fait beaucoup de recherche sur la prévention du harcèlement. Assez tôt dans mes recherches - et j'ai formé beaucoup de professeurs et d'administrateurs dans l'État - j'ai découvert une chose : la grosse majorité des cas de harcèlement étaient liés d'une façon ou d'une autre aux comportements hyper-masculins. Que la victime soit une fille, un LGBTQ, une personne handicapée ou même une minorité raciale, ethnique ou religieuse, la motivation du harceleur était hyper-masculine ou les tactiques utilisées étaient hyper-masculines. Et j'ai trouvé ça encore plus inquiétant quand j'ai commencé à étudier les cas de suicides liés au harcèlement. Ces enfants s'étaient suicidés au moins en partie parce qu'ils étaient harcelés. Et j'ai découvert qu'environ 80% des enfants qui se suicident à cause de harcèlement sont des garçons qui sont gays ou sont perçus comme gays ou des filles victimes de harcèlement lié au genre ou sexuel. Donc ça m'inquiétait évidemment beaucoup et j'ai commencé à faire plus attention à la manière dont l'hyper-masculinité affecte nos enfants. Encore plus intéressant, les programmes de prévention de l'intimidation n'adressent pas directement en quoi l'hyper-masculinité et les normes de genre affectent nos enfants à l'école et comment améliorer l'atmosphère dans nos écoles pour prévenir le harcèlement en adressant ces problèmes. Nous n'en parlons pas. Ce qui me rend fou, c'est ça : ça fait longtemps que je travaille sur ce sujet et il y a quelques années, il y a eu cette grande révélation dans notre société que les filles harcèlent aussi. Grosse surprise. Et tout d'un coup, en tant que culture, en tant que société, nous sommes devenus obsédés par ça. Nous avons commencé à parler des pestes, nous avons restauré le terme de « petite peste » car, bien sûr, nous avions besoin d'une nouvelle manière de vilipender les filles, non ? Ensuite nous avons fait un film à propos d'elles et maintenant nous ne parlons plus que de ça. Pourtant les chiffres sur le harcèlement sont clairs. La grosse majorité des harceleurs sont des garçons et la grosse majorité des harcelés sont des garçons. Mais nous ne parlons pas des garçons qui font peur. Nous parlons des « pestes ». Donc, c'est moi et vous devinerez sans doute que je n'étais pas le garçon le plus typiquement viril. Si vous me demandez pourquoi je posais comme ça, je ne pourrais pas vous répondre. Il faudrait demander à ma mère. Donc, vous savez, je suis devenu très intéressé par ce sujet quand j'ai commencé à réfléchir à mon enfance et à mes expériences avec l'hyper-masculinité. J'ai grandi au sein d'une grande famille libano-américaine très aimante. J'avais deux merveilleux parents, trois frères, une sœur... Je réussissais très bien à l'école. J'étais dans des clubs et je faisais du sport. J'étais chef de classe au lycée et à l'université. J'avais des amis, des copines. Donc mes souvenirs d'enfance devraient être positifs, non ? Ils ne le sont pas. Quand je pense à mon enfance, mes sentiments sont généralement négatifs. J'étais un gamin plutôt malheureux. Je pense que c'est parce que je faisais tout mon possible pour dissimuler le fait que j'étais gay et je faisais tout mon possible pour agir comme je croyais qu'un garçon devait agir. Je vais vous raconter mes expériences les plus mémorables. Elles ont l'air anodines comme ça et vraiment pas si mémorables mais pour moi, elles sont importantes. Je me rappelle qu'en CM2, je brossais les longs cheveux blonds de mon amie Cheryl parce que c'est ce que font les garçons de 10 ans, non ? (Rires) Donc je brossais ses cheveux quand le maître, depuis l'autre bout de la salle, a crié : « Robby Salem, pose cette brosse. Les garçons ne brossent pas les cheveux des filles. » J'étais dévasté, rabaissé. Et pas juste dévasté parce que les cheveux de Cheryl étaient en pétard, mais parce que.. (Rires) Parce que... (Rires) j'avais l'impression d'avoir fait quelque chose de mal, d'avoir commis un péché et je ne savais même pas ce que c'était. Un autre souvenir que j'ai est lorsque je suis rentré dans l'école. J'étais probablement en 6e. Je portais mon pantalon rouge cerise. Un femme professeur m'a appelé à son bureau et, en face de quelques autres élèves, m'a dit : « Robby, ne mets plus ce pantalon. Les garçons ne s'habillent pas ainsi. » J'avoue, ce pantalon était hideux. (Rires) En plus, il était en velours côtelé. Imaginez le truc. Mais c'était quand même assez cruel. Je me rappelle aussi ce moment au collège. Je portais mes livres dans mes bras comme ça quand un garçon dans le hall s'est moqué de moi et m'a traité de fille. Et vous pouvez être sûrs qu'à partir de ce moment, je me suis mis à porter mes livres sur le côté. C'était avant que les sacs à dos soient populaires, donc on portait nos livres comme ça. Je pensais juste que c'était plus pratique de porter mes livres ainsi, mais apparemment pas si on est un garçon. Mais ce n'est rien en comparaison d'autres choses que j'ai vécues ou entendues, comme cette fois au lycée où j'ai entendu un groupe de garçons rire dans le hall et parler d'une maladie qui circulait, « tuer toutes les tapettes ». Donc, j'ai vraiment essayé de me fondre dans la masse. J'ai fait de mon mieux. J'ai même fait semblant d'aimer regarder le sport à la télé avec mes trois frères amateurs de sport. Même le baseball. C'était dur, très dur. Je faisais de mon mieux mais j'étais très malheureux. Comme Josh, Tovanna et Jamel dont je vous ai parlé tout à l'heure, je voulais