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Translated by Elisabeth Buffard
Reviewed by Timothée Parrique

0:11 Vous savez tous que ce que je vais dire est vrai. Je pense que l'intuition que l'inégalité est source de division et corrode la société existe depuis avant la Révolution française. Ce qui a changé est que nous pouvons maintenant examiner les preuves, nous pouvons comparer les sociétés, les sociétés plus ou moins égales, et voir les effets de l'inégalité. Je vais vous emmener à travers les données et ensuite expliquer pourquoi les liens que je vais vous montrer existent.

0:41 Mais d'abord, voyons comme nous sommes une bande de misérables. (Rires) Je veux pourtant commencer avec un paradoxe. Ceci vous montre l'espérance de vie par rapport au revenu national brut - comment les pays riches sont en moyenne. Et vous voyez les pays sur la droite, comme la Norvège et les Etats-Unis, sont deux fois plus riches qu'Israël, la Grèce, le Portugal sur la gauche. Et ça ne change rien du tout à leur espérance de vie. Rien ne suggère là une relation. Mais si nous regardons dans nos sociétés, il y a des gradients sociaux extraordinaires pour la santé qui traversent la société. Là encore, c'est l'espérance de vie.

1:22 Ce sont de petites zones de l'Angleterre et au Pays de Galles - les plus pauvres à droite, les plus riches à gauche. Une grande différence entre les pauvres et le reste d'entre nous. Même les gens juste en dessous du sommet ont une santé moins bonne que les gens au sommet. Aussi le revenu signifie quelque chose de très important au sein de nos sociétés, et rien entre elles. L'explication de ce paradoxe est que, dans nos sociétés, nous regardons le revenu relatif ou la position sociale, le statut social - où nous sommes en relation les uns aux autres et la taille de l'écart entre nous. Et dès que vous avez cette idée, vous devriez immédiatement demander : ce qui arrive si nous élargissons les différences, ou nous les compressons, les écarts de revenus deviennent-ils plus ou moins importants?

2:11 Et c'est ce que je vais vous montrer. Je n'utilise pas de données hypothétiques. Je prends les données de l'ONU - ce sont les mêmes que celles dont la Banque mondiale dispose - sur l'échelle des écarts de revenu dans ces riches et développées démocraties de marché. La mesure que nous avons utilisée, parce que c'est facile à comprendre et que vous pouvez le télécharger, est de combien les 20 % du sommet sont plus riches que les derniers 20% dans chaque pays. Et vous voyez dans les pays les plus égalitaires à gauche - le Japon, la Finlande, la Norvège, la Suède - les premiers 20 % sont environ trois fois et demi, quatre fois plus riches que les derniers 20 pour cent. Mais pour les plus inégalitaires - le Royaume-Uni, le Portugal, les Etats-Unis, Singapour - les différences sont deux fois plus importantes. Sur cette mesure, nous sommes deux fois plus inégaux que certaines des autres démocraties de marché qui réussissent.

2:58 Maintenant, je vais vous montrer ce que cela fait à nos sociétés. Nous avons recueilli des données sur les problèmes avec des gradients sociaux, le genre de problèmes qui sont plus fréquents au bas de l'échelle sociale. Les données internationalement comparables sur l'espérance de vie, sur les résultats en maths et en lecture et écriture des enfants, le taux de mortalité infantile, le taux d'homicides, la proportion de la population en prison, le taux de natalité chez les adolescentes, les niveaux de confiance, l'obésité, les maladies mentales - ce qui dans la classification diagnostique normale comprend la toxicomanie et l'alcoolisme - et la mobilité sociale. Nous les avons tous mis dans un seul indice. Ils sont tous la même pondération. Lorsqu'un pays a un score moyen sur ces choses. Et là, vous le voyez par rapport à la mesure de l'inégalité que je viens de vous montrer, que je vais utiliser encore et encore dans les données. Les pays les plus inégalitaires font pire dans toutes ces sortes de problèmes sociaux. C'est une corrélation extrêmement étroite. Mais si vous regardez ce même indice des problèmes sanitaires et sociaux par rapport au PNB par habitant, au revenu national brut, il n'y a rien là, plus aucune corrélation.

