Nicholas Negroponte
2,105,884 views • 19:43

N.N : Est ce qu'on peut passer au DVD qui est en lecture ?

Vidéo : Je m'intéresse au lien entre les personnes et les ordinateurs. Nous utiliserons les écrans de télevision ou leurs équivalents pour les livres électroniques du futur. (Musique, interférences) Très intéressé par les écrans tactiles, high-tech, high-touch, pas besoin de vos doigts pour les utiliser. Il y a une autre façon dont les ordinateurs peuvent être en contact avec les gens : en les portant, physiquement. Soudain, le 11 septembre, le monde s'est agrandi.

N.N : Merci. (applaudissements)

Merci

Lorsqu'on on m'a demandé de faire ça, on m'a aussi demandé de regarder les 14 conférences TED que j'ai données, chronologiquement. La première durait deux heures. La seconde une heure, puis c'est devenu une demi-heure, et tout ce que j'ai pu constater, c'est que ma calvitie allait en grandissant. (Rires) Imaginez voir défiler 30 ans de votre vie, cela a été pour moi, pour le moins, une expérience assez traumatisante. Je vais, dans le temps qui m'est imparti, partager avec vous ce qui s'est passé depuis 30 ans, et aussi faire une prédiction, et ensuite vous parler un petit peu de ce que je vais faire après. J'ai mis sur une diapo le moment où TED 1 est arrivé dans ma vie. Et c'est assez important, parce que j'avais déjà fait 15 ans de recherche avant ça, j'avais de l'expérience, alors ça a été facile. Ce n'est pas que je sois Fidel Castro à pouvoir parler deux heures, ni Bucky Fuller. J'avais 15 années de choses à raconter, et le Media Lab était sur le point d'être lancé. Alors c'était facile.

Mais il y a une ou deux choses à propos de cette période, et de ce qui s'est passé, qui sont réellement importantes. La première est que nous étions à une période où les ordinateurs n'étaient pas encore conçus pour les gens. Et l'autre chose qui est arrivée pendant cette période est que nous étions considérés comme des chochottes d'informaticiens. Nous n'étions pas vraiment pris au sérieux. Ce que je vais vous montrer, rétrospectivement, est bien plus intéressant et bien mieux accepté aujourd'hui qu'à l'époque.

Je vais définir les années et meme revenir à certains de mes travaux les plus anciens. C'était le genre de choses que je faisais dans les années 60 : de la manipulation très directe, très influencée par mes études d'architecture sous la direction de Moshe Safdie. Vous pouvez voir que nous avons même construit des robots qui pouvaient construire des maquettes de logements. Et c'était pour moi pas encore le Media Lab, mais le début de ce que j'appellerais l'informatique sensorielle. J'ai choisi les doigts en partie parce que tout le monde trouvait cela ridicule. Des recherches avaient été publiées pour dire combien c'était stupide d'utiliser ses doigts Pour trois raisons : la première était leur faible résolution. la suivante était que votre main cacherait ce que vous vouliez voir et la dernière, la meilleure, était que vos doigts allaient salir l'écran. Ainsi, les doigts ne seraient jamais un outil que vous alliez utiliser. Vous voyez là un système construit dans les années 70 qui n'a même jamais été repris. C'est non seulement sensible au toucher mais aussi à la pression.

Voix : Tracer un cercle jaune ici.

N.N : Des travaux plus récents, avant TED1...

Voix : Déplacer ceci à gauche du diamant. Créer un grand cercle vert ici. Et merde...

N.N : ... ont été de bâtir des interfaces fonctionnant en parallèle, pour que, quand vous parlez et pointez vous avez, si vous voulez, de multiples canaux.

Entebbe s'est produit. En 1976, une prise d'otage sur un vol d'Air France, à Entebbe, et les Israéliens n'ont pas seulement réussi un extraordinaire sauvetage, ils l'ont réussi parce qu'ils s'étaient entraînés dans une copie de l'aéroport qu'ils avaient construite. Ils ont construit une copie dans le désert, et quand ils sont arrivés à Entebbe, ils étaient en terrain connu. Le gouvernement américain a demandé à certains d'entre nous, en 1976, si nous pouvions faire la même chose avec des ordinateurs. et bien sûr, quelqu'un comme moi a dit oui. Immédiatement vous obtenez un contrat avec le Ministère de la Défense, et nous avons construit ce camion et cette plate forme. Nous avons fait une sorte de simulation grâce aux DVD de l'époque, de nouveau, on est en 1976. Et bien des années plus tard, vous avez ce camion et vous avez Google Maps.

