Alain de Botton
7,820,544 views • 16:51

Pour moi ces crises de carrière se passent normalement, souvent en fait, un dimanche soir, juste au moment où le soleil est au point de se coucher, et l'écart entre mes espoirs personnels, et la réalité de ma vie, diverge avec tellement de douleur que d'habitude je finis par verser mes larmes sur un coussin. Je mentionne tout ceci, parce que je ne pense pas que ce soit simplement un problème personnel. Vous pensez peut-être que j'ai tort. Mais je pense que nous vivons dans une période ou nos vies sont régulièrement ponctuées par des crises professionnelles, par moment quand ce que nous pensions savoir, sur nos vies, nos carrières, rentre en contact avec une réalité menaçante.

Aujourd’hui il est peut-être plus facile que jamais de bien vivre. C'est peut-être plus dur qu'auparavant, de rester calme, et de ne pas souffrir d'angoisse professionnelle. J'aimerai, si je le puis, analyser quelques unes des raisons pour lesquelles nous ressentons cette angoisse pour nos carrières professionnelles. Pourquoi nous sommes victimes de ces crises de carrière, quand nous pleurons dans nos coussins. Une des possibles raisons de nos souffrances est que nous sommes entourés par des snobs.

D'une certaine manière j'ai une mauvaise nouvelle, particulièrement pour quelqu'un qui est venu à Oxford de l'étranger. Il y a un vrai problème avec le snobisme. Parce que les étrangers imaginent que le snobisme est un phénomène typiquement Anglais obsédé sur les maisons de campagne et les titres. La mauvaise nouvelle est que ce n'est pas vrai. Le snobisme est un phénomène global. Nous sommes une organisation globale. Ceci est un phénomène global. Il existe. Qu'est ce qu'un snob ? Un snob est une personne qui prend une petite partie de vous, et qui s'en sert pour établir une vision générale de qui vous êtes. Ceci est du snobisme.

Et le type de snobisme le plus commun qui existe aujourd'hui est le snobisme au niveau professionnel. On le rencontre après seulement quelques minutes à une fête, quand on vous pose cette célèbre question du 21ème siècle, « Qu'est ce que vous faites ? » Et selon votre réponse à cette question, les gens sont soit heureux de vous rencontrer, ou ils regardent leurs montres et s'excusent. (Rire)

L'opposé d'un snob c'est votre mère. (Rire) Pas nécessairement votre mère, ni la mienne. Mais, en fait, la mère idéale. Quelqu'un qui ne se préoccupe pas de vos accomplissements. Mais malheureusement la plupart des gens ne sont pas nos mères. La plupart des gens établissent une stricte corrélation entre l'investissement en temps, et si vous aimez, adorez, pas l'amour romantique même si ça peut être quelque chose mais l'amour en général, le respect, qu'ils veulent bien nous donner, sera strictement défini par notre position dans la hiérarchie sociale.

Et voila plusieurs bonnes raisons pour lesquelles nous nous préoccupons de nos carrières. Et pourquoi nous nous préoccupons autant des biens matériels. Vous savez, on nous répète souvent que nous vivons dans une époque très matérialiste, que nous sommes des gens gourmands. Je ne pense pas que nous soyons particulièrement matérialistes. Je pense que nous vivons dans une société qui a simplement associé certaines récompenses émotionnelles à l'acquisition de biens matériels. Ce ne sont pas les biens matériels que nous voulons, ce sont les récompenses. Et ceci est une nouvelle façon de penser aux biens de luxe. La prochaine fois que vous voyez quelqu'un qui conduit une Ferrari ne pensez pas « Ceci est quelqu'un qui est avide. » Pensez, « Voila quelqu'un d'incroyablement vulnérable et en besoin d’amour. » En d'autres mots – (Rire) ressentez de la sympathie, plutôt que du mépris.

