Janine Benyus
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Si je pouvais vous révéler quelque chose qui nous est caché, au moins dans les cultures modernes, je vous révèlerais quelque chose que nous avons oublié, que nous connaissions par le passé, aussi bien que nous connaissions nos propres noms. C'est que nous vivons dans un univers compétent, que nous faisons partie d'une planète intelligente, et que nous sommes entourés de génies.

Le biomimétisme est une nouvelle discipline qui tente d'apprendre de ces génies et de prendre conseil auprès d'eux, des conseils de conception. C'est ici que je vis. Et c'est aussi mon université. Je suis entourée de génies. Je ne peux m'empêcher de penser aux organismes et aux écosystèmes qui savent vivre ici sur cette planète avec grâce. Voici ce dont je voudrais que vous vous souveniez si vous l'oubliez jamais. Souvenez vous de ceci. C'est ce qui se passe chaque année. C'est une promesse tenue. Pendant qu'on se préoccupe de crise financière, voici ce qui se passe. Le printemps.

Imaginer créer le printemps. Imaginer cette orchestration. Vous croyez que TED est difficile à organiser, n'est-ce-pas? (Rires) Imaginez, et si ça fait longtemps que vous ne l'avez pas fait, imaginez quand même. Imaginez le timing, la coordination, tout ça sans lois qui viennent d'en-haut, sans mesures, ou protocoles pour le changement climatique. Ceci se passe chaque année. Il y a beaucoup de frime. Il y a beaucoup d'amour dans l'air. Il y a beaucoup de grandes premières. Et les organismes, je vous assure, ont le sens des priorités.

J'ai un voisin qui me garde au courant de ces choses. Parce qu'il vit, en général sur le dos, à regarder ces herbes. Et un jour, il est venu me voir, il avait sept ou huit ans, il est venu me voir. Et il y avait un nid de guèpes que j'avais laissé grandir dans mon jardin juste devant ma porte. La plupart des gens les enlève quand ils sont encore petits. Mais moi, je trouvais ça fascinant. Parce que je le regardais comme une sorte de délicat papier italien. Donc il est venu me voir et il a frappé à la porte. Il venait tous les jours avec quelque chose à me montrer. Et il frappait à la porte comme un pic-vert jusqu'à ce que j'ouvre. Et il m'a demandé comment j'avais fait la maison pour ces guèpes. Parce qu'il n'en avait jamais vu une aussi grande. Et je lui ai dit, "Tu sais, Cody, en fait, ce sont les guèpes qui ont construit ça." Et on l'a regardé ensemble. Et je pouvais voir pourquoi il pensait... vous savez, c'était si magnifiquement fait. C'était si architectural. C'était si précis.

Mais je me suis rendue compte que dans sa courte vie, il en était déjà venu à croire au mythe que si quelque chose est si bien fait, ça doit être nous qui l'avons fait. Ce qu'il ne savait pas, c'est ce que nous avons tous oublié, que nous ne sommes pas les premiers à construire. Nous ne sommes pas les premiers à transformer la cellulose. Nous ne sommes pas les premiers à faire du papier. Nous ne sommes pas les premiers à essayer d'optimiser les espaces de rangement, ou à étanchéiser, ou à essayer de chauffer et refroidir une structure. Nous ne sommes pas les premiers à construire des maisons pour nos petits.

Ce qui se passe aujourd'hui, dans ce domaine qu'on appelle le biomimétisme, c'est que les gens commencent à se souvenir que des organismes, d'autres organismes, le reste du monde naturel, font des choses très similaires à ce que nous devons faire. Mais en fait, ils le font d'une manière qui leur a permis de vivre sur cette planète avec grâce depuis des milliards d'années. Donc ces gens, les pratiquants du biomimétisme, sont les apprentis de la nature. Et ils se concentrent sur la fonction des choses. J'aimerais vous montrer quelques unes de ces choses qu'ils sont en train d'apprendre. Ils se sont demandés "Et si, à chaque fois que je commence à inventer quelque chose, je me demandais, 'Comment la nature réglerait-elle ce problème?'"