Les gens continuaient pourtant de penser que non, ça n'était pas de l'informatique sérieuse, et il a fallu un homme nommé Jerry Wiesner qui se trouvait être le président du MIT, pour penser que c'était de la vraie science informatique. Une des clés pour tous ceux qui veulent commencer quelque chose dans la vie : assurez-vous que votre président fait partie du projet. Quand je m'occupais du Media Lab, c'était comme avoir un gorille sur le siège passager. Si vous étiez arrêté pour excès de vitesse et que le policier regardait par la fenêtre, et voyait qui était sur le siège passager, il disait "Oh, allez-y, Monsieur". Nous avons donc pu, et c'est un super gadget, entre parenthèses, C'est une photo lenticulaire de Jerry Wiesner, où la seule chose qui change dans l'image sont les lèvres. Donc quand vous faites osciller ce petit morceau de feuille lenticulaire avec sa photo, les lèvres se synchronisent, avec une bande passante de zéro. C'est le système de téléconférence zéro bande passante de l'époque.

C'était le Media Lab ; nous avions annoncé que nous réunirions le monde des ordinateurs , de l'édition, etc. De nouveau, ça n'a pas forcement été accepté par tous, mais complètement intégré à TED dès les premiers jours. C'était vraiment notre objectif. Et ça a été à l'origine du Media Lab. Une des choses qui vient avec l'âge, c'est que je peux vous dire avec une grande assurance : je suis allé dans le futur. J'y suis même allé de nombreuses fois. Je dis cela parce que combien de fois dans ma vie me suis-je dit : "Oh, dans 10 ans, ceci va se produire", et puis les 10 années passent, Puis vous vous dites : "C'est pour dans 5 ans", et les 5 années passent. Je dis donc cela en ayant un peu l'impression d'y êtres allé à de nombreuses reprises. L'une des mes phrases qui est la plus citée, dans tout ce que j'ai dit, c'est : "L'informatique n'est pas une question d'ordinateurs". Au début, ça n'a pas eu beaucoup de retentissement, et puis ça a commencé à prendre. Ça a pris parce que les gens ont compris que le médium n'était pas le message. La raison pour laquelle je vous montre cette voiture, sur cette diapo plutôt moche, c'est juste pour vous raconter le genre d'histoire caractéristique d'une partie de ma vie. L'un de mes étudiants avait écrit une thèse intitulée "le passager conducteur". C'était dans les premiers temps du GPS la voiture savait où elle était, et elle donnait des instructions orales au conducteur, quand tourner à droite, quand tourner à gauche, etc. Il s'est avéré qu'un grand nombre de ces instructions posaient problème à l'époque, comme par exemple, que veut dire prendre la prochaine à droite ? Quand vous arrivez à un carrefour, la prochaine est en général la suivante. Il y avait plein de problèmes. Cet étudiant a produit une thèse remarquable, et le bureau des brevets du MIT a dit : "Ne le brevetez pas. Ca ne marchera jamais. Les risques sont trop grands. Il y aura des problèmes d'assurance. Ne le brevetez pas." On ne l'a donc pas fait, mais ça vous montre comment les gens, encore, parfois, ne regardent pas vraiment ce qui se passe.

Je vais passer très rapidement sur les travaux suivants, beaucoup de choses sensorielles. Vous avez peut être reconnu Yo-Yo Ma jeune, et le suivi de son corps en train de jouer du violoncelle ou de l'hyper-violoncelle. Ces gens se sont vraiment baladés accoutrés ainsi, à l'époque. C'est un peu plus discret aujourd'hui et plus commun. Il y a au moins trois héros

dont je veux parler rapidement. Marvin Minsky, qui m'a beaucoup appris sur le sens commun, et aussi Muriel Cooper, qui a été très importante pour Ricky Wurman et pour TED. En fait, quand elle est montée sur scène, la première chose qu'elle a dite a été : "J'ai présenté Ricky à Nicky". Personne ne m'appelle Nicky, et personne n'appelle Richard Ricky, alors personne ne comprenait de qui elle parlait. Et bien sûr, Seymour Papert, qui est la personne qui a dit : "La seule façon de penser à la pensée, c'est de penser à penser à quelque chose." Vous pourrez décompresser ça plus tard. C'est en fait une déclaration très profonde. Je vous montre quelques diapos