4:10 Nous nous sommes un peu inquiétés que les gens puissent penser que nous avions choisi des problèmes allant dans le sens de nos arguments et simplement fabriqué ces preuves, nous avons donc publié un article dans le British Medical Journal sur l'indice UNICEF du bien-être des enfants. Il combine 40 composantes différentes mis en place par d'autres personnes. Il prend en compte si les enfants peuvent parler à leurs parents, s'ils ont des livres à la maison, à quoi ressemblent les taux de vaccination, s'il y a de l'intimidation à l'école. Il contient tout. Ici, il est en rapport à cette même mesure de l'inégalité. Les enfants font pire dans les sociétés plus inégalitaires. Un rapport très significatif. Mais encore une fois, si vous regardez cette mesure de bien-être de l'enfant, par rapport au revenu national par habitant, il n'y a aucune relation, aucune suggestion d'une relation.

5:02 Ce que toutes les données que je vous ai montré jusqu'ici disent c'est la même chose. Le bien-être moyen de nos sociétés ne dépend plus du revenu national et de la croissance économique. C'est très important dans les pays pauvres, mais pas dans le monde riche et développé. Mais les différences entre nous et où nous sommes les uns par rapport aux autres aujourd'hui ont beaucoup d'importance. Je vais vous montrer des éléments de notre index. Ici, par exemple, c'est la confiance. C'est tout simplement la proportion de la population qui reconnait qu'on peut faire confiance à la plupart des gens. Cela provient de la World Values ​​Survey. Vous voyez, à l'extrémité la plus inégalitaire, c'est environ 15 pour cent de la population qui ont l'impression qu'ils peuvent faire confiance aux autres. Mais dans les sociétés plus égalitaires, il s'élève à 60 ou 65 pour cent. Et si vous regardez les mesures d'implication dans la vie communautaire ou du capital social, des rapports très proches étroitement liée à l'inégalité.

6:01 Si je peux dire, nous avons fait tout ce travail deux fois. Nous l'avons fait d'abord sur ces riches pays développés, et puis comme banc d'essai indépendant, nous avons tout refait pour les 50 États américains - en posant simplement la même question: les états les plus inégalitaires font-ils pire dans tous ces types de mesures? Voici donc la confiance d'après une enquête sociale générale du gouvernement fédéral sur l'inégalité. Un éparpillement très semblable sur une même gamme de niveaux de confiance. La même chose se passe. En gros, nous avons trouvé que presque tout ce qui est lié à la confiance au niveau international est liée à la confiance parmi les 50 Etats dans ce banc d'essai indépendant. Nous ne parlons pas seulement d'un coup de chance.

6:41 C'est une maladie mentale. L' OMS a rassemblé les chiffres en utilisant les mêmes entretiens de diagnostic sur des échantillons aléatoires de la population pour nous permettre de comparer les taux de maladie mentale dans chaque société. C'est le pourcentage de la population atteint d'une maladie mentale dans l'année précédente. Et il va d'environ huit pour cent jusqu'à trois fois plus - des sociétés entières avec trois fois le niveau de maladie mentale des autres. Et là encore, étroitement lié à l'inégalité.

7:13 C'est la violence. Ces points rouges sont les États américains, et les triangles bleus sont les provinces canadiennes. Mais regardez l'ampleur des différences. Cela va de 15 homicides par million jusqu'à 150. Il s'agit de la proportion de la population en prison. La différence est environ 10 fois supérieure, l'échelle est sur le côté. Mais elle va d'environ 40 à 400 personnes en prison. Cette relation n'est pas principalement due à une augmentation des crimes. Dans certains endroits, c'est en partie le cas. Mais c'est essentiellement du à une augmentation des peines, des peines plus sévères. Et les sociétés les plus inégales sont plus susceptibles également de conserver la peine de mort. Ici nous avons des enfants qui abandonnent l'école secondaire. Encore une fois, des différences assez grandes. Extraordinairement dommageables, si vous parlez d'utiliser les talents de la population.

