Elizabeth Nyamayaro
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Je me souviendrai toujours de la première fois où j'ai rencontré la femme dans un uniforme bleu. J'avais huit ans, je vivais dans un village avec ma grand-mère, elle m'élevait, moi et d'autres enfants. La famine frappait mon pays, le Zimbabwe, et nous n'avions pas assez à manger. On avait faim. C'est là que la femme à l'uniforme bleu est venue avec les Nations-Unies dans mon village pour nourrir les enfants. Alors qu'elle me tendait à manger,

je lui ai demandé pourquoi elle était la. Et sans hésitation, elle m'a dit : « En tant qu'Africains, nous devons aider tous les Africains. » Je n'avais absolument aucune idée de ce qu'elle voulait dire. (Rires)

Mais je n'ai pas oublié ses paroles.

2 ans plus tard,

la famine a frappé mon pays pour la deuxième fois. Ma grand-mère n'a pas eu d'autre choix que de m'envoyer en ville pour vivre avec une tante que je n'avais jamais vue. Et donc à l'age de 10 ans, je suis allée à l'école pour la première fois. Et là, à l'école municipale, j'ai découvert l'inégalité. Vous voyez, dans mon village, on était tous égaux. Mais pour d'autres enfants, je n'étais pas leur égale. Je ne parlais pas anglais, j'avais beaucoup de retard en lecture et en écriture. Et ce sentiment d'inégalité est devenu encore plus fort. Chaque vacance scolaire, passée dans le village avec ma grand-mère, me rendait pleinement consciente des inégalités que cette chance incroyable avait créée au sein de ma propre famille. J'avais soudain beaucoup plus que le reste du village. Et à leurs yeux, je n'étais plus leur égale. Je me suis sentie coupable.

J'ai pensé à la femme en uniforme bleu, et j'ai réalisé : « C'est ce que je veux être. Quelqu'un comme elle, quelqu'un qui aide les autres. » Cette expérience lors de mon enfance m'a menée à l'ONU et à mon rôle actuel au sein d'ONU Femmes, où nous luttons contre l'une des plus grandes inégalités qui affecte plus de la moitié de la population mondiale — les femmes et les jeunes filles. Je veux partager aujourd'hui avec vous

une idée simple qui peut tous nous aider. Il y a huit mois, sous la direction de Phumzile Mlambo-Ngcuka, chef de l'ONU Femmes, nous avons lancé un nouveau mouvement appelée HeForShe, invitant les hommes et les garçons du monde à être solidaires entre eux et à être solidaires avec les femmes, pour créer une vision partagée de l'égalité des sexes. C'est une invitation pour ceux qui croient en l'égalité pour les hommes et les femmes, et pour ceux qui ne savent pas encore qu'ils y croient. L'initiative est basée sur une idée simple :

ce que nous partageons est tellement plus puissant que ce qui nous sépare. Nous ressentons tous les mêmes choses, nous voulons tous les mêmes choses, même si ces choses restent parfois inavouées. HeForShe est là pour améliorer notre quotidien à tous, femmes et hommes ensemble. On va vers un point d'inflexion pour l'égalité des sexes. Imaginez une page blanche

avec une ligne horizontale au milieu. Imaginez maintenant que les femmes sont représentées ici, et les hommes là. Dans notre population actuelle, HeForShe est sur le point de bouger les 3,2 milliards d'hommes, un homme à la fois, par dessus cette ligne, pour que les hommes et les femmes soient côte-à-côte et soient du bon coté de l'histoire, faisant de l'égalité des sexes une réalité au XXIème siècle. Sensibiliser les hommes au mouvement peut cependant prêter à controverse.

Pourquoi inviter les hommes ? Ce sont eux le problème. (Rires)

En fait les hommes s'en moquent, nous disait-on.

Mais quelque chose d'incroyable est arrivé avec HeForShe.