qui viennent de TED 2, des diapos un peu idiotes, peut être. J'ai ensuite pressenti que la télévision était une affaire d'écrans. C'était après TED 1, peu avant TED 2, et ce que je voudrais dire ici, c'est que même si on pouvait imaginer de l'intelligence dans les objet, lorsque je regarde aujourd'hui ce qui se fait avec les objets connectés, je pense que c'est tragiquement pathétique, parce ce qui s'est passé, c'est qu'on a mis les commandes de votre four sur votre mobile, ou bien vos clés de porte sur votre mobile, juste en les prenant et vous les amenant. Alors qu'en réalité ce n'est pas cela qu'on veut. On veut mettre un poulet au four, et que le four se dise "Ah, c'est un poulet", et cuise le poulet. "Oh, il cuit le poulet pour Nicholas, qui l'aime cuit de cette façon précise." Au lieu de mettre l'intelligence dans l'appareil, on commence aujourd'hui à la ramener dans le mobile, au plus près de l'utilisateur, ce qui n'est pas une vision très élevée des objets connectés. Télévision, encore, télévision et ce que j'en ai dit, c'était en 1990, c'est que la télévision de demain ressemblerait à ça. Une fois de plus, les gens ont ri cyniquement, ils n'ont pas ri de manière respectueuse. Les telecoms dans les années 1990,

George Gilder décida qu'il appelerait ce diagramme l'inversion Negroponte. Je suis probablement beaucoup moins connu que George, et donc le nom est resté, mais l'idée que ce qui passait par le sol allait passer dans l'air, et ce qui passait dans l'air passerait par le sol a suivi son cours. C'est la diapo originale de cette année-là, et ça s'est passé exactement comme ça. Nous avons lancé le magazine Wired. Je me souviens avoir tenu régulièrement le standard

avec certaines personnes, Et un père a appelé, énervé, parce que son fils

avait laché Sports Illustrated pour s'abonner à Wired. Il a demandé : "Vous êtes un magazine porno ou quoi ?" Il ne comprenait pas ce qui pouvait bien intéresser son fils dans Wired. Je vais parcourir la suite un peu plus vite. C'est ma préférée, 1995.

Dernière page du magazine Newsweek Ok. Je vous laisse lire. (Rires) ["Nicholas Negroponte, directeur du Média Lab au MIT, prédit que nous achèterons bientôt nos livres et nos journaux directement sur Internet. Ben voyons !" - Clifford Stoll, Newsweek, 1995] Il faut admettre que ça fait plaisir,

du moins ça me fait plaisir, quand quelqu'un déclare

qu'on se trompe complètement. "Being Digital" est paru. Pour moi, ça a été l'occasion

de rentrer dans la presse spécialisée, et de l'amener au grand public. Ça nous a aussi permis de construire le nouveau Media Lab. Si vous ne l'avez pas encore fait, allez le visiter, parce que c'est une magnifique œuvre d'architecture, en plus d'être un endroit merveilleux pour travailler. Voici ce qui se disait à ces TED : [Aujourd'hui, le multimédia reste cantonné dans le bureau ou dans le salon, parce que l'appareillage est trop encombrant. Cela va changer radicalement avec l'apparition d'écrans haute-résolution de taille réduite, plats, lumineux. - 1995] On venait à TED.

J'avais hâte d'y retourner chaque année.

C'était la fête que Ricky Wurman n'avait jamais eue, car il avait invité nombre de ses vieux amis, dont moi. Et là quelque chose a changé pour moi très profondément.

Je me suis plus impliqué dans l'éducation et l'informatique sous l'influence de Seymour. En particulier en considérant que la programmation informatique est ce qui ressemble le plus au processus d'apprentissage. Quand vous écrivez un programme informatique, il ne suffit pas de faire une liste, de prendre un algorithme, et de la traduire en une série d'instructions. Quand il y a un bug, et il y en a toujours, vous devez le déboguer. Vous devez vous y plonger, le modifier, et ensuite le relancer. Et vous recommencez encore et encore, et cette itération est vraiment une très très bonne approximation de ce qu'est l'apprentissage. Cela m'a conduit à mon propre travail avec Seymour, dans des endroits comme le Cambodge,

et le lancement du projet "Un Portable par Enfant". Il y a déjà assez eu de conférences TED sur le sujet, donc je vais passer dessus très rapidement, mais cela nous a donné l'occasion d'agir à grande échelle dans le domaine de l'apprentissage, du développement et de l'ordinateur. Très peu de personne savent que "Un portable par Enfant" était un projet à 1 milliards de $. C'est ce que ça a coûté, au moins pendant les 7 ans où je l'ai dirigé, mais le plus important, c'est que la Banque Mondiale, n'a rien donné, l'USAID non plus. Le financement est venu des pays eux-mêmes, ce qui est très intéressant ; au moins pour moi ça l'était, pour ce que je compte faire ensuite. Voici les différents endroits où le programme a eu lieu. J'ai ensuite fait une expérience, cette expérience a lieu en Éthiopie.