8:12 Ceci est la mobilité sociale. C'est en fait une mesure de la mobilité basée sur le revenu. en gros, cela revient à demander: les pères riches ont-ils des fils riches et les pères pauvres ont-ils des fils pauvres, ou n'y a-t-il aucun rapport entre les deux? Et à la fin plus inégalitaire, le revenu des pères est beaucoup plus important - au Royaume-Uni, aux Etats-Unis. Et dans les pays scandinaves, le revenu des pères est beaucoup moins important. Il y a plus de mobilité sociale. Et comme nous aimons le dire - et je sais qu'il y a beaucoup d'Américains dans l'auditoire ici - si les Américains veulent vivre le rêve américain, ils devraient aller au Danemark.

8:53 (Rires)

8:55 (Applaudissements)

8:59 Je vous ai montré quelques petites choses ici en italique. J'aurais pu montrer un certain nombre d'autres problèmes. Ce sont tous des problèmes qui ont tendance à être plus fréquents au bas de la pente sociale. Mais il y a des problèmes sans fin avec des gradients sociaux qui sont pires dans les pays plus inégalitaires - pas seulement légèrement pire, mais de l'ordre de deux fois à 10 fois plus fréquents. Pensez à la dépense, au coût humain.

9:25 Je veux revenir sur ce graphique que je vous ai montré plus tôt où nous rassemblons tout pour faire deux points. La première est que, d'un graphique à l'autre, on trouve que les pays qui font pire, quel que soit le résultat, semblent être les plus inégalitaires, et ceux qui réussissent bien semblent être les pays nordiques et le Japon. Alors ce que nous voyons c'est un dysfonctionnement social général liés à l'inégalité. Ce n'est pas seulement une ou deux choses qui vont mal, c'est la plupart des choses.

9:54 L'autre point vraiment important que je veux souligner sur ce graphique est que, si vous regardez en bas, la Suède et le Japon, ce sont des pays très différents de toutes sortes de façons. La position des femmes, comment ils restent proches de la famille nucléaire, sont aux extrémités opposées des pôles en termes de monde riche et développé. Mais une autre différence très importante est de savoir comment ils obtiennent leur plus grande égalité. La Suède a d'énormes différences dans les salaires, et il réduit l'écart grâce à la fiscalité, un état-providence général, des prestations généreuses et ainsi de suite. Le Japon est un peu différent cependant. D'abord avec des différences beaucoup plus petites dans les salaires bruts. Il y a moins d'impôts. Il y a un état-providence moins important. Et dans notre analyse des états américains, nous trouvons plutôt le même contraste. Il y a certains Etats qui réussissent bien par la redistribution, certains États qui réussissent bien parce qu'ils ont des différences de revenus bruts moindres. Donc, nous concluons que la façon d'obtenir une plus grande égalité n'a pas beaucoup d'importance, du moment que vous y arrivez en quelque sorte.

10:56 Je ne parle pas d'égalité parfaite, je parle de ce qui existe dans les démocraties de marché riches et développées. Une autre partie vraiment surprenant de cette image c'est que ce ne sont pas seulement les pauvres qui sont touchés par les inégalités. Il semble y avoir une certaine vérité dans la citation de John Donne "Aucun homme n'est une île." Et dans un certain nombre d'études, il est possible de comparer comment les gens font dans les pays plus ou moins égalitaires à chaque niveau de la hiérarchie sociale. Ce n'est qu'un exemple. C'est la mortalité infantile. Certains Suédois ont très gentiment classé un grand nombre de leurs décès de nourrissons selon le registre britannique de classification socio-économique générale. Et donc c'est un classement anachronique par professions des pères, et donc les parents seuls sont tous comptabilisés. Mais alors, où il est dit "classe sociale inférieure", il s'agit des métiers manuels non qualifiés. Elle passe ensuite aux métiers manuels qualifiés au milieu, puis les non manuels juniors , pour monter jusqu'aux professions libérales - médecins, avocats, directeurs des grandes entreprises.

