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Translated by Catherine riedo
Reviewed by Holly York

0:12 Aujourd'hui, je veux montrer d'une nouvelle façon pourquoi investir dans l'éducation de la petite enfance a du sens en tant qu'investissement public. C'est une nouvelle façon, car normalement, quand les gens parlent de programmes pour la petite enfance, ils parlent de tous les merveilleux avantages pour les enfants en termes d'anciens élèves de maternelle : ils ont de meilleures notes durant leur scolarité, de meilleurs revenus une fois adultes. Tout ça, c'est très important. Mais ce dont je veux parler, c'est du rôle que la maternelle tient dans l'économie du pays, et dans le développement économique.

0:49 Et en fait, c'est crucial, car si nous voulons obtenir plus d'investissement dans les programmes de la petite enfance, nous devons éveiller l'intérêt des gouvernements des états. Le gouvernement fédéral ayant déjà beaucoup à faire, ce sont les gouvernements des états qui devront s'en charger. On doit donc faire appel à eux, les législateurs des gouvernements des états, et le faire en termes qu'ils comprennent : ils doivent promouvoir le développement économique de leur état. Mais en parlant de promouvoir le développement économique, je ne parle pas de quelque chose de magique. Tout ce que je veux dire, c'est que l'éducation de la petite enfance peut apporter un plus grand nombre et de meilleurs emplois à un état et ainsi procurer de plus hauts revenus par habitant pour les résidents de l'état.

1:33 Je pense que l'on peut dire que quand les gens pensent au développement économique, local ou national, ils ne pensent généralement pas en premier à ce qu'ils font pour les enfants et les programmes de la petite enfance. Je le sais. J'ai passé la plupart de ma carrière à étudier ces programmes. J'ai discuté de ces problèmes avec beaucoup de directeurs d'agences de développement économique au niveau des états, et de nombreux législateurs. Quand les législateurs, entre autres, réfléchissent au développement économique, ils pensent d'abord aux avatanges fiscaux pour les entreprises, à des diminutions des taxes foncières, aux crédits d'impôts à la création d'emploi, vous savez, il y a des millions de ces programmes partout. Par exemple, les états se font une concurrencent vigoureuse pour attirer ou agrandir les usines de voitures. Ils accordent toutes sortes d'avantages fiscaux aux entreprises. Ces programmes peuvent avoir du sens si, en fait, ils entraînent de nouvelles implantations. Et pour pouvoir avoir du sens, ils doivent créer un plus grand nombre d'emplois meilleurs, qui augmentent le taux d'emploi et les revenus par habitant des résidents de l'état. Il y a donc un avantage pour les résidents de l'état qui correspond au coût qu'ils paient en finançant les avantages fiscaux accordés aux entreprises.

2:35 Je soutiens que les programmes de la petite enfance peuvent faire exactement la même chose, créer un plus grand nombre de meilleurs emplois, mais d'une façon différente. D'une manière plus indirecte, en quelque sorte. Ces programmes peuvent promouvoir un plus grand nombre de meilleurs emplois si vous les mettez en place, vous investissez dans des maternelles de grande qualité, cela développe les compétences de votre main d’œuvre locale si un nombre suffisant d'entre eux restent sur place. Et de plus, cette main d’œuvre locale de grande qualité sera un facteur clé de création d'emploi et de plus hauts revenus par habitant dans la population locale.

3:12 Maintenant, regardons quelques chiffres. Ok. Si on regarde les résultats des études, qui sont nombreuses, sur l'effet des programmes de la petite enfance sur la réussite scolaire, les salaires et les compétences des anciens élèves de maternelle une fois devenus adultes, si on prend ces effets connus, si on prend l'estimation du nombre de ces personnes qui vont rester dans l'économie locale sans quitter l'état, et si on prend les études sur l'effet des compétences sur la création de l'emploi, on conclura de ces trois types de recherches bien différents que pour chaque dollar investi dans les programmes de la petite enfance, le revenu par habitants des résidents de l'état augmente de 2,78 dollars, soit un retour de trois pour un. On peut trouver des retours bien plus importants, jusqu'à seize pour un, si l'on inclut les bénéfices sur la criminalité, et les avantages des anciens élèves de maternelle qui vont vivre dans d'autres états. Mais il y a une bonne raison de se concentrer sur ces trois dollars parce que c'est visible et important aux yeux des législateurs et des décideurs politiques au niveau des états. Et ce sont les états qui devront agir. Donc voilà l'avantage clé qui est pertinent pour les décideurs politiques en termes de développement économique.