Il y a d'autres raisons – (Rire) Il y a d'autres raisons qui expliquent pourquoi il est plus dur maintenant de se sentir calme. Une de ces raisons, et c'est paradoxal parce que c'est lié à quelque chose d'agréable, c'est l'espoir que nous avons tous pour nos carrières. Jamais auparavant nos attentes n'ont été aussi élevées sur ce que nous pouvons faire tout au long de nos vies. On nous dit que l'on peut tout faire. Que nous nous sommes débarrassé du système de caste. Nous sommes maintenant dans un système où n'importe qui peut atteindre n'importe quelle position. Et ceci est une très belle idée. En même temps il y a une sorte d'esprit d'égalité. Nous sommes tous égaux. Il n'y a pas de hiérarchie strictement définie.

Il y a un gros problème avec ceci. Et ce problème c'est la jalousie. La jalousie, c'est un vrai tabou de mentionner la jalousie, mais s’il y a une émotion dominante dans le monde moderne, c'est la jalousie. Et ceci est lié à l'esprit d'égalité. Laissez-moi vous expliquer. Je pense que ça serait très inhabituel pour n'importe qui ici, d'envier la Reine d'Angleterre. Même si elle est beaucoup plus riche que n'importe qui d'entre vous. Qu'elle a une très grande maison. La raison pour laquelle nous ne l'envions pas c'est parce que elle est trop bizarre. Simplement trop bizarre. On ne peut pas s'identifier à elle. Elle parle d'une drôle de façon. Elle vient d'un endroit bizarre. On ne peut donc pas s'identifier à elle. Et quand on ne peut pas s'identifier à quelqu'un, on ne l'envie pas.

Plus on est semblable en âge et en expérience, dans le processus d'identification, plus il y a de danger de jalousie. Ceci est d'ailleurs la raison pour laquelle aucun d'entre vous ne doit jamais aller à une réunion scolaire. Parce qu'il n'y a pas de point de référence plus fort que les gens avec qui nous sommes allés à l'école. Mais le problème est que, généralement, dans la société moderne, ça transforme le monde entier en école. Tout le monde porte des jeans, tout le monde est pareil. Et cependant ce n'est pas le cas. Il y a donc un esprit d'égalité, combiné avec de profondes inégalités. Ce qui nous amène à une situation très stressante.

Il est aussi improbable aujourd'hui de devenir riche et célèbre comme Bill Gates, qu'il était improbable au 17ème siècle d'accéder aux rangs de l'aristocratie Française. Mais le fait est que ça ne sent pas de cette façon. On est fait pour sentir, à travers des magazines et autres médias, que si vous avez de l'énergie, quelques bonnes idées technologiques, un garage, vous pouvez vous aussi commencer quelque chose de grandiose. (Rire) Et les conséquences de ce problème se voient dans les librairies. Quand vous allez dans une grande librairie et regardez les sections des manuels, comme je le fais parfois, si vous analysez les manuels qui sont produits dans le monde aujourd'hui, il y en a de deux sortes. Le premier type vous dit, « Vous pouvez le faire ! Vous réussirez ! Tout est possible ! » Et l'autre vous dit comment il faut traiter ce qui est poliment appelé la « faible estime de soi », ou appelé insolemment « se sentir très mal dans votre peau ».

Il y a une vrai relation, entre une société qui dit aux gens qu'ils peuvent tout faire, et l'existence d'une faible estime de soi. Donc, c'est un autre moyen avec lequel quelque chose qui est plutôt positif, peut avoir un mauvais rebond. Il y a une autre raison pour laquelle on pourrait se sentir plus anxieux que jamais pour nos carrières, sur notre statut dans le monde d'aujourd'hui. Et c'est encore une fois, lié à quelque chose de bien. Et cette bonne chose c'est la méritocratie.

Tous les politiciens de gauche et de droite, sont d'accord sur le fait que la méritocratie est une bonne chose, et on devrait tous essayer de rendre nos sociétés réellement méritocratiques. Autrement dit, qu'est ce qu'une société méritocratique ? Une société méritocratique est une société dans laquelle si vous avez du talent, de l'énergie et des capacités, vous rejoindrez le sommet. Rien ne vous retiendra. C'est une idée merveilleuse. Le problème est que si vous croyez réellement en une société où ceux qui le méritent arrivent en haut, vous devez croire aussi, de façon plus désagréable, en une société où ceux qui méritent de rester en bas restent en bas pour toujours. Autrement dit, votre position dans la vie n'est plus accidentelle, mais méritée. Ce qui rend l'échec beaucoup plus cuisant.

