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Translated by Lydia Griffin
Reviewed by Mira Kraïmia

0:12 Tout est recouvert d'écosystèmes invisibles composés de formes de vie minuscules : bactéries, virus et champignons. Nos bureaux, nos ordinateurs, nos crayons, nos bâtiments tous sont les hôtes de paysages microbiens résidents. Lorsque nous concevons ces choses, nous pourrions penser à la conception de ces mondes invisibles, et nous pourrions aussi examiner la manière dont ils interagissent avec nos écosystèmes personnels.

0:38 Nos corps sont la demeure de trillons de microbes, et ces créatures définissent qui nous sommes. Les microbes intestinaux peuvent influencer votre poids et vos humeurs Les microbes sur votre peau peuvent contribuer à renforcer votre système immunitaire. Les microbes dans votre bouche peuvent rafraîchir votre haleine, ou pas, et l'élément-clé est que nos écosystèmes personnels interagissent avec les écosystèmes de tout ce que nous touchons. Donc, par exemple, quand vous touchez un crayon, il y a un échange microbien.

1:07 Parvenir à concevoir les écosystèmes invisibles dans nos environnements, ouvre la voie pour influer sur notre santé de manières inédites.

1:17 On me demande toujours, "Peut-on réellement concevoir des écosystèmes microbiens ?" Je crois pouvoir répondre que oui. Je pense que nous le faisons déjà, mais nous n'en sommes pas conscients. Je vais partager avec vous des données tirées d'un aspect de mes recherches qui se concentre sur l'architecture et qui démontre comment, par une conception à la fois consciente et inconsciente, nous impactons ces mondes invisibles.

1:46 Voici le complexe d'affaires Lillis à l'université de l'Oregon, où j'ai travaillé avec une équipe de biologistes et d'architectes à prélever des échantillons de plus de 300 pièces dans ce bâtiment. Nous voulions obtenir quelque chose comme une trace fossile de l'immeuble, et pour ce faire, nous en avons échantillonné la poussière. De la poussière, nous avons retiré des cellules bactériennes, les avons ouvertes, et avons comparé leurs séquences de gènes. C'est-à-dire que les gens dans mon groupe passaient l'aspirateur assez souvent pendant ce projet. Ça, c'est une photo de Tim qui, au moment même où j'étais en train de prendre cette photo, m'a rappelé, m'a dit, " Jessica, dans mon dernier groupe de travail, je faisais du travail de terrain dans la forêt tropicale du Costa Rica, les choses ont drôlement changé pour moi."

2:31 Je vais donc d'abord vous faire voir ce que nous avons trouvé dans les bureaux, et nous allons examiner les données à travers un outil de visualisation de données que je suis en train de développer en collaboration avec Autodesk. On examine ces données en regardant d'abord autour de l'extérieur du cercle. Vous verrez des grands groupes bactériens, et si vous regardez la forme de ce lobe rose, elle vous dit quelque chose sur l'abondance relative de chaque groupe. Donc à la position de midi, on voit que les bureaux ont beaucoup d'alpha protéo-bactéries, et à la position d'une heure on voit que ces bacilles sont relativement rares.

3:05 Passons à ce qui se passe dans des types d'espaces différents dans ce bâtiment. Quand on regarde à l'intérieur des toilettes, elles ont tous des écosystèmes très semblables et si on regardait dans les salles de classe, les écosystèmes y sont aussi similaires.. Mais si on examine ces types d'espaces, on voit qu'ils sont fondamentalement différents les uns des autres. J'aime penser aux toilettes comme à une forêt tropicale. J'ai dit à Tim, "Si seulement tu pouvais voir les microbes, c'est un peu comme être au Costa Rica. Un peu, quoi." Et j'aime aussi voir les bureaux comme une prairie tempérée.

