Eduardo Briceño
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La plupart d'entre nous passons notre vie à essayer de tout faire du mieux possible, que ce soit au travail, en famille, à l'école ou ailleurs. Je suis pareil. Je fais de mon mieux. Mais il y a quelques temps, j'ai réalisé que je progressais peu dans les domaines les plus importants pour moi, que ce soit en tant que mari ou ami, ou professionnel ou coéquipier, et je ne m'améliorais pas tellement bien que je passais beaucoup de temps à travailler dur. Depuis, j'ai réalisé, grâce à des conversations et des recherches, que cette stagnation, malgré un dur travail, s'avère être assez commune.

J'aimerais partager quelques réflexions sur cette situation et ce que l'on peut y faire. J'ai appris que les personnes et équipes les plus performantes, quel que soit le domaine, ont une méthode imitable par tous. Elles passent leur vie à alterner délibérément entre deux zones : l'apprentissage et la performance.

En zone d'apprentissage, notre but est de nous améliorer. Nous faisons donc des activités faites pour progresser, nous concentrant sur les points non maitrisés. Nous devons nous attendre à faire des erreurs, sachant que nous apprendrons d'elles. C'est différent de ce que nous faisons dans la zone de performance, où notre but est de faire quelque chose du mieux possible, d'exécuter. Nous nous concentrons sur ce que nous maîtrisons déjà et essayons de minimiser les erreurs.

Ces deux zones devraient faire partie de nos vies. Mais savoir clairement quand nous voulons être dans chaque zone, avec quel but et quelles attentes, nous aide à améliorer nos performances. La zone de performance maximise notre performance immédiate et la zone d'apprentissage maximise nos progression et performance futures. La plupart d'entre nous ne progressent pas, malgré un dur travail, parce que nous passons presque tout notre temps dans la zone de performance. Ça entrave notre croissance et, de façon ironique, notre performance sur le long terme.

À quoi ressemble la zone d'apprentissage ? Prenez Démosthène, un dirigeant politique et le plus grand orateur et avocat en Grèce antique. Pour devenir excellent, il n'a pas passé tout son temps à être juste un orateur ou un avocat, ce qui serait sa zone de performance. À la place, il réalisait des activités pour progresser. Il étudiait beaucoup. Il étudiait le droit, la philosophie, grâce à des mentors, mais il a aussi réalisé qu'être avocat impliquait de persuader les autres et il a donc étudié des grands discours et le théâtre. Pour se débarrasser de la vieille habitude qu'il avait de lever son épaule, il répétait ses discours en face d'un miroir, une épée suspendue au plafond. S'il levait son épaule, l'épée lui ferait mal.

(Rires)

Pour parler de façon plus claire, il énonçait ses discours avec des cailloux dans la bouche. Il construisit une chambre souterraine pour répéter sans interruption et sans déranger les gens. Les tribunaux étant très bruyants, il répétait aussi près de l'océan, en projetant sa voix au-dessus du fracas des vagues.

Ses activités d'apprentissage étaient très différentes de son travail au tribunal, sa zone de performance. Le Dr Anders Ericsson nomme cette méthode d'apprentissage : « pratique délibérée », la décomposition des capacités en compétences constituantes, en identifiant clairement la sous compétence à améliorer, comme ne pas hausser les épaules, en offrant une concentration totale à un niveau élevé de défi hors de la zone de confort, juste au-delà de nos capacités actuelles, utilisant des retours fréquents, avec répétition et ajustements, et dans l'idéal, conseillé par un professeur talentueux, car les activités créées pour l'amélioration sont très spécifiques et les bons professeurs savent quelles sont ces activités et peuvent donner des avis d'experts. Ce type d'exercice dans la zone d'apprentissage mène à une amélioration substantielle et pas juste sur la durée d'exécution d'une tâche. Par exemple, la recherche montre qu'après les premières années d'activité professionnelle, la performance atteint en général un plateau. Ça a été vérifié dans l'enseignement, la médecine générale, les soins infirmiers et ailleurs. Une fois que nous pensons être devenus suffisamment bons, suffisamment adéquats, nous cessons de passer du temps à apprendre. Toute notre énergie est consacrée au travail, à l'exécution, ce qui n'est pas une bonne façon de s'améliorer. Mais ceux qui continuent de passer du temps à apprendre continuent de s'améliorer. Une fois par semaine minimum, les meilleurs vendeurs font des activités en vue de s'améliorer. Ils lisent pour enrichir leur savoir, consultent des collègues ou des experts, essaient de nouvelles stratégies, et demandent des avis. Les meilleurs joueurs d'échecs passent beaucoup de temps à ne pas jouer aux échecs, ce qui serait leur zone de performance, mais à tenter de prédire les déplacements des champions et à les analyser. Chacun d'entre nous a sûrement passé beaucoup, beaucoup d'heures à taper sur un clavier sans aller plus vite. Mais si nous passions de 10 à 20 minutes chaque jour, en se concentrant uniquement à taper 10 à 20% plus vite que notre vitesse habituelle, nous irions plus vite, surtout si nous avons aussi identifié nos erreurs et nous sommes entraînés à taper ces mots. C'est la pratique délibérée.

Dans quels autres domaines de la vie, dont nous nous soucions le plus, travaillons-nous dur sans beaucoup d'amélioration, car nous restons dans la zone de performance ? Non pas que la zone de performance n'a pas de valeur. Elle en a beaucoup. Étant opéré au genou, je n'ai pas dit au chirurgien : « Concentrez-vous sur ce que vous ne connaissez pas. »

(Rires)

« On apprendra de vos erreurs. » J'ai cherché une chirurgienne qui me semblait faire un bon travail, je voulais qu'elle fasse un bon travail. Être en zone de performance nous permet d'accomplir les choses du mieux possible. Elle est motivante et nous fournit l'information pour identifier notre prochain objectif quand nous retournons à la zone d'apprentissage. Le chemin vers la haute performance est l'alternance entre les zones d'apprentissage et de performance, la construction de compétences en zone d'apprentissage puis leur application en zone de performance.