Vous savez, au Moyen Âge, en Angleterre, quand vous rencontriez un homme pauvre, cette personne serait décrite comme "malchanceuse". Littéralement, quelqu'un qui n'a pas été béni par la chance, un malchanceux. Aujourd'hui, particulièrement aux États-Unis, si vous rencontrez quelqu'un en bas de l'échelle socialle, ils sont, méchamment, décrit comme "perdant". Il y a une réelle différence entre un malchanceux et un perdant. Ceci montre 400 ans d'évolution de la société, et qui nous croyons être responsables de nos vies. Ce n'est plus Dieu, c'est nous. Nous sommes sur le siège du conducteur.

C'est fabuleux si vous le faites bien, et dévastateur si vous le faites mal. Ça vous conduit, dans le pire des cas, selon l'analyse d'un sociologue comme Emil Durkheim, à une augmentation du taux de suicide. Il y a plus de suicide dans les pays développés et individualistes que dans toute autre partie du monde. Et une des raisons est que les gens prennent ce qui leur arrive très personnellement. Le succès leur appartient. Mais les échecs aussi.

Y a-t-il une sorte de soulagement à certaines de ces pressions que l'on vient de souligner ? Je pense que oui. Je veux juste me concentrer sur certaines d'entre elles. Prenons la méritocratie. Cette idée que tout le monde mérite d'arriver où ils arrivent. Je pense que c'est une idée folle, complètement folle. Je supporterai n'importe quel politicien de gauche ou de droite, avec n'importe quelle demi-idée de méritocratie. Je suis méritocratique, un point c'est tout. Mais je pense que c'est fou de croire que l'on peut faire une société vraiment méritocratique. C'est un rêve impossible.

L'idée de faire une société où réellement tout le monde est bien noté, les bons au sommet, et les mauvais en bas de l'échelle, et tout est bien fait comme on devrait, c'est impossible. Il y a simplement trop de facteurs aléatoires. Accidents, accidents de naissance, accidents d'objets qui tombent sur la tête des gens, maladies, etc. On n'arrivera jamais à bien les noter. On n'arrivera jamais à noter les personnes comme elles devraient l'être.

Il y a une adorable citation de Saint Augustin dans "The City of God" (La Cité de Dieu), où il dit, « C'est un péché de juger n'importe quel homme par son poste ». En Anglais moderne cela signifie, c'est un péché d'avoir une certaine vision des personnes auxquelles nous devrions parler selon leurs cartes de visite. Ce n'est pas le poste qui compte. Et selon Saint Augustin, Dieu uniquement peut mettre chacun à sa place. Et il le fera le jour du jugement avec anges et trompettes, et le ciel s'ouvrira. Une idée complètement folle, si vous êtes une personne laïque comme moi. Malgré tout, quelque chose reste valable dans cette idée.

En d'autres termes, retenez-vous quand il s'agit de juger les autres. Vous ne connaissez pas nécessairement la valeur des autres. C'est une partie inconnue d'eux. Et on ne devrait pas se conduire comme si l'on savait. Il y a une autre source de consolation dans tout ça. Quand vous pensez à l'échec dans la vie, une des raisons pour laquelle nous avons peur de l'échec ce n'est pas une perte de revenu, une perte de statut. Ce que nous craignons c'est le jugement des autres et le ridicule. Et ça existe.

Vous savez, le premier instrument du ridicule aujourd'hui, c'est la presse. Et si vous ouvrez un journal n'importe quel jour de la semaine, c'est plein de gens qui ont loupé leurs vies. Ils ont couché avec la mauvaise personne. Ils ont pris une mauvaise substance. Ils ont adopté la mauvaise loi. Peu importe ce que c'est. Et on les ridiculise. En d'autres termes, ils ont échoué. Et ils sont décrits comme des perdants. Est-ce qu'il y a une alternative à ça ? Je pense que les traditions occidentales nous montrent une alternative glorieuse. C'est la tragédie.