4:33 Une objection que vous entendez souvent, ou que vous n'entendez peut-être pas parce que les gens sont trop polis pour le dire, c'est : pourquoi devrais-je payer plus d'impôts pour investir dans les enfants des autres ? Qu'est-ce que ça me rapporte ? Et le problème avec cet argument, c'est que cela reflète une incompréhension totale de la façon dont les économies locales rendent interdépendants tous leurs habitants. Précisément, l'interdépendance ici se situe dans les énormes retombées de compétences ; lorsque les enfants des autres développent plus de compétences, ça augmente réellement la prospérité de tout le monde, y compris des gens dont les compétences ne changent pas. Par exemple, de nombreuses études ont montré que si l'on regarde ce qui crée réellement le taux de croissance des métropoles, ce ne sont pas tellement les faibles taxes, les faibles coûts et les faibles salaires, ce sont les compétences dans la région. Plus particulièrement, l'outil de mesure des compétences que les gens utilisent, c'est le pourcentage de diplômés des universités dans la région. Quand on regarde des métropoles comme par exemple celle de Boston, celle de Minneapolis-St Paul, la Silicon Valley, la prospérité économique de ces régions n'est pas due à leurs faibles coûts. Je ne sais pas si vous avez jamais essayé d'acheter une maison dans la Silicon Valley. Ce n'est pas exactement ce qu'il y a de moins cher. Elles prospèrent grâce à leur haut niveau de compétences. Donc, quand on investit dans les enfants des autres, et que l'on crée ces compétences, on augmente la croissance globale des emplois dans la métropole. Un autre exemple : si nous regardons ce qui détermine le salaire d'un individu, et que nous en faisons une exploration statistique, nous savons que le salaire d'un individu dépend, en partie, de son niveau d'études. Par exemple, s'il a ou non un diplôme universitaire. Une des choses très intéressantes, c'est que, en plus de cela, même quand on garde statistiquement constants les effets de votre propre niveau d'études, le niveau des autres personnes dans la région affecte aussi votre salaire. Précisément, si on garde constant votre niveau d'études, vous ajoutez le pourcentage de diplômés universitaires de votre région, vous verrez que ça a un effet positif significatif sur votre salaire sans rien changer de votre niveau d'études. En fait, cet effet est tellement puissant, que quand quelqu'un obtient un diplôme universitaire, les retombées sur les salaires des autres personnes de la métropole sont en fait plus grandes que les effets directs. Si quelqu'un obtient un diplôme universitaire, ce qu'il gagnera dans toute sa vie augmente d'un montant énorme, plus de 700 000 dollars. L’augmentation du pourcentage de diplômés dans la métropole a un effet sur tous les autres salariés, et si vous additionnez cela, c'est un petit effet pour chacune des personnes mais si vous l'additionnez sur toute la population de la métropole, vous obtenez en fait que l'augmentation de tous salaires dans la métropole totalise presque un million de dollars. C'est en fait plus important que les avantages directs de la personne qui choisit d'aller à l'université.

7:58 Mais en fait, comment cela se fait-il ? Qu'est-ce qui peut expliquer ces énormes retombées du niveau d'études ? Eh bien, regardons ça ainsi : Je peux être la personne la plus compétente du monde, mais si toutes les autres personnes dans mon entreprise manquent de compétence, mon employeur va trouver qu'il est plus difficile d'introduire de nouvelles technologies, de nouvelles techniques de production. Résultat, mon employeur sera moins productif. Il ne sera pas capable de me payer un aussi bon salaire. Même si tout le monde dans mon entreprise a de bons niveaux de compétence, si les travailleurs chez les fournisseurs de mon entreprise n'ont pas de bons niveaux de compétence, mon entreprise va être moins compétitive sur le marché national et mondial. Et encore une fois, l'entreprise qui est moins compétitive ne sera pas capable de payer d'aussi bons salaires. Et alors, en particulier dans le secteur high-tech, les entreprises sont constamment en train de se piquer l'une l'autre les idées et les employés. Clairement, la productivité des entreprises dans la Silicon Valley repose beaucoup sur les compétences, non seulement des employés de ces entreprises, mais aussi des employés de toutes les autres entreprises de la métropole. Résultat, si nous pouvons investir dans les enfants des autres, dans des maternelles et autres programmes de la petite enfance qui seraient de haute qualité, nous n'aidons pas seulement nos enfants, nous aidons tout le monde dans la métropole à gagner un meilleur salaire, et nous allons avoir une croissance des emplois dans la métropole.

9:23 Une autre objection parfois employée ici contre l'investissement dans les programmes de la petite enfance, c'est le problème des gens qui déménagent. Vous voyez, peut-être que l'Ohio envisage d'investir dans plus d'écoles maternelles pour les enfants de Columbus, Ohio, mais ils redoutent que ces petits bambins décident, pour d'étranges raisons, d'aller vivre à Ann Arbor, Michigan. Et peut-être que le Michigan envisage d'investir dans les maternelles à Ann Arbor, mais redoute que leurs petits finissent par aller vivre en Ohio. Et donc chacun va sous-investir car tout le monde va aller vivre ailleurs. Eh bien, la réalité, c'est que, si vous regardez les chiffres, les Américains ne sont pas aussi mobiles que les gens le croient parfois. Les chiffres montrent que plus de 60% des Américains passent la plupart de leur carrière dans l'état où ils sont nés. Plus de 60%. Ce pourcentage ne varie pas beaucoup d'un état à l'autre. Il ne varie pas beaucoup avec l'économie de l'état, qu'il soit en baisse ou en plein essor, il ne varie pas beaucoup à travers le temps. Donc la réalité, c'est que si vous investissez dans les enfants, ils vont rester. Ou au moins, assez d'entre eux vont rester pour que ça soit payant pour l'économie de l'état.