Et voici en quoi elle consiste : il s'agit de savoir si on peut apprendre là où il n'y a pas d'école. Nous avons distribué des tablettes sans mode d'emploi en laissant les enfants se débrouiller. Et en très peu de temps, ils n'ont pas seulement allumé les tablettes, utilisé jusque 50 applications par enfant, tout ça en 5 jours, récité l'alphabet en deux semaines, mais ils ont même hacké Android en 6 mois. Cela nous a semblé suffisamment intéressant. Voici peut être la plus belle image que j'ai. L'enfant sur votre droite s'est déclaré lui-même professeur. Regardez l'enfant à gauche, et ensuite de suite. Il n'y a absolument aucun adulte impliqué dans tout ça. Je me suis donc demandé si pouvait le faire à une plus grande échelle ? Qu'est-ce qui nous en empêche ? Les enfants donnent une conférence de presse, mais pour l'instant ils écrivent dans la poussière. Et la réponse est : qu'est-ce qui nous empêche ? Je vais sauter ma prédiction, en fait, parce que je n'ai plus beaucoup de temps. Voici la question : que va-t-il se passer ? Je pense que le défi est de connecter le dernier milliard de personnes.

Connecter le dernier milliard est très différent de connecter le prochain milliard. La raison en est que le prochain milliard est mûr pour cela. Alors que le dernier milliard vit à la campagne. Vivre à la campagne et être pauvre sont deux choses très différentes. La pauvreté tend à être créée par notre société et les gens de cette communauté ne sont pas du tout pauvres de la même manière. Ils peuvent paraitre primitifs, mais sur la façon d'aborder le problème et de les connecter, l'histoire de "Un Portable par Enfant", et l'expérience en Éthiopie, m'ont amené à penser que nous pouvons en fait y arriver en très peu de temps. Et donc mon plan, et malheureusement je n'ai pas été capable, pour l'instant,

de convaincre mes partenaires de révéler leurs noms, c'est de le faire avec un satellite stationnaire. Il y a plein de raisons pour lesquelles un satellite stationnaire n'est pas la meilleure solution, mais il y en a beaucoup pour lesquelles ça l'est. Pour deux milliards de dollars, vous pouvez connecter bien plus de 100 millions de personnes, mais la raison pour laquelle j'ai choisi ce chiffre, et ce sera ma dernière diapo, c'est que deux milliards de dollars c'est ce que nous dépensons en Afghanistan chaque semaine. Donc sûrement, si nous pouvons connecter l'Afrique et le dernier milliard de gens pour cette somme là, c'est ce qu'on devrait faire Merci beaucoup. (Applaudissements)

Chris Anderson : Restez là, Restez là.

NN : Vous me donnez du rab de temps ?

CA : Non. C'est vicieusement malin, vicieusement malin.

Vous l'avez joué très finement.

Nicolas, quelle est votre prédiction ? (Rires) NN : Merci de me poser la question. Je vais vous donner ma prédiction.

Ma prédiction, et c'est une prédiction, parce que dans 30 ans, je ne serai plus là. Cela concerne notre manière d'apprendre à lire. Nous absorbons beaucoup d'information à travers nos yeux, et il se pourrait que ce soit un canal très peu efficace. Je prédis que nous allons ingérer l'information. Vous avalerez une pilule, et vous saurez l'anglais. Vous avalerez une pilule, et vous connaîtrez Shakespeare. Ça passera par le système sanguin. Une fois que ce sera dans votre système sanguin, ça va se répandre et aller dans le cerveau, et quand ça saura que c'est arrivé au cerveau, dans les différentes parties du cerveau, ça va déposer les connaissances au bon endroit. C'est donc de l'ingestion. CC : Est-ce que vous n'auriez pas traîné avec Ray Kurzwell, par hasard ? NN : Non, juste avec Ed Boyden,

et aussi avec l'un des conférenciers

qui est ici, Hugh Herr. Et il y a beaucoup d'autres personnes. Ça n'est pas si farfelu, à l'horizon de 30 ans. CA : on vérifiera cela. On reviendra et on regardera cette vidéo dans 30 ans,

et ensuite on avalera tous une pilule rouge. Merci pour votre intervention. Nicholas Negroponte !

NN : Merci (Applaudissements)