Jessica Pommier
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Bonjour. Je suis Jessica. J'ai 30 ans et je suis passée d'un poste à responsabilité dans une grande entreprise internationale á baroudeuse en sac à dos, globe-trotteuse. En fait, je suis partie pendant un an, toute seule, à travers treize pays : en Amérique du Sud, en Océanie, et en Asie du Sud-Est. Toute seule. Seule au monde. Là, généralement, quand on entend ça, un voyage autour du monde seule, la 1re réaction qu'on entend souvent, c'est : « Waouh, le tour le monde ! Mais ça doit être génial ! Mais pas tout seul. Ben non ! Pas tout seul. » Pourquoi pas tout seul ? Eh bien, parce que la solitude, ça fait peur. Ça fait peur, pas seulement pour voyager, ça fait peur dans la vie en général. Personne ne veut être seul. Moi-même, j'avais une hantise de la solitude. Et si je vous disais aujourd'hui que la solitude, ça peut être en fait tout le contraire de l'isolement. Qu'en fait, au lieu de nous isoler, de nous séparer des autres, elle pourrait permettre de nous connecter, à nous-même, et du coup aux autres. Moi, durant ce voyage, j'ai expérimenté une solitude créatrice, plutôt que destructrice. J'ai fait un voyage intérieur, un voyage autour du monde, mais c'est dans ce voyage intérieur que j'ai envie de vous emmener aujourd'hui. Donc on va partir ensemble dans ce voyage, et vous allez voir que la première étape de ce voyage, c'est bien bien avant le premier avion qui m'avait emmenée en Malaisie à l'époque. La première étape de ce voyage, c'est le déclic. Qu'est-ce qui a été un déclic dans ma vie pour décider de lui donner un tournant radical, de renverser toute ma vie ? Parce que j'avais un CDI, juste après une promotion, j'ai décidé de le quitter. J'ai rendu mon appartement à Paris, et mon chat a atterri dans les pattes de ma grand-mère. Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, j'ai eu ce déclic ? Le premier déclic, ça a été après une rupture amoureuse. Vous allez me dire : « Des ruptures amoureuses, on en a tous dans notre vie, sans que forcément on décide d'aller s'expatrier au bout du monde. » Mais cette rupture a été la première fois que j'expérimentais la solitude. Sept ans de vie commune, un projet de fiançailles à la poubelle, et d'un coup, je me suis retrouvée toute seule. Cette solitude, elle a été imposée. Je ne l'ai pas choisie. Et avec cette solitude, tous les clichés qu'on peut se faire de la vie de célibataire apparaissent. Donc la noirceur du tableau, la tragédie du fantasme qu'on se fait de quelqu'un de célibataire : « Elle mange tous les soirs toute seule, personne ne l'attend tous les soirs, pas de projet. » Voilà. Bonjour la déprime ! Sauf qu'on peut décider de sortir la tête de l'eau et d'envisager les choses autrement. Pour la première fois, j'étais toute seule. Même si j'ai toujours été entourée de ma famille, de mes amis, là, je me retrouvais au quotidien toute seule. Eh bien, en fait, cette solitude qui m'a été imposée, ça a été l'occasion de faire un point. De faire un point sur ma vie, à un moment précis. J'ai fait une photo de ma vie. Et je me suis dit : « Bon, alors, aujourd'hui, j'en suis où ? Où est-ce que j'habite ? » Et là, ça me donnait envie de tout remettre en question. Les motivations pour mon travail : qu'est-ce qui me donne l'envie de me lever chaque jour ? Est-ce que je suis heureuse ? C'est important de se poser cette question, de faire un point, de se poser pour se la poser. Qui je voulais être quand j'étais petite et que je me disais : « Oh la la, moi quand je serais grande, j'aimerais bien être... » C'est devenu quoi, ces 3 petits points ? Et qu'est-ce qu'ils sont devenus, vos trois petits points ? Donc c'est important à un moment donné, de faire ce point. Et puis d'un coup, on se rend compte que, finalement, j'ai des rêves qui refont surface. Ces trois petits