souvent me suicider. Donc, vous savez, il y a quelques années, j'ai commencé à m'intéresser à la culture pop et aux messages qu'elle envoie. Regardez les blockbusters, les films les plus populaires, pas les meilleurs, mais les plus populaires. Si vous cherchez sur Google les blockbusters de 2017 et 2018, vous allez tomber sur plein de films illustrant parfaitement le comportement hyper-masculin dont je vous parlais. Ce sont des films ayant souvent des personnages principaux masculins qui sont grands, musclés, forts, stoïques. Il y a habituellement une femme ou une fille dans le film qui va devenir leur partenaire sexuelle ou amoureuse. Il y a des grosses explosions, des bolides et des courses poursuites. Et ce sont les films les plus populaires. L'industrie du cinéma et de la télévision n'est pas la seule coupable. Voici d'autres exemples de films, mais l'industrie de la musique est aussi coupable. L'industrie de la pub est aussi coupable. Ce que les publicitaires font quand ils veulent cibler des hommes, c'est qu'ils parlent de comment les hommes peuvent reprendre possession de leur virilité. « Les hommes sont de retour. » « Votre carte d'homme a été réactivée. » « Vaporisez de l'eau de Cologne Axe pour en avoir plus. » Avoir quoi ? Vous vous faites une idée. (Rires) Ce problème existe aussi dans l'industrie du jeu vidéo, ce qui est vraiment problématique pour nos jeunes aujourd'hui. Et bien sûr, il existe aussi dans l'industrie du sport. Donc, il y a quelques années, le New York Times a fait une étude qui parlait de Michael Kimmel, un universitaire. Michael Kimmel a sondé régulièrement ses étudiants : « Décrivez un homme bon, et décrivez un vrai homme. » Au fil du temps, il a vu certaines thématiques apparaître. Voici ce qu'il a trouvé : ses étudiants décrivaient souvent un homme bon comme quelqu'un d'honnête, attentif et altruiste, alors qu'ils décrivaient un vrai homme comme quelqu'un qui prend les choses en main, prend des risques, est autoritaire, ne pleure jamais et ne montre pas ses faiblesses. Pas étonnant que les hommes et les garçons soient confus, sans parler des femmes et des filles. Peut-on être à la fois un homme bon et un vrai homme ? C'est vraiment une question ouverte dans notre société. Il y a beaucoup d'études très intéressantes sur comment nous traitons les garçons et filles différemment selon notre perception de comment ils devraient se comporter selon leur genre. Une étude fascinante a été conduite par l'universitaire Terry Rial. Il a montré la vidéo d'un bébé en pleurs à des centaines d'adultes participant à cette étude. Il a dit à certains des adultes que le bébé était une fille. Il a dit aux autres que c'était un garçon. Il leur a demandé de décrire l'émotion que le bébé exprimait. La grande majorité des adultes qui pensaient que le bébé était une fille l'ont décrite comme ayant peur. Ceux qui pensaient que c'était un garçon l'ont décrit comme étant en colère. Il est évident et plutôt logique que nous traitions nos enfants différemment. Des parents bien attentionnés traitent leurs enfants différemment selon comment ils pensent que leur comportement devrait être. Il y a de nombreux sondages qui déterminent les pires insultes que les enfants reçoivent. Quand des enfants veulent blesser d'autres enfants, que disent-ils ? Voici les insultes les plus communes. Voici ce qui blesse les enfants : « Pute » , « chienne » , « salope » , « tapette » , « homo » , « débile » , toutes motivées par l'hyper-masculinité. C'est donc sans surprise que 85% des jeunes LGBTQ déclarent avoir été harcelés à l'école. C'est sans surprise que 83% des filles déclarent avoir été harcelées sexuellement à l'école. C'est sans surprise qu'environ 5,4 millions d'élèves sèchent les cours régulièrement pour éviter leurs harceleurs. Et tenez-vous bien : selon une étude, la majorité des adolescentes ont plus peur de grossir que du cancer, d'une guerre nucléaire, ou de perdre un parent. Nous avons un problème et il est temps de le prendre sérieusement. Ce problème n'a pas de solution facile. On ne va pas le résoudre du jour au lendemain. Mais je pense que nous pouvons tous faire quelque chose à notre niveau. Nous pouvons avoir un impact sur les gens autour de nous en nous comportant de certaines façons et en étant plus conscients de ces messages toxiques. Reconnaissons que l'hyper-masculinité est un problème. Reconnaissons aussi que la misogynie, l'homophobie et la transphobie sont inextricablement liées. Nous sommes tous dans le même bateau. Que vous soyez un homme, une femme, gay, hétérosexuel. Nous sommes tous dans le même bateau parce que c'est nocif pour la société. Et à votre propre niveau, si vous voyez une femme ou une fille se faire harceler dans la rue, si vous êtes suffisamment à l'aise, intervenez. Si vous entendez quelqu'un faire une blague homophobe dans les vestiaires, faites ce qui est juste et dénoncez-la pour ce qu'elle est : offensante. Si votre fils veut acheter un jouet rose à Costco, achetez-le ou au moins ne l'humiliez pas. Je vais vous quitter avec ces visages : Josh, Tovanna et Jamel. J'espère que nous n'allons pas juste nous rappeler d'eux. J'espère que nous allons leur faire honneur. Honorons-les en changeant notre perspective sur les messages que nous recevons, soyons tous plus avertis et aidons nos enfants. Et nous pouvons commencer par apprendre aux garçons et aux hommes que pour être un vrai homme, il faut d'abord être un homme bon. Merci. (Applaudissements)