La tragedie, développée dans les théâtres de la Grèce ancienne, pendant le 5ème siècle avant J.-C., était une forme d'art consacré à retracer les échecs des gens. Et à leur accorder aussi un certain niveau de sympathie. Dans la vie ordinaire, cela ne se produit pas nécessairement. Je me souviens il y a quelques années, j'y réfléchissais. Et je suis allé voir "The Sunday Sport" (Sport Dimanche) de la presse populaire que je ne vous recommande pas de commencer à lire, si vous n'y êtes pas déjà familier. Et je suis allé leur parler de certaines des grandes tragédies de l'art occidental. Je voulais voir comment ils comprendraient l'essentiel de certaines histoires arrivant comme de nouveaux sujets d'actualité à la rédaction, un samedi après-midi.

Je leur ai donc raconté Othello. Ils n’en n’avaient jamais entendu parler mais ils ont adoré. (Rires) Et je leur ai demandé d'écrire le titre de l'article sur l'histoire d’Othello. Ils ont sorti « Immigrant Fou Amoureux Tue La Fille Du Sénateur ». Gros titre. Je leur ai passé l'histoire de Madame Bovary. Encore une fois, un livre qu'ils ont adoré découvrir. Et ils ont écrit « Accroc du Shopping Adultère Avale de l'Arsenic Après Fraude Financière ». (Rires) Et enfin mon préféré. Ils ont vraiment un génie bien à eux, ces gars là. Mon préféré c'est « Œdipe roi » de Sophocle : « Sexe Avec Sa Mère Aveuglant » (Rire) (Applaudissement)

En quelque sorte, si vous voulez, à l'extrémité du spectre de la sympathie, vous avez la presse populaire. À l'autre extrémité du spectre, vous avez la tragédie et l'art dramatique. Et je discute du fait qu'on devrait apprendre un peu de ce qui se passe dans l'art tragique. Ce serait fou d'appeler Hamlet un perdant. Il n'est pas un perdant, meme si il a perdu. Et je pense que c'est le message de la tragédie pour nous, et la raison pour laquelle c'est si important.

L'autre sujet de la société moderne, et la raison pour laquelle cela cause une telle anxiété, c'est que nous n'avons rien dans son cœur qui ne soit pas humain. On est la première société qui vit dans un monde où l'on ne vénère rien d'autre que nous même. On a une très haute considération de nous même. Et ça devrait être ainsi. On a emmené des gens sur la Lune. On a fait toutes sortes de choses extraordinaires. Et ainsi nous avons tendance à nous adorer nous-mêmes.

Nos héros sont des héros humains. C'est une situation complètement nouvelle. Beaucoup d'autres sociétés ont eu en leur centre, la vénération de quelque chose de transcendant. Un Dieu, un esprit, une force naturelle, l'univers. Quoi qu'il en soit, quelque chose d'autre qui est adoré. On a un peu perdu l'habitude de le faire. Ce qui justifie que nous soyons si attirés par la nature. Non pas pour notre santé, même si c'est souvent présenté de cette façon. Mais parce qu'on fuit de la fourmilière. C'est une fuite de notre propre compétition, et de nos drames personnels. Voilà pourquoi nous aimons tant regarder les glaciers et les océans, et contempler la Terre en dehors de son périmètre, etc. Nous aimons sentir le contact avec quelque chose qui n'est pas humain. Et qui est si important pour nous.

Je pense avoir réellement parlé du succès et de l'échec. Et une des choses intéressantes du succès est que nous pensons savoir ce que ça représente. Si je vous disais qu'il y a quelqu'un derrière l'écran qui a beaucoup de succès, certaines idées vous viendront immédiatement. Vous pourriez penser à quelqu'un qui a gagné beaucoup d'argent, qui a réussi quelque chose dans un certain domaine. Ma propre théorie du succès, et je suis quelqu'un qui est très intéressé par le succès. Je veux vraiment avoir du succès. Je suis toujours en train de penser, « Comment est-ce que je pourrai avoir plus de succès ? » Mais en vieillissant, je suis aussi très subtil sur ce que le mot "succès" peut signifier.