points, j'ai peut-être envie de les réaliser. Et là, d'un coup, il y a un champ de liberté qui s'offre à nous, un espace de liberté, et on se dit : « Et pourquoi pas ? Pourquoi je n'essaierais pas d'aller réaliser des rêves ? » Et là, la deuxième étape de ce voyage, la deuxième escale qu'on fait ensemble, C'est la conscience du champ des possibles, l'ouverture de toutes les possibilités. Moi, j'avais plusieurs rêves. J'avais un rêve qui était très lointain, c'était de faire un grand voyage dans le monde. J'avais déjà passé 6 mois en Indonésie, puis, comme beaucoup de gens passionnés par le voyage, j'essayais de repartir ponctuellement dans l'année. J'avais été au Sri Lanka, au Mexique, en Islande, en Finlande, à Madagascar, sur des courtes périodes. Toujours quelques semaines, et là, je m'étais dit : « J'aimerais prendre le temps, sur du long terme, aller à la rencontre des gens. » Prendre le temps de découvrir les pays, avoir ce luxe du temps, ne pas avoir de date de retour précise. Ça, c'était un grand rêve que j'avais. J'avais un deuxième rêve, plus professionnel celui-ci. Des rêves, on peut en avoir toute notre vie. Les rêves d'enfant ne sont pas les seuls importants ; c'est quand on veut. Ce rêve professionnel que j'avais, c'était de présenter des petits documentaires voyage pour enfants. J'avais une carrière dans le monde de l'enfance, dans les divertissements, les médias, et je m'étais dit : « Les enfants méritent d'avoir des petits documentaires qui les intéressent au monde du voyage, aux découvertes. Si c'est fait de manière fun, accessible, on peut intéresser ces enfants. Je n'avais absolument aucune expérience, ni en tant que présentatrice, ni en tant que vidéaste, ni en tant que réalisatrice, ni en tant que rien du tout dans la vidéo, mais j'avais ce rêve, et je me suis dit : « Pourquoi pas ? Pourquoi est-ce que je n'essaierais pas, maintenant que j'ai ce champ des possibilités en face de moi, au moins de faire un premier pas vers ce rêve ? » Et donc, c'est là où j'ai décidé de partir, sur mes économies. J'avais économisé 15 000 euros, j'ai vendu ma voiture, et donc, je suis partie sur ce budget-là, pour voyager pendant un an, autour du monde. Et donc cette solitude, elle a été fondamentale pour que cette création émerge, pour que je mesure la possibilité d'aller atteindre ce rêve. Et donc là, ça y est ! C'est le moment, le saut dans le vide ! On prend notre premier avion ensemble, Vous voyez, je vous l'avais dit, le voyage, finalement, il a commencé bien avant le premier avion. Alors partir en solo oui, mais pas toute seule ! Je vous raconte. En fait, le fait de partir en solo, ça ne veut pas forcément dire qu'on va voyager tous les jours de la vie toute seule. Je ne suis pas partie m'isoler sur une île déserte ; ce n'était pas ça l'idée. En fait, durant ce voyage, je n'ai jamais rencontré autant de personnes d'autant de pays différents, que cette année. Et ça a été un fantastique aimant aux bonnes âmes, que ce soit auprès des locaux que j'ai rencontrés, qui m'ont prise très rapidement sous leur aile, parce que finalement, voir une nana toute seule avec son énorme sac-à-dos, eh bien, finalement, ça intriguait, et il y avait un petit peu d'empathie, de sympathie. J'ai rencontré énormément de personnes de tous horizons. J'ai rencontré beaucoup de voyageurs ; sur les routes, on n'est pas seul. J'ai souvent fait un bout de chemin avec des voyageurs. Donc non, je n'étais pas toute seule dans ma solitude ! Et il y a autre chose : j'ai décidé de partager mes reportages, mes découvertes, auprès des enfants, bien sûr en France, et aussi sur les réseaux sociaux. Parce que je me disais : « Autant voir si mes vidéos fonctionnent. » Donc on va les mettre sur les réseaux sociaux. Et là, il y a quelque chose de fantastique qui s'est créé, il y a une véritable communauté qui a émergé et qui