Mark Ronson
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J'imagine que vous avez déjà tous regardé une conférence TED en ligne au moins une fois, n'est-ce pas ? Je vais vous en jouer le jingle. (Musique) Je vais le freiner : le son est plus cool quand il est ralenti. (Musique) Ken Robinson : Bonjour, comment allez-vous ? Mark Applebaum : Je vais — Kate Stone : — mixer la musique. MA : de manière à raconter une histoire, Tod Machover : quelque chose de tout à fait inédit. KS : J'ai un fader. Julian Treasure : Voici la table de mixage. KS : Deux tables de DJ. Chris Anderson : Tournez les boutons, la platine se met en marche. (musique scratchée) Dan Ellsey : J'ai toujours adoré la musique. Michael Tilson Thomas : Est-ce une mélodie, un rythme, un ambiance ou une attitude ? Daniel Wolpert : Ressentir tout ce qui se passe en moi. Adam Ockelford : Votre cerveau est un super ordinateur musical. MTT : Utiliser des PC et des synthétiseurs pour créer des œuvres. C'est un langage en cours d'évolution. (scratch) Le 21e siècle. KR : Allumez la radio. Allez en boîte. Vous comprendrez ce que fait l'autre : bouger au rythme de la musique. (bis) Mark Ronson : Voici ma partie préférée. MA : Vous devez avoir des butoirs. Butoirs. C'est important. TM : Nous aimons tous la musique. MTT : Hymnes, dance music, ballades et marches. Kirby Ferguson et JT : remix : nouvelle musique basée sur une ancienne. Ryan Holladay : Se mêlant parfaitement. Kathryn Schulz : C'est la réalité. MTT : Qu'arrive-t-il quand la musique s'arrête ? (ter) KS : yai ! (Applaudissements)

MR : Je l'avoue, j'ai regardé beaucoup de TED Talks. Quand on m'a demandé de prendre la parole à TED, je n'avais pas beaucoup d'idées. Alors, j'ai immédiatement commencé à écouter des tonnes de TED Talks. Ce qui est certainement la pire chose à faire. Je suis passé en mode « panique ». Je n'ai jamais mené d'expédition au Pôle Nord, ni amené l'électricité à mon village grâce à ma seule ingéniosité. En fait, j'ai gâché la plupart de ma vie à faire le Dj dans des boites de nuit et à produire de la musique pop.

Mais j'ai persévéré avec les vidéos, car je suis masochiste. Des gens comme Michael Tilson Thomas et Tod Machover, qui témoignent de leur passion viscérale pour la musique, m'ont ému. J'ai un faible pour tous ceux qui parlent avec dévotion du pouvoir de la musique. J'ai donc commencé à prendre des notes sur des post-it quand j'entendais quelque chose qui me faisait vibrer, si j'ose dire, où quelque chose que je pensais pouvoir utiliser. Très vite, mon studio a ressemblé à ça. Je me sentais dans la peau de John Nash, dans « Un homme d'exception ».

Un autre avantage à regarder TED, c'est que, après un très bon discours, on a cette envie subite que l'orateur soit notre meilleur ami. Juste pour un jour. Ils ont l'air de gens bien. On ferait un tour de vélo ensemble, ou on mangerait une glace. On apprendrait beaucoup de choses. Ils nous gronderaient parfois, frustrés par notre ignorance des nombreux termes techniques qu'ils nous balancent continuellement. Mais ils se souviendraient que nous ne sommes que des mortels, d'une intelligence banale, sans diplôme universitaire. Ils nous pardonneraient, et nous cajoleraient, comme un chien. (Rires) Revenons sur Terre...

Sir Ken Robinson et moi ne serons jamais les meilleurs amis. Il habite loin d'ici à L.A. Il est probablement très occupé. Mais avec les outils à ma disposition, la technologie et mon sens de la création musicale, je peux forcer nos existences à se télescoper dans un événement commun : ce que je viens de partager avec vous. Quand j'entends quelque chose qui me plaît dans une œuvre, je peux me l'approprier, et m'introduire dans ce récit, ou même le modifier. En bref, c'est ce que j’essaie de faire

avec ces éléments musicaux. C'est surtout ce qui s'est passé ces 30 dernières années. Voilà mon fil conducteur. Il y a 30 ans, on a découvert les premiers samplers numériques. Ça a tout bouleversé du jour au lendemain. Soudain, les artistes pouvaient sampler n'importe quelle musique créée avant eux, allant d'une caisse claire des Funky Meters, à une basse de Ron Carter, ou le thème du « Juste Prix ». Les albums tels « 3 feet high and rising » de De La Soul, ou « Paul's boutique » des Beastie Boys ont pillé des décennies de musiques enregistrées pour créer des chefs-d'œuvre soniques, en mille-feuille, leur Sgt. Peppers, à époque. Ils ne faisaient pas du sampling avec ces disques parce qu'ils étaient trop paresseux pour écrire leur propre musique. Ils ne faisaient pas du sampling pour parasiter l'œuvre originale. En fait, c'était du sampling de choses très décalées sauf quelques exceptions notoires comme Vanilla Ice et « Doo doo doo » que nous connaissons bien. En fait, ils faisaient du sampling avec ces disques parce que quelque chose dans cette musique leur parlait, et leur donnait l'envie de plonger dans le récit de cette musique. Ils l'ont entendue, ils ont voulu en faire partie, et ils avaient la technologie pour cela. Un peu comme les Delta Blues ont gratté la guitare avec les Stones, les Beatles et Clapton, quand ils ont voulu s'approprier la musique avec les outils de l'époque. Vous savez, en musique, on choisit un morceau qu'on aime et on construit sur cela. J'aimerais vous jouer une chanson.