Et voici ce qu'ils apprennent. Ceci est une superbe image du photographe tchèque Jack Hedley. C'est l'histoire d'un ingénieur à J.R. West. Ce sont eux qui font le train à grande vitesse Shinkanzen, ou "bullet train." On l'a appelé le "bullet train" [bullet = balle d'arme à feu] parce qu'il est arrondi à l'avant. Mais chaque fois qu'il entrait dans un tunnel, il créait une vague de pression. Et ensuite, il créait une sorte de bang quand il quittait le tunnel. Donc le patron de l'ingénieur lui a dit, "Trouvez un moyen de rendre ce train plus silencieux."

Il se trouve qu'il était amateur d'ornithologie. Il est allé à une réunion d'un club ornithologique. Et il a étudié — il y avait un film sur les martin-pêcheurs. Et il s'est dit, "Ils vont d'un environnement d'une certaine densité, l'air, à un environnement d'une autre densité, l'eau, sans une éclaboussure. Regardez cette image. Pas une éclaboussure, comme ça ils peuvent voir le poisson. Et il s'est dit, "Et si on faisait pareil?" Ça a réduit le bruit du train et l'a fait avancé 10 pour cent plus vite avec 15 pour cent de moins d'électricité.

Comment la nature se débarasse-t'elle des bactéries? Nous ne sommes pas les premiers à devoir nous protéger de certaines bactéries. Il s'avère que — voici un requin des Galapagos. Il n'a aucune bactérie sur sa surface, pas d'infestation d'organismes, pas de bernacles. Et ce n'est pas parce qu'il est rapide. À vrai dire, il lézarde. C'est un requin qui se déplace lentement. Alors comment empêche-t'il les bactéries de s'accumuler sur son corps? Il ne le fait pas par la chimie. Il le fait, en fait, avec les mêmes petites denticules que l'on trouve sur les maillots de bain Speedo qui ont permis de battre tant de records pendant les Jeux Olympiques.

Mais c'est un motif particulier. Et ce motif, l'architecture de ce motif de denticules sur sa peau empêche les bactéries de se poser et d'adhérer. Il y a une entreprise, appelée Sharklet Technologies, qui cherche à installer ça sur les surfaces des hôpitaux pour empêcher les bactéries de se poser. Ce qui vaut mieux que de les noyer dans des produits anti-bactériens et des nettoyants agressifs auxquels beaucoup d'organismes deviennent maintenant résistants. Les infections nosocomiales tue aujourd'hui plus de personnes chaque année, aux États-Unis, que n'en meurent du sida, des cancers et des accidents de voiture rassemblés. Environ 100 000.

Il y a une petite bête dans le désert namibien. Elle n'a pas accès à de l'eau douce pour boire. Mais elle boit l'eau du brouillard. Elle a des bosses sur le dos de ses élytres. Et ces bosses agissent comme un aimant pour l'eau. Elles ont des bouts qui attirent l'eau et des côtés lustrés. Quand le brouillard arrive, l'eau est collectée sur le bout des bosses. Et elle descend sur les côtés et atterrit dans la bouche de la bête. Il y a un scientifique ici à Oxford qui a étudié ça — Andrew Parker. Et maintenant des entreprises cinétiques et architecturales comme Grimshaw commencent à s'y intéresser comme une technique pour recouvrir les bâtiments afin qu'ils collectent l'eau dans le brouillard. C'est dix fois plus efficaces que nos filets à brouillard.

Le CO2 comme matériau de construction. Les organismes ne considèrent pas le CO2 comme un poison. Les plantes et organismes à carapaces, les coraux, le considèrent comme un matériau. Il existe maintenant une fabrique de ciment qui se crée aux États-Unis, appelé Clara. Ils ont emprunté la recette aux barrières de corail. Et ils utilisent le CO2 comme matériau dans le ciment, dans le béton. Alors qu'habituellement le ciment émet une tonne de CO2 pour chaque tonne de ciment. Maintenant on renverse cette équation, et on emprisonne une demi-tonne de CO2 grâce à la méthode du corail.