a suivi mon voyage. Souvent, on entend des choses plutôt négatives sur les réseaux sociaux, sur les dérives des réseaux sociaux. Il y a des choses extrêmement belles qui arrivent des réseaux sociaux, des choses extrêmement positives, parce qu'en fait, les relations que j'ai eues avec ceux qui ont suivi mon voyage, elles n'étaient pas du tout virtuelles, mais bien réelles. Et le soutien que j'ai reçu était bien réel. Quand je suis en Bolivie, dans un dortoir de 15 personnes, avec une intoxication alimentaire énorme, je peux vous dire que les messages que j'ai reçus, ils étaient bien réels. Parce que j'ai tout partagé, mes émerveillements, comme mes galères. Sauf que, malgré tout, au quotidien, il faut faire des choix. Et ces choix, on les fait en solo. Où est-ce que je vais dormir ? Que vais-je manger ? Où est-ce que je vais ? Tous ces choix-là, il faut les faire. Et là, pour la première fois, j'ai découvert une des merveilles du monde - ce n'est pas celle à laquelle vous pensez - ce n'est pas le Machu Picchu, c'est l'intuition. Ça a été ma première grande [merveilleuse] découverte. Parce que, finalement, la première question qu'on me pose sur mon voyage, c'est au sujet de ma sécurité : « Oh la la mais tu es partie toute seule, une femme seule, si longtemps en voyage ! Mais ce n'était pas dangereux ? Et tu as été en Amérique du Sud ! » Oui, c'est vrai, j'ai bien été en Amérique du Sud. Je suis remontée du Chili jusqu'à la Colombie, en passant par la Bolivie, le Pérou et l'Équateur, sans qu'il ne m'arrive aucun incident. Hormis un petit tremblement de terre léger en Équateur, je n'ai pas eu d'incident. Pourquoi ? Parce que j'ai fait confiance à mon intuition tous les jours de ce voyage. Et jamais elle ne m'a trompée. En fait, l'intuition, on l'a tous en nous. Sauf qu'au quotidien, on ne l'utilise pas. Dans notre quotidien, tout est passé au scanner de notre entourage, de nos familles et de nos amis, les petits choix comme les grands choix, ce qu'on a envie de manger à la cantine, la couleur de notre écharpe ou si on doit démissionner. Les gros choix, les petits choix, tout est passé au scanner de nos amis. Sauf que quand on est en voyage, tout seul au bout du monde, la seule personne à qui on peut faire confiance, c'est soi-même. Et là, on est obligé de s'écouter. Cette petite voix qui ne semble rien dans notre quotidien d'habitude, là, elle prend toute son importance. Je me rappelle une des premières fois où j'ai expérimenté cette intuition. J'étais au Laos et je m'apprêtais à rejoindre la Thaïlande, et j'ai rencontré un Laotien à qui j'ai parlé de mon projet, mes ptits bouts du monde, sur les enfants que j'aimais rencontrer, pour partager avec les enfants en France. Il m'a dit : « Ah ! Super ! Tu n'as qu'à venir voir, j'ai créé une école dans mon jardin, pour tous les enfants de mon village qui ne vont pas à l'école, qui sont déscolarisés. » Et là, je lui ai dit : « Oui, il faut faire quoi ? » et il m'a dit : « Je t'emmène, on y va. » L'idée, c'était de partir sur sa mobylette, sans phare, sans casque, à 80 kilomètres de là où j'étais. Je le connaissais à peine. Si j'avais ça passé au scanner de ma famille, de ma maman et de mes amis, ça aurait été : « Mon Dieu, il ne faut pas y aller. » Sauf que je me suis dit : « Il faut que j'y aille. » et aujourd'hui encore, ça reste un de mes plus beaux moments de voyage. J'ai découvert quelqu'un qui avait vraiment créé une école, et il m'a prouvé qu'il existe dans ce monde une humanité inspirante. (Rires) Et cette intuition, on l'a tous en nous. On l'a tous en nous sauf qu'on ne l'utilise pas. Les animaux ont cette intuition-là. C'est leur instinct de survie. Nous, on l'a aussi, on ne l'exploite pas au quotidien. Il y a une deuxième merveille du monde, que j'ai découverte durant ce voyage, c'est le pouvoir de recevoir des ondes positives. Et ça, c'est