(Musique: « La Di Da Di » par Doug E. Fresh & Slick Rick)

« La Di Da Di »; la cinquième musique la plus samplée

de tous les temps. Elle a été samplée 547 fois. Elle a été créée en 1984 par ces deux légendes du hip-hop, Slick Rick et Doug E. Fresh. Ils ont un look de la mort qui tue avec leur Ray-Ban et leur Jheri Curl. J’espère que ce look va revenir à la mode. Bref, cela précède l'ère du sampling.

Il n'y en a pas dans ce disque. J'ai vérifié sur Internet la nuit dernière, enfin il y a plusieurs mois, le sens de « La Di Da Di ». Il s'agit d'une vieille expression du Londres de la fin du 19ème siècle. D'ailleurs, ça pourrait inspirer un nouveau remix à Mme Patmore de « Downton Abbey ». Un autre jour peut-être. Doug E. Fresh fait le beatboxing.

Slick Rick fait la partie vocale. Les paroles accrocheuses chantées par Slick Rick, fournissent un terreau infini de sons et de samples pour les futurs tubes pop. C'était 1984.

Sur la photo, c'est moi en 1984. Au cas où vous vous demandiez comment j'allais. Merci de me poser la question. C'est mon « Throwback Thursday ». J'entretenais une relation amoureuse intense avec la musique de Duran Duran, et mes vêtements en sont la preuve. C'est moi au milieu. Et la façon la plus simple de faire partie de cette expérience, de vouloir entrer dans cette chanson, était juste de créer un groupe avec des copains de neuf ans et de jouer « Wild Boys » au spectacle de l'école. Alors c'est ce qu'on a fait. En bref, on s'est fait huer. Si dans votre vie, vous pouvez échapper à cette expérience traumatisante d'un auditoire remplis d'écoliers en train de vous huer, je vous le recommande chaleureusement. Mais je m'en foutais, parce que je voulais juste faire partie de l'histoire de cette chanson un instant. Je me foutais si on l'aimait. Moi je l'adorais, et je pensais pouvoir m'y inscrire. Durant les 10 années suivantes,

on a samplé « La Di Da Di » régulièrement dans de nombreux disques. On la retrouve dans des hits monstrueux comme « Here Comes The Hotstepper » et « I Wanna Sex You Up ». Snoop Doggy Dogg a utilisé cette chanson dans « Lodi Dodi », sur son premier album « Doggystyle ». Les avocats spécialisés en droit d'auteur gagnent toujours leur vie avec ce tube. Ensuite on se translate en 1997, quand The Notorious B.I.G., ou Biggie, réinterprète « La Di Da Di » dans son meilleur hit « Hypnotize ». Je vais vous en jouer un morceau, puis passer un peu de Slick Rick pour vous montrer d’où ça vient. (Musique: « Hypnotize » par The Notorious B.I.G.)

Biggie a été tué

quelques semaines avant que sa chanson ne soit numéro 1 du hit-parade. Une des plus grandes tragédies du hip-hop. Il devait avoir 13 ans et être bien en vie à l'époque de « La Di Da Di ». En tant qu'enfant de Brooklyn, c'est inimaginable que cette chanson ne lui ait pas laissé de bons souvenirs. Mais sa réinterprétation est totalement sienne. Il la retourne, la fabrique, il n'y a aucun plagiat, comme vous l'avez entendu. C'est du Biggie moderne à fond. Je n'ai pas pu résister à la tentation : vous êtes les seules personnes qui peuvent comprendre ma blague. Quelle honte ! (Rires) Ailleurs, dans le monde de la pop et du rap,

on devient accro au sampling. On s'éloigne des samples obscurs d'avant. et tout d'un coup tout le monde reprend ces énormes hits des années 80 comme « Let's Dance » de David Bowie, et tous ces disques disco, pour rapper avec. Ces disques vieillissent assez mal. Ils sont tombés dans l'oubli, parce qu'ils puisent dans le patrimoine d'une époque trop imbue d'elle-même. C'est impossible de détourner la vague nostalgique. Ça laisse l'auditeur nauséeux. Il faut reprendre un seul élément