Aucune de ces méthodes n'utilisent les organismes eux-mêmes. Elles n'utilisent que les plans ou les recettes de ces organismes. Comment la nature récolte-t'elle l'énergie solaire? Il existe une nouvelle sorte de cellule solaire qui s'inspire de la façon dont marche une feuille. Elle s'assemble tout seul. Elle peut se poser sur n'importe quel substrat. Elle est très peu chère et rechargeable tous les cinq ans. C'est en fait une entreprise dans laquelle je suis impliquée, appellée OneSun, avec Paul Hawken.

Il y a beaucoup, beaucoup de manières dont la nature filtre l'eau et retire le sel de l'eau. Nous prenons l'eau et nous la poussons contre une membrane. Et après, on se demande pourquoi la membrane se bouche et pourquoi cela requiert tant d'électricité. La nature le fait beaucoup plus élégamment. Et c'est dans chaque cellule. Chaque globule rouge de votre corps a des pores en forme de sablier appelés aquaporines. Les molécules d'eau passe en fait au travers. C'est une forme d'osmose non-inversé. Les aquaporines rejettent les molécules d'eau d'un côté, et laissent les substances dissoutes de l'autre côté. Une entreprise appelée Aquaporin a commencé à fabriquer des membranes de désalinisation qui imitent cette technologie.

Les arbres et les os se reforment toujours au niveau des lignes de tension. Cet algorithme a été entré dans un logiciel dont on se sert maintenant pour rendre les ponts plus légers, rendre les poutres de construction plus légères. Opel GM s'en est servi pour créer ce squelette que vous voyez, dans ce qu'on appelle la voiture bionique. Ça a allégé le squelette en utilisant un minimim de matéraiux, comme doivent le faire les organismes, pour un maximum de force.

Ce scarabée, contrairement à ce paquet de chips, ce scarabée n'utilise qu'un matériau, la chitine. Et elle trouve beaucoup, beaucoup de manières de s'en servir pour diverses fonctions. C'est étanche. C'est solide et résistant. Ça respire. Ça crée de la couleur par sa structure. Alors que ce paquet de chips a sept couches différentes pour faire tout ça. Une des inventions majeures à laquelle nous devons pouvoir arriver pour ne serait-ce que s'approcher de ce que ces organismes peuvent faire, c'est de trouver un moyen de minimiser la quantité de matériaux, les sortes de matériaux, que nous utilisons et d'y ajouter un meilleur agencement. La nature utilise cinq polymères pour faire tout ce que vous voyez. Dans notre monde, nous utilisons environ 350 polymères pour faire tout ceci.

La nature est nano. La nanotechnologie, les nanoparticules, il y a beaucoup d'inquiétudes à ce sujet. Oubliez les nanoparticules. Ce qui m'intéresse vraiment, c'est une question que peu de gens ont soulevé. "Comment pouvons-nous nous inspirer de la nature pour rendre la nanotechnologie sure?" La nature le fait depuis longtemps. Incorporer des nanoparticules dans un matériau par exemple, depuis toujours. En réalité, les bactéries sulfo-réductrices pendant leur développement, émettent, comme co-produit,, des nanoparticules dans l'eau. Mais juste après, elles émettent une protéine qui rassemblent et agrègent ces nanoparticules. et les fait précipiter.

L'utilisation de l'énergie. Les organismes consomment l'énergie par toutes petites bouchées. Parce qu'ils doivent travailler ou négocier pour chaque petite quantité d'énergie qu'ils reçoivent. Et un des plus vastes domaines en ce moment, dans le monde des réseaux énergétiques, c'est le réseau intelligent, dont on entend parler. Et parmi les consultants les plus importants, il y a les insectes sociaux. La technologie de l'essaim. Il y a une entreprise appelée Regen. Ils explorent comment les fourmis et les abeilles trouvent leur nourriture et leurs fleurs de la manière la plus efficace en tant que colonie à part entière. Et ils font en sorte que les appareils électro-ménagers dans votre maison se parlent via cet algorithme, et déterminent comment minimiser la demande d'énergie aux heures de pointe.

Il y a un groupe de scientifiques à Cornell qui sont en train de fabriquer ce qu'ils appellent un arbre synthétique. Ils expliquent, "Il n'y a pas de pompe à la base d'un arbre." C'est l'action capillaire et la transpiration qui tire l'eau vers le haut, goutte par goutte, qui tire, libérant l'eau par les feuilles et la tirant par les racines. Et ils sont en train de créer — vous pouvez l'imaginer comme une sorte de papier peint. Ils envisagent de le mettre à l'intérieur des bâtiments pour faire monter l'eau sans pompe.