énorme comme merveille du monde. Parce qu'en fait, avec le sourire, on peut tout avoir. Le sourire, c'est le meilleur passeport pour entrer dans la vie des gens. Quand on envoie des ondes positives, on en reçoit. C'est comme un boomerang permanent. Quand on décide de voir la vie du bon côté... - ça paraît tout simple, on entend ça depuis la nuit des temps, « voir la vie du bon côté ». Je vous assure que, quand on fait l'exercice, parce que ça peut en être un, d'orienter son regard sur les choses positives plutôt que négatives, vraiment d'un coup, tout change dans notre quotidien. Je ne dis pas que je n'ai pas eu de galères, il y en a eu, ce n'était pas tout rose tous les jours. Je pense que quand on se fait courir dessus par plein de cafards, une nuit dans un aéroport, ça ne fait pas rêver. Manger des mygales en Asie, du cochon d'Inde au Pérou, a priori, ça ne fait pas rêver. Une bestiole qui pond sous la peau en sortant de la jungle, ça fait pas rêver. (Rires) Et faire 30 heures de bus entre une Bolivienne qui mange du poulet et un Allemand qui ronfle, a priori, ça ne fait pas rêver non plus. Si je choisis de le partager avec vous, avec ce côté drôle, eh bien, c'est un choix. J'ai envie de me rappeler de ces galères de manière positive, de positiver là-dessus. Et ça en fait, c'est un choix qu'on peut tous faire. Einstein dit : « Dans la vie, on a deux choix : faire comme si tout était un miracle, et faire comme si rien n'était un miracle. » Et si on choisit la première option, je vous assure que la vie devient plus belle. C'est vraiment quelque chose que j'ai pu expérimenter, essayer de regarder les choses positives. On me demande, depuis que je suis rentrée, - peut-être que même vous, vous avez envie de me poser la question - « Alors, le retour à la réalité ? Pas trop... ? » Ça me fait sourire parce que, en fait, j'étais les deux pieds dans la réalité auparavant. Durant ce voyage, j'avais les deux pieds dans une réalité. Elle était simplement différente de celle d'avant. Mais aujourd'hui, je choisis que cette réalité, elle sera tout aussi belle que celle de mon voyage. Je vous le dis : il n'y a pas d'atterrissage à ce voyage. J'ai décidé de ne pas atterrir parce que le voyage que j'ai entamé, c'est aussi un voyage intérieur, qui beaucoup plus long que ce voyage d'une année. Ces merveilles du monde qu'on découvre, on peut les appliquer dans notre quotidien. Ce matin, on s'est réveillé, il y avait du brouillard à Clermont-Ferrand. C'est à nous de choisir si on se dit : « Pfou, ce paysage, c'est vraiment déprimant aujourd'hui. » ou si on décide de trouver un côté mystérieux à cette église qui transperce le brouillard. Et toutes ces petite notes de poésie, si on fait l'exercice de regarder les choses de cette manière-là, vraiment, la vie en est plus jolie. Donc d'une solitude imposée, est née une solitude désirée et fondamentale pour que cette création émerge. Et cette solitude a été créatrice de lien envers les gens. Je suis partie en solo mais pas toute seule. Elle a été créatrice de découvertes personnelles. Et elle m'a appris à avoir un nouveau regard sur les choses. Je ne dis pas qu'il faut être seul pour le découvrir. Simplement, quand la solitude nous tombe dessus, eh bien, c'est à nous d'en faire quelque chose de positif plutôt que de rester enfermé dans la négativité. Je ne dis pas qu'il faut rechercher tout le temps cette solitude. Quand on est en famille, en couple, c'est merveilleux, il suffit simplement de se challenger. Et en fait, le voyage permet de se challenger parce qu'on sort de notre zone de confort. Et en sortant de cette zone de confort, on peut se tester, tester notre intuition, tester tout ce qui nous permet de nous sentir vivants. En tout cas, je vous souhaite à tous de découvrir vos merveilles du monde. Et je vous souhaite un bon voyage ! (Applaudissements)