10:46 Ok. Donc pour résumer, il y a beaucoup de résultats d'études qui montrent que les programmes de la petite enfance, s'ils sont de qualité, portent leurs fruits en créant de hauts niveaux de compétence une fois adulte. Il y a de nombreux résultats d'études qui prouvent que les gens restent dans leur état, et il est prouvé qu'avoir plus de travailleurs avec un haut niveau de compétence dans votre économie locale génère de plus hauts salaires et une croissance de l'emploi, et si vous faites les calculs, pour chaque dollar, on obtient environ 3 dollars en retour en bénéfices pour l'économie de l'état. A, mon avis, les résultats des études sont très convaincants et la logique de tout cela est très convaincante. Quels sont donc les obstacles qui se dressent contre la mise en oeuvre ?

11:29 Eh bien, un obstacle évident, c'est le coût. Si vous regardez combien cela coûterait si chacun des gouvernements d'état investissait dans une maternelle pour tous, ouverte toute la journée pour les enfants de 4 ans, le coût total annuel serait d'environ 30 milliards de dollars. 30 milliards de dollars, c'est beaucoup d'argent. D'un autre côté, si vous pensez que la population des Etats-Unis est d'environ 300 millions, on parle d'une somme d'argent qui s'élève à 100 dollars par habitant. D'accord ? Une centaine de dollars par personne, c'est quelque chose que chaque gouvernement peut se permettre de dépenser. C'est juste une question de volonté politique. Et bien sûr, comme je l'ai dit, à ce coût correspondent des bénéfices. J'ai parlé d'un multiplicateur par trois, 2,78, pour l'économie de l'état, c'est à dire plus de 80 milliards de revenu supplémentaire. Et si nous voulons traduire ces milliards de dollars en quelque chose de plus significatif, ce dont nous parlons, c'est, pour le gamin moyen d'une famille à faible revenu, une augmentation de ses revenus d'environ 10% sur toute sa carrière, juste en ajoutant la maternelle, sans améliorer le reste du système scolaire ou n'importe quoi d'autre après ça, sans changer les frais de scolarité ou l'accès aux universités. Simplement en améliorant les maternelles, vous obtiendrez 5% de revenu en plus pour les enfants de la classe moyenne. C'est donc un investissement qui génère des retours très concrets pour un large éventail de revenus dans la population de l'état et produit de larges bénéfices tangibles.

13:08 C'est un premier obstacle. Je pense, en fait, que l'obstacle le plus important est le côté long terme des bénéfices des programmes de la petite enfance. L'argument que je donne, c'est que nous augmentons la qualité de notre main d'oeuvre locale et donc augmentons le développement économique. Bien sûr, si nous avons des maternelles pour les enfants de 4 ans, nous n'allons pas les envoyer à 5 ans dans des ateliers pour les exploiter. Enfin j'espère. Nous parlons donc d'un investissement dont les effets sur l'économie de l'état ne seront pas vraiment visibles avant 15 ou 20 ans. Et bien sûr, les Etats-Unis sont bien connus pour être une société court-termiste. Mais une réponse que l'on peut faire à cela, et je l'ai donnée moi-même lors de conférences, c'est que les gens parlent des avantages de ces programmes pour la réduction des aides spécialisées et des cours de soutien éducatif, les maternelles sont intéressantes pour les parents, peut-être aurons-nous des effets de migration par des parents qui recherchent de bonnes maternelles. Et je pense que tout cela est exact, Mais, dans un certain sens, on passe à côté de l'essentiel.

14:11 En fin de compte, c'est une chose dans laquelle nous investissons maintenant, pour l'avenir. Et ce que je veux vous laisser comme message, c'est la question ultime selon moi. Je veux dire, je suis économiste, mais ceci n'est finalement pas une question économique, c'est une question morale. Sommes-nous, en tant qu'Américains, sommes-nous une société encore capable de faire des choix politiques qui demandent des sacrifices maintenant, en payant plus d'impôts, afin d'améliorer le futur à long terme, non seulement de nos enfants, mais de notre communauté ? En sommes-nous encore capables en tant que nation ? Et c'est une question que chaque citoyen et chaque électeur doit se poser. Est-ce une chose dans laquelle vous vous sentez encore impliqué ? Croyez-vous encore à la notion d'investissement ? C'est cela, la notion d'investissement. Vous sacrifiez maintenant pour un gain plus tard.

15:15 Donc je pense que les résultats des études sur les bénéfices des programmes de la petite enfance pour l'économie locale sont extrêmement probants. Cependant, les choix politiques et moraux dépendent toujours de nous tous, citoyens et électeurs.

15:34 Merci beaucoup. (Applaudissements)