L'anguille électrique de l'Amazone. Incroyablement rare, certaines de ces espèces, créent 600 volts d'électricité grâce aux mêmes produits chimiques que ceux de votre corps. Ce que je trouve encore plus intéressant, c'est que 600 volts ne l'électrocutent pas. Vous savez que nous utilisons le PVC. Et on couvre les cables de PVC pour l'isolation. Ces organisms, comment s'isolent-ils contre leur propre électricité? Il reste encore des questions à poser.

Voici un fabriquant d'éoliennes qui s'est inspiré d'une baleine. Chez la baleine à bosse, le bord des nageoires est festonné. Et ces bords festonnés se comportent dans l'eau de telle manière que la friction est réduit de 32 pour cent. En conséquence, ces éoliennes peuvent tourner même avec des vents très lents.

Le MIT vient de sortir une nouvelle puce qui utilise bien moins d'énergie que nos puces ordinaires. Elle s'inspire de la cochlée de votre oreille et peut recevoir l'internet, le mobile, les signaux télé et les signaux radio, le tout dans la même puce. Enfin, à l'échelle d'un écosysteme.

À Biomimicry Guild, qui est mon entreprise de conseil, nous travaillons avec HOK Architects, nous envisageons la construction de villes entières, dans leur département de planification. Et voici ce que nous disons: nos villes ne devraient-elle pas être au moins aussi performantes, en termes de services écosystèmiques, que les écosystèmes originels qu'elles remplacent? Donc nous créons ce que nous appelons des Standards de Performances Écologiques qui sont plus exigeants avec les villes.

Voici la question — le biomimétisme est un outil plein de potentiel pour innover. Et la question que je poserais est celle-ci: "Quels problèmes valent la peine d'être résolus?" Si vous n'avez pas encore vu ceci, c'est assez incroyable. Dr. Adam Neiman. C'est une représentation de toute l'eau sur Terre comparée au volume de la terre. Toute la glace, toute l'eau douce, toute l'eau de mer, et toute l'atmosphère que nous respirons, comparés au volume de la Terre. Et dans ces balles la vie, il y a plus de 3,8 milliards d'années, a créée un environnement luxuriant et vivable pour nous.

Et nous faisons partie d'une longue, longue lignée d'organismes qui viennent sur cette planète et se demandent, "Comment pouvons nous vivre ici avec grâce sur le long terme?" Comment pouvons nous faire ce que la vie a appris à faire? C'est-à-dire créer des conditions favorables à la vie. Maintenant pour faire cela, le challenge de notre siècle en terme de design, je crois, il nous faut un moyen de nous souvenir de ces génies et de les retrouver.

Une grande idée, un grand projet sur lequel j'ai été honoré de travailler, c'est un nouveau site Internet. Et je vous encourage tous à aller le voir, s'il vous plait. Ça s'appelle AskNature.org. Ce que nous essayons de faire, de manière TEDesque, c'est d'organiser toute l'information biologique par fonction d'ingénierie et de conception.

Nous travaillons avec EOL, Encylopeadia Of Life, le souhait TED d'Ed Wilson. Il collecte toute l'information biologique sur un site web. Et les scientifiques qui participent à EOL répondent à une question: "Que peut on apprendre de cet organisme?" Et cette information va sur AskNature.org. Et on espère que n'importe quel inventeur, n'importe où dans le monde, sera capable, au moment de la création, de taper, "Comment la nature filtre-t'elle le sel de l'eau?" Et les résultats apparaîtront: mangroves et tortues des mers, et vos propres reins.

Et on commencera à être capable de faire comme Cody, et d'être en réel contact avec ces modèles incroyables, ces aînés qui sont là depuis beaucoup, beaucoup plus longtemps que nous. Et on espère qu'avec leur aide, on apprendra comment vivre sur la Terre, dans cette maison qui nous appartient, à nous mais pas seulement à nous. Merci beaucoup. (Applaudissements)