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Translated by Carine Pyrée
Reviewed by Elisabeth Buffard

0:11 Un des mots que je préfère dans le dictionnaire Oxford en anglais est « snollygoster ». Juste parce que ça sonne vraiment bien. Et la signification de « snollygoster » est : « politicien malhonnête ». Cependant l'éditeur d'un journal du 19ème siècle en donnait une meilleure définition quand il disait : « Un snollygoster est un type qui veut le pouvoir, peu importe le parti, le programme ou les principes, et qui, lorsqu'il gagne, y parvient par l'unique force d'une présumance discourique monumentale ».

0:40 (Rires)

0:42 En fait, je n’ai pas la moindre idée de ce que signifie « discourique ». Quelque chose qui concerne les mots je suppose. Mais il est très important que les mots soient au centre de la politique, et tous les hommes politiques savent qu'ils doivent essayer de contrôler leur langage.

0:52 Par exemple, il a fallu attendre 1771 pour que le parlement britannique autorise les journaux à rapporter les mots exacts prononcés dans la chambre où se déroulaient les débats. Et on ne doit cela qu'au courage d'un type au nom extraordinaire de Brass Crosby, qui s'est attaqué au Parlement. Et il a été jeté en prison dans la Tour de Londres, mais il était suffisamment courageux, il était suffisamment courageux pour les affronter, et au bout du compte, il a reçu un tel soutien populaire à Londres qu'il a gagné. Ce n'est que quelques années plus tard qu’on trouve la première trace de l’expression « as bold as brass » (très culotté). La plupart des gens pensent que cette expression se réfère au métal (NDLT : brass = cuivre). Ce n’est pas le cas. Elle se rapporte à un militant de la liberté de la presse.

1:36 Mais pour vraiment vous montrer l'interaction des mots et de la politique, revenons aux Etats-Unis, juste après qu'ils aient obtenu l'indépendance. Ils se sont trouvés face au problème suivant : comment appeler George Washington, leur leader ? Ils ne le savaient pas. Comment appeler le leader d'un pays républicain ?

1:54 Cette question a été débattue au Congrès pendant des lustres. Et il y a eu toutes sortes de propositions qui auraient pu convenir. En fait, certains voulaient l'appeler Magistrat-Chef Washington, et d'autres, Son Altesse George Washington, et d'autres encore, Protecteur des libertés du peuple des Etats-Unis d'Amérique Washington. Pas vraiment accrocheur. Certains voulaient simplement l'appeler Roi. Ils pensaient que ce titre avait été essayé et éprouvé. Et ils n'étaient même pas monarchistes, selon eux, un roi pouvait être élu pour une durée déterminée. Et, vous savez, ça aurait pu marcher.

2:27 En fait, tout le monde a fini par s'ennuyer fortement , car ce débat a duré trois semaines. J'ai lu le journal de ce pauvre sénateur, qui y revient tout le temps : « Toujours sur ce sujet ». Et la raison de ce retard et de cet ennui était la position de la Chambre des Représentants contre le Sénat. La Chambre des Représentants ne voulait pas que le pouvoir monte à la tête de Washington. Ils ne voulaient pas l'appeler Roi, au cas où ça lui aurait donné des idées, à lui ou à son successeur.

2:51 Ils voulaient donc lui donner le plus modeste, le plus faible, le plus pathétique des titres auquel ils pouvaient penser. Et ce fut "Président". Président. Ils n'ont même pas inventé ce titre car il existait déjà, mais il désignait simplement quelqu'un qui préside une réunion. Comme le président d'un jury. Et ce titre n'avait pas plus de noblesse que "superviseur" ou "contremaître". Il y avait occasionnellement des présidents de petits conseils coloniaux et de soupçons de gouvernements, mais ce titre n'avait pas vraiment de valeur.

3:21 Et c'est pour cela que le Sénat s'y est opposé. Ils ont déclaré : "C'est ridicule, vous ne pouvez pas l'appeler Président. Ce type doit aller signer des traités et rencontrer des dignitaires étrangers. Qui va le prendre au sérieux avec un petit titre aussi ridicule que Président des Etats-Unis d'Amérique ?

3:38 Et au final, après trois semaines de débat, le Sénat n'a pas cédé. Au lieu de ça, ils ont accepté d'utiliser le titre « président » provisoirement, mais ils ont absolument tenu à ce qu'on mette par écrit qu'ils n'étaient pas d'accord avec ce titre avec tout le respect dû aux opinions et aux pratiques des nations civilisées, que ce soit sous un gouvernement de type républicain ou monarchique, qui a l’habitude d’annexer, par l’intermédiaire des fonctions du Magistrat-Chef, les titres de respectabilité - pas ce fichu titre de Président - et que dans les rapports avec les nations étrangères, la majesté du peuple des Etats-Unis ne soit pas compromise par une apparence singulière, c’est-à-dire, nous ne voulons pas passer pour des énergumènes.

4:30 Cette histoire nous apprend trois choses intéressantes. Tout d'abord - et c'est ce que je préfére - aussi loin que j’aie pu chercher, le Sénat n'a jamais formellement approuvé le titre de président. Barack Obama, Président Obama, n'est qu'un titre provisoire qui attend seulement que le Sénat agisse. La deuxième chose que l'on apprend, c'est que lorsqu'un gouvernement dit qu'il s'agit d"une mesure provisoire - (Rires) - 223 ans plus tard, on peut toujours attendre.

5:03 Mais la troisième chose qu'on apprend, et c'est la plus importante, c'est sur ce point que je veux conclure, c'est que le titre de président des Etats-Unis d'Amérique ne semble pas si modeste de nos jours, n'est-ce pas ? Peut-être est-ce lié aux plus de 5 000 têtes nucléaires qu'il a à sa disposition et à la plus grande économie du monde et à la flotte de drones et à toutes ces choses. La réalité et l'histoire ont doté ce titre d'une grandeur. Et au final, le Sénat a gagné. Ils ont eu leur titre de respectabilité. Et l'autre souci du Sénat, l'apparence singulière - oui, c'était singulier à l'époque. Mais à présent, savez-vous combien de nations ont un président ? Cent quarante-sept. Parce qu'ils veulent tous ressembler au type qui a les 5 000 têtes nucléaires, etc.

5:56 Donc, au final, le Sénat a gagné et la Chambre des représentants a perdu, car personne ne va se sentir modeste si on dit : « vous êtes à présent le président des Etats-Unis d'Amérique ». Et c'est une leçon importante à retenir selon moi et c'est là-dessus que je vais conclure. Les politiciens essaient de choisir leurs mots et de les utiliser pour façonner et contrôler la réalité. Mais en fait, la réalité change bien plus les mots que les mots ne peuvent changer la réalité.

6:27 Merci beaucoup.