Voici une intuition que j'ai eue sur le succès. Vous ne pouvez pas avoir de succès partout. On entend beaucoup parler de l'équilibre travail/vie personnelle. Ca n'a pas de sens. Vous ne pouvez pas tout avoir. Vraiment. Donc n'importe quelle vision du succès doit admettre ce que vous êtes en train de perdre, où est l'élément de perte. Et je pense que n'importe quelle personne avisée acceptera qu'il doive y avoir un élément d'insuccès.

Et l'élément qui fait une vie réussie, la plupart du temps, nos idées de ce que nous pensons être une vie réussie, ne sont pas les nôtres. Elles sont englouties par les autres. Si vous êtes un homme, votre père. Si vous êtes une femme, votre mère. La psychanalyse a essayé de transmettre ce message pendant 80 ans. Personne n'écoute assez. Mais je crois vraiment que ce soit vrai.

Et nous engloutissons aussi des messages de tous les côtés, de la télévision, de la publicité, du marketing, etc. Ce sont des forces très puissantes qui définissent ce que nous voulons et comment nous nous voyons. Quand on nous dit que banquier est une profession très respectable beaucoup de gens veulent travailler dans les banques. Quand les banquiers ne sont plus si respectables, nous perdons notre intérêt dans le secteur bancaire. On est très ouvert aux conseils.

Ce que je soutiens, ce n'est pas que nous devrions laisser tomber nos idées sur le succès. Mais nous devons nous assurer que ce sont les nôtres. On devrait être plus concentré sur nos idées. Et nous assurer de les maîtriser, que nous sommes vraiment les auteurs de nos ambitions. Parce que c'est déjà assez pourri de ne pas avoir ce qu'on veut. Mais c'est encore pire d'avoir une idée de ce que qu'on veut, et de découvrir à la fin, qu'en fait ce n'est pas ce qu'on voulait.

Je vais donc terminer ici. Mais ce que je veux réellement souligner je vous en prie, succès, oui. Mais acceptons l'étrangeté de certaines de nos idées. Débarrassons-nous de nos notions de succès. Soyons sûrs que nos idées du succès soient réellement les nôtres. Merci beaucoup. (Applaudissements)

Chris Anderson : C'était fascinant. Comment concilier cette idée de considérer quelqu'un comme un perdant, avec l'idée que beaucoup de gens aiment, de prendre le contrôle de notre vie. Et qu'une société qui encourage le fait d'avoir des gagnants et des perdants.

Alain de Botton : Oui. Je pense que c'est juste le caractère aléatoire du processus gagnant perdant que je voulais souligner. Parce que l'accent est aujourd'hui sur la justice de toutes les choses. Et les politiciens parlent toujours de justice. Je crois fermement en la justice. Je pense juste que c'est impossible. On devrait donc faire de notre mieux, pour l'obtenir. Mais à la fin de la journée on devrait toujours se souvenir que quiconque se présente à nous, quoi qu'il leur soit arrivé, il y aura toujours une partie importante due au hasard. Et c'est sur cela que je veux laisser de la place. Parce qu'autrement ça peux devenir relativement fermé et oppressant.

Chris Anderson : Croyez-vous que l'on puisse combiner votre douce philosophie du travail avec une économie prospère ? Ou on ne peut pas? Mais ne sommes nous pas en train de donner trop d'importance au sujet ?

Alain de Botton : Le cauchemar c'est que effrayer les personnes est le meilleur moyen de les faire travailler. En quelque sorte, plus l'environnement est cruel plus les personnes vont essayer de se montrer à la hauteur. Qui voudriez vous comme père idéal ? Votre père idéal est quelqu'un de dur mais gentil à la fois. Difficile à trouver. On a besoin de pères exemplaires, en évitant les deux extrêmes. C'est à dire les autoritaires, disciplinés d'un coté. Et de l'autre coté, les laxistes, sans règles.

Chris Anderson : Alain de Botton.

Alain de Botton : Merci beaucoup. (Applaudissements)