En 3 jours seulement, plus de 100 000 hommes se sont manifestés et engagés pour promouvoir le changement pour l'égalité. Lors de la première semaine, au moins un homme dans chaque pays s'est manifesté, et durant la même semaine, HeForShe a créé plus de 1,2 milliard de conversations sur les réseaux sociaux. Et les mails ont commencé à arriver jusqu'à parfois un millier par jour. Un homme au Zimbabwe, après avoir entendu parler de HeForShe a créé une « école pour les maris ». (Rires)

Il a fait le tour de son village,

a pris tous les hommes qui traitaient mal leur épouse et s'est engagé à en faire de meilleurs maris et pères. En Inde, un jeune a organisé une course à vélo, mobilisant plus de 700 cyclistes pour partager les messages de HeForShe au sein de leur communauté. Un autre exemple,

un homme a envoyé un message très personnel de ce qui s'est passé dans sa propre communauté. Il a écrit : « Chère Madame, j'ai vécu toute ma vie à côté d'un homme qui battait tout le temps sa femme. Il y a 2 semaines, j'écoutais la radio, votre voix était diffusée, vous parliez de quelque chose appelé HeForShe, et la nécessité pour les hommes de prendre leurs responsabilités. Quelques heures après, j'ai entendu la voisine pleurer,

mais pour la première fois, je ne suis pas resté assis sans rien faire. Je me suis senti obligé de réagir. Je suis allé affronter le mari. Madame, cela fait deux semaines, et la femme n'a pas pleuré depuis. Merci de m'avoir donné une voix. » (Applaudissements)

Toutes ces histoires touchantes

montrent que nous avons arrivons à quelque chose avec les hommes, mais pour obtenir un monde où les hommes et les femmes sont égaux il ne faut pas juste rallier les hommes à la cause. Nous voulons un vrai changement qui puisse rendre égales les réalités politiques, économiques et sociales pour les hommes et les femmes. Nous demandons aux hommes des actions concrètes les appelant à intervenir sur un plan personnel pour changer leur comportement. Nous appelons les gouvernements, les entreprises, les universités, à changer leurs politiques. Les hommes qui dirigent doivent devenir des modèles et des vecteurs de changement au sein de leur propre institution. Un nombre d'hommes importants et de dirigeants se sont mobilisés

et se sont engagés dans des actions concrètes pour HeForShe. Autre exemple de belle réussite, une grande entreprise française dans le domaine du tourisme, Accor, s'est engagée à éliminer les différences de salaires pour ses 180 000 employés d'ici 2020. (Applaudissements)

La Suède,

avec son actuel gouvernement féministe s'est engagée à supprimer les discriminations d'emploi et de salaire pour tous ses citoyens, et ce au cours de ce mandat. Au Japon, l'université de Nagoya construit, dans le cadre de HeForShe, ce qui va devenir l'un des plus grands centres de recherche sur le genre. Aujourd'hui, 8 mois après,

un mouvement est en marche. Nous voyons des hommes se manifester, venant de tous horizons, venant des 4 coins du monde, du secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki Moon, au secrétaire général de l'OTAN, et à celui du Conseil Européen, du Premier Ministre du Bhoutan au Président de la Sierra Leone. Rien qu'en Europe, tous les hommes de la Commission Européenne

et les membres des gouvernements suédois et islandais ont adhéré à HeForShe. En Islande, un homme sur 20 a rejoint le mouvement. Le cri de ralliement de notre ambassadrice, Emma Watson, a suscité plus de 5 milliards de références dans les médias mobilisant des centaines de milliers d'étudiants à travers le monde pour créer plus d'une centaine d'associations étudiantes HeForShe. C'est le début de la vision qu'a HeForShe

pour le monde que nous voulons voir. Einstein a dit : « Un être humain est une partie d'un tout... Il s'expérimente lui-même, ses pensées et ses émotions comme quelque chose qui est séparé du reste... Cette illusion est une sorte de prison pour nous... Notre tâche doit être de nous libérer nous-même de cette prison en étendant notre cercle de compassion... » Si les femmes et les hommes font partie d'un tout,

comme le suggère Einstein, j'ai bon espoir que HeForShe puisse nous aider à réaliser que ce n'est pas notre genre qui nous définit, mais finalement l'humanité que nous partageons. HeForShe puise dans les rêves des hommes et des femmes, les rêves que nous avons pour nous-mêmes, et les rêves que nous avons pour nos familles, nos enfants, nos amis, nos communautés. C'est de cela qu'il s'agit.

HeForShe est là pour améliorer notre quotidien à tous. Merci.

(Applaudissements)