12:07 Vous voyez là que la Suède fait mieux que la Grande-Bretagne sur toute la hiérarchie sociale. Les principales différences sont en bas de la société. Mais même au sommet, il semble y avoir un léger avantage dans le fait d'être dans une société plus égalitaire. Nous montrons cela sur environ cinq ensembles différents de données couvrant les résultats scolaires et de la santé aux Etats-Unis et internationalement. Et cela semble être l'impression générale - qu'une plus grande égalité fait plus de différence dans le bas, mais a quelques avantages, même au sommet.

12:40 Mais je dois dire quelques mots sur ce qui se passe. Je pense que j'examine et je parle des effets psychosociaux de l'inégalité. Plus à voir avec des sentiments de supériorité et d'infériorité, d'être valorisé et dévalorisé, respecté et méprisé. Et bien sûr, ces sentiments de concurrence de statut qui en ressortent entraîne le consumérisme dans notre société. Cela conduit aussi à l'insécurité du statut. Nous nous inquiétons davantage de la façon dont nous sommes jugés et vus par les autres, si nous sommes considérés comme attirants, intelligents, tout ce genre de chose. L'augmentation des jugements sociaux-évaluatifs, la crainte de ces jugements sociaux-évaluatifs.

13:25 Fait intéressant, certains travaux parallèles en cours en psychologie sociale : il y a des gens qui ont examiné 208 études différentes dans laquelle les volontaires avaient été invités dans un laboratoire psychologique pour qu'on mesure leurs hormones de stress, leurs réponses à faire des tâches stressantes. Et dans le bilan, ce qu'ils voulaient examiner c'est ce genre de stress qui plus régulièrement fait monter les niveaux de cortisol, l'hormone principale du stress. Et on a conclu que c'était les tâches qui comprenaient une menace socio-évaluative - des menaces envers l'estime de soi ou le statut social par lesquelles les autres peuvent juger négativement vos performances. Ce genre de stress a un effet très particulier sur la physiologie du stress.

14:16 Nous avons été critiqués. Bien sûr, il ya des gens qui n'aiment pas ce genre de choses et des gens qui trouvent cela très surprenant. Je dois vous dire que que lorsque les gens nous critiquent notre choix de données, nous ne choisissons jamais les données. Nous avons une règle absolue que si notre source de données contient des données pour l'un des pays que nous étudions, elle intègre l'analyse. Notre source de données décide s'il s'agit de données fiables, pas nous. Sinon cela fausserait tout.

14:46 Qu'en est-il d'autres pays? Il y a 200 études de la santé par rapport au revenu et à l'égalité dans les revues professionnelles. Ce n'est pas limité à ces pays-là, cachant une démonstration très simple. Les mêmes pays, la même mesure de l'inégalité, un problème après l'autre. Pourquoi ne pas contrôler les autres facteurs? Eh bien, nous avons montré que le PNB par habitant ne fait aucune différence. Et bien sûr, d'autres qui utilisent des méthodes plus sophistiquées dans la littérature ont contrôlé la pauvreté et l'éducation et ainsi de suite.

15:26 Et la causalité? La corrélation en soi ne prouve pas la causalité. Nous passons pas mal de temps. Et effectivement, les gens connaissent les liens de causalité assez bien dans certains de ces résultats. Le grand changement dans notre compréhension des facteurs de santé chronique dans le monde riche et développé est comment le stress chronique important à partir de sources sociales affecte le système immunitaire, le système cardiovasculaire. Ou par exemple, la raison pour laquelle la violence devient plus fréquente dans les sociétés plus inégalitaires c'est parce que les gens n'aiment pas qu'on les méprisent.

16:02 Je dois dire que pour faire face à cela, nous devons traiter l'après impôt et l'avant impôt. Nous devons contraindre le revenu, les revenus de la culture en bonus au sommet. Je pense que nous devons rendre nos patrons responsables de leurs employés de quelque façon que nous le pouvons. Je pense que le message à retenir est que nous pouvons améliorer la qualité réelle de la vie humaine en réduisant les écarts de revenus entre nous. Soudain, nous avons une prise sur le bien-être psychosocial des sociétés entières, et c'est excitant.

16:36 Merci !

16:38 (Applaudissements)