et y apporter du sang neuf. C'est ce que j'ai appris en travaillant sur l'album « Back to Black » avec la fantastique et regrettée Amy Winehouse. Les sonorités de l'album créées par Salaam Remi, le deuxième producteur, et moi-même ont fait beaucoup de bruit. Comment nous avions capturé ces sonorités disparues. Mais sans la personnalité incendiaire, imprégnée par le 21ème siècle, d'Amy Winehouse, sans ses paroles sur les cures de désintoxication, sur Roger Moore, sans l'évocation de Slick Rick, l'entreprise courait le risque d'être un énorme plagiat. N'importe quel autre chanteur de l'époque qui aurait repris les mêmes paroles, aurait commis une œuvre insipide. Cela ne faisait aucun doute qu'Amy, Salaam et moi partagions cet amour pour le gospel, la soul, le blues et le jazz qui transparaissent dans les arrangements musicaux. Amy a apporté les ingrédients qui ont rendu la musique puissante et moderne. Qu'est-ce qu'il se passe aujourd'hui ?

Miley Cyrus a fait un tour de force culturel en réinterprétant « La Di Da Di » et en la dédiant à sa génération. Nous allons écouter la partie de Slick Rick et ensuite comment elle l'a transformée. (Musique: « La Di Da Di » par Slick Rick & Doug E. Fresh) (Musique: « We Can't Stop » par Miley Cyrus) Miley Cyrus, qui n'était pas née quand « La Di Da Di » est sorti, les co-auteurs non plus d'ailleurs, a découvert cette chanson qui a gravé sa marque dans la conscience collective pop. Elle a traduit son côté ludique intemporel pour une toute nouvelle génération qui va probablement se l'approprier. Depuis le début de l'ère du sampling,

il y a un débat sans fin sur la légitimité de la musique qui contient des samples. Le comité des Grammy stipule que si votre chanson contient des musiques pré-écrites ou préexistantes, vous ne pouvez pas prétendre au titre. Les rockers, des racistes notoires, mais seulement pour la musique rock, utilisent constamment cet argument - (Rires) C'est un vrai mot. Ceci est un vrai mot. Ils utilisent constamment cet argument pour dévaloriser le rap et la pop moderne. Ces arguments passent à côté de l'essentiel parce que la digue est rompue. Nous vivons dans l'ère du post-sampling. Nous adoptons les choses que nous aimons et nous construisons sur leur base. C'est comme ça ! Quand nous ajoutons quelque chose de vraiment important et original, que nous le fusionnons avec notre voyage musical, alors nous pouvons faire partie de l'évolution de la musique que nous aimons, lui être relié, quand elle rajeunit. J'aimerais vous passer un autre morceau

que j'ai assemblé pour vous ce soir. Il se joue avec deux des représentations TED les plus inspirantes que j'ai pu voir. Il y a le pianiste Derek Paravicini, qui est autiste et aveugle, un génie au piano. Et il y a Emmanuel Jal, un ancien enfant-soldat du Sud Soudan, poète de tradition orale et rappeur. J'ai à nouveau trouvé une façon fâcheuse d'insérer mon moi moi moi dans l'histoire musicale de ces chansons. C'est plus fort que moi. parce que je les adore, et je veux me faire plaisir. J'espère que vous allez apprécier aussi. C'est parti ! D'abord TED, OK ? (Musique : jingle TED)

(Musique : piano) Derek Paravicini Emmanuel Jal (Traduction de Ksenija Skacan, relue par Barbara N'daw) « Mes rêves sont comme des tourments. A chaque instant, j'entends Des voix, dans mon esprit, d'amis égorgés. Des amis comme Lual morts à mes côtés . De faim. Dans la jungle brûlante, et dans la plaine déserte, J'ai failli le faire, mais Jésus m'a entendu, j'étais prêt à manger la chair pourrie de mon camarade. On pillait les villages, volait des poules, des chèvres et des moutons. Donc, j'ai été contraint de pécher, pour vivre contraint de pécher pour vivre. Parfois on doit perdre pour gagner. N'abandonne pas. Ne cède pas. La maison, je l'ai quittée à 7 ans, Un an plus tard, j'avais un AK-47 dans les mains, Je dormais un œil grand ouvert. J'ai vu mon peuple tomber comme des mouches. Mais j'ai jamais vu d'ennemi mort. Des fusils aboient comme l'éclair et le tonnerre. En tant qu'enfant, si jeune et si tendre, il y a des mots que je ne peux oublier. il y a des mots que je ne peux oublier. (ralenti) il y a des mots que je ne peux oublier. (ralenti) il y a des mots que je ne peux oublier. Enfant soldat, enfant privé de maman, Enfant soldat, enfant privé de maman, toujours combattant dans la saga. Pourtant dans cette nouvelle guerre, je ne suis pas seul. Enfant soldat, enfant privé de maman, Enfant soldat, enfant privé de maman, toujours combattant dans la saga. Pourtant dans cette nouvelle guerre, je ne suis pas seul. » (Piano) Derek Paravicini (Applaudissements)

Merci beaucoup. Merci.

(Applaudissements)