Lorsque Beyoncé est en tournée, pendant le concert, elle est dans sa zone de performance, mais chaque soir, de retour à sa chambre d'hôtel, elle revient dans sa zone d'apprentissage. Elle regarde la vidéo du concert qui vient de se finir. Elle identifie le potentiel d'amélioration pour elle-même, ses danseurs et son équipe de cameramen. Le lendemain matin, tout le monde reçoit des pages de notes disant quoi ajuster, qu'ils travaillent en vue du prochain spectacle. C'est une spirale de capacités toujours croissantes, nous devons savoir si nous cherchons à apprendre ou à exécuter. Si nous voulons faire les deux, plus nous passons du temps en zone d'apprentissage, plus nous nous améliorons.

Comment passer plus de temps en zone d'apprentissage ? Nous devons d'abord croire et comprendre que nous pouvons nous améliorer. C'est une « mentalité de croissance ». Nous devons ensuite vouloir améliorer une compétence particulière. Il doit y avoir un but qui nous importe, car ça demande du temps et des efforts. Puis, nous devons avoir une idée sur la façon de s'améliorer, ce que nous pouvons faire, pas la façon dont je jouais de la guitare étant ado, jouant des chansons encore et encore, mais via la pratique délibérée. Et enfin, nous devons être dans une situation à risque minimal, car si on doit s'attendre à faire des erreurs, leurs conséquences ne doivent pas être catastrophiques ou très significatives. Un funambule ne répète pas de nouveaux tours sans un filet et un athlète ne teste pas un nouveau déplacement lors d'un match de championnat.

L'une des raisons pour lesquelles nous passons tant de temps en zone de performance est que nos environnements sont souvent inutilement risqués. Nous créons des risques sociaux, même à l'école où l'apprentissage est censé être la priorité et je ne parle pas des tests standardisés. Je veux dire que chaque minute de chaque jour, beaucoup d'étudiants, de l'école primaire à l'université, pensent qu'à chaque erreur, les autres les estimeront moins. Normal qu'ils soient toujours stressés et ne prennent pas les risques nécessaires pour apprendre. Ils apprennent que les erreurs sont indésirables, involontairement, quand professeurs ou parents veulent entendre des réponses correctes et rejettent les erreurs sans les examiner afin d'apprendre d'elles, ou quand on préfère des réponses communes au lieu de pensées exploratrices qui peuvent tous nous inspirer. Quand tous les devoirs d'étudiants sont notés et comptent pour les résultats finaux au lieu d'être utilisés pour l'exercice, les erreurs, les retours, la révision, nous envoyons le message que l'école est une zone de performance.

La même chose est vraie au travail. Dans les entreprises, je vois souvent des cultures d'exécution sans failles où les chefs encouragent un travail excellent. Ainsi les employés restent dans le même cadre, ne testent pas de nouvelles choses, donc les entreprises peinent à innover et progresser, et prennent du retard.

Nous pouvons créer plus d'espaces pour la croissance en conversant avec les autres sur les moments où nous voulons être dans chaque zone. Dans quoi voulons-nous nous améliorer et comment ? Et quand voulons-nous exécuter et minimiser les erreurs ? De cette façon, nous gagnons en clarté sur ce qu'est le succès, et quand et comment soutenir le mieux possible les autres.

Et si nous étions régulièrement dans un contexte à hauts enjeux, avec l'impression de ne pas pouvoir démarrer cette conversation ? Voici trois choses que nous pouvons toujours faire. Nous pouvons créer des îles à enjeu mineur dans une mer d'enjeux majeurs. Il y a des endroits où les erreurs ont peu de conséquences. Par exemple, nous pourrions trouver un mentor ou un collègue de confiance avec lequel échanger des idées, avoir des conversations difficiles ou faire des jeux de rôles. Nous pouvons demander des retours à mesure que le projet progresse. Nous pouvons prendre du temps pour lire, regarder des vidéos ou des cours en ligne. Ce ne sont que des exemples. Deuxièmement, nous pouvons réaliser la performance attendue de nous, puis analyser ce qui pourrait être amélioré, comme Beyoncé. Nous pouvons observer et imiter des experts. L'observation, l'analyse et l'ajustement sont des zones d'apprentissage. Enfin, nous pouvons prendre l'initiative et diminuer les enjeux en partageant ce que nous voulons améliorer, en posant des questions sur ce que nous ignorons, en demandant des avis et en partageant nos erreurs et ce que nous en avons tiré, afin que les autres se sentent libres de nous imiter.

La vraie confiance en soi vient en façonnant un apprentissage continu. Et si, au lieu de passer nos vies à faire, faire, faire, performer, performer, performer, nous passions plus de temps à explorer, à demander, à écouter, à expérimenter, à remettre en question, à lutter et à devenir ? Et si nous avions tous toujours quelque chose que nous tentons d'améliorer ? Et si nous créions plus d'îles et de rivières à enjeux mineurs ? Et si nous étions clairs, avec nous-mêmes et notre équipe, sur les moments où nous voulons apprendre et ceux où nous voulons performer, afin que nos efforts puissent devenir plus conséquents, que notre amélioration ne s'arrête jamais et que notre niveau devienne encore meilleur ?

Merci.

(Applaudissements)