3:41 Il s'agit d'une perspective vraiment puissante pour les créateurs parce qu'on peut ainsi se servir des principes d'écologie, et un principe d'écologie d'importance fondamentale est la dispersion, la manière dont les organismes se déplacent. Nous savons que les microbes sont dispersés par les gens et par l'air. Donc la première chose que nous voulions faire dans ce bâtiment, c'était d'examiner sa ventilation. Les ingénieurs en mécanique conçoivent les unités de traitement de l'air afin d'assurer le confort des gens, pour que le flux d'air et la température soient parfaits. Ils se basent sur des principes de physique et de chimie, mais ils pourraient tout aussi bien utiliser la biologie. Si on observe les microbes dans une des unités de traitement de l'air dans ce bâtiment, on s'aperçoit qu'ils sont tous très semblables. Et si on les compare aux microbes d'une autre unité de traitement, on voit qu'ils sont fondamentalement différents. Les pièces de ce bâtiment sont comme les îles d'un archipel, ce qui signifie que les ingénieurs en mécanique sont équivalents à des ingénieurs en écologie, et ils sont capables de structurer les biomes dans ce bâtiment de la façon dont ils le souhaitent.

4:52 Les microbes sont aussi dispersés par les gens, et les architectes regroupent souvent les pièces pour faciliter les contacts entre les gens, ou bien l'échange d'idées, dans les bureaux ou les laboratoires, par exemple. Étant donné que les microbes voyagent avec les gens, on s'attendrait à retrouver les mêmes biomes dans les pièces qui sont proches les unes des autres. Et c'est exactement ce que nous avons trouvé. Quand on examine des salles de classe adjacentes, on retrouve des écosystèmes très similaires, mais si on va dans un bureau qui se trouve à une certaine distance, l'écosystème est fondamentalement différent. Et quand j'observe la puissance que la dispersion offre à ces modèles bio-géographiques, ça me fait penser qu'il serait possible de s'attaquer à des problèmes vraiment difficiles, comme les infections nosocomiales. Je maintiens que c'est en partie un problème d'écologie de bâtiments.

5:51 Bon, je vais vous raconter une autre histoire sur cet immeuble. Je collabore avec Charlie Brown. Charlie est architecte, et il est profondément préoccupé par le changement climatique mondial. Il a consacré sa vie au design durable. Quand on s'est rencontrés et qu'il s'est rendu compte qu'il lui serait possible d'étudier de manière quantitative l'influence de ses choix de conception sur l'écologie et la biologie de la construction, il s'est vraiment enthousiasmé, parce que ça ajoutait une dimension nouvelle à ce qu'il faisait. Il a cessé de réfléchir uniquement à l'énergie pour commencer à réfléchir à la santé humaine. Il a contribué à la conception de certains des systèmes de traitement d'air dans ce bâtiment et de la façon dont il était ventilé.

6:35 Alors, ce que je vous montre d'abord c'est de l'air que nous avons échantillonné à l'extérieur du bâtiment. Ce que vous regardez est une signature des communautés bactériennes dans l'air extérieur, et comment elles varient dans le temps. Maintenant je vais vous montrer ce qui s'est passé lorsque nous avons manipulé expérimentalement les salles de classe. Nous avons bloqué leurs circuits d'air toute la nuit de sorte qu'elles ne puissent pas être ventilées. De nombreux bâtiments sont administrés de cette manière, probablement là où vous travaillez, afin d'économiser sur ​​les factures énergétiques. Nous avons constaté que ces pièces demeuraient relativement stagnantes jusqu'au samedi, quand nous avons rouvert les conduits. Quand on entrait dans ces pièces, elles sentaient vraiment mauvais, et nos données suggèrent que ça avait quelque chose à voir avec les soupes de bactéries laissées par les gens de la veille. Comparons ceci avec des pièces qui ont été conçues en utilisant une stratégie de design passif et durable où l'air venait de l'extérieur à travers des volets. Dans ces pièces, l'air suivait relativement bien l'air extérieur et quand Charlie a vu ça, il s'est vraiment enthousiasmé. Il avait l'impression d'avoir fait un bon choix dans le processus de conception car il était à la fois économe en énergie et lavait pour ainsi dire le paysage microbien résident du bâtiment.

7:55 Les exemples que je viens de vous donner concernent l'architecture, mais ils sont pertinents pour la conception de n'importe quoi. Imaginez concevoir des environnements avec le type de microbes que nous voulons dans un avion ou sur un téléphone.

8:09 Il y a un nouveau microbe, je viens de le découvrir. il s'appelle BLIS, et on a démontré qu'il repousse les agents pathogènes et stimule une bonne haleine. Ne serait-ce pas génial si nous avions tous des BLIS sur nos téléphones ?

8:25 Il s'agit d'une approche consciente du design, je l'appelle le design bio-éclairé, et je crois que c'est possible.

8:31 Merci.

8:33 (Applaudissements)