Return to the talk Return to talk

Transcript

Select language

Translated by Gwendoline Baillet
Reviewed by Aurelien Gomez

0:12 L'éradication de la pauvreté est un objectif louable. Je pense que tout le monde ici est d'accord. Mais je suis gêné d'entendre les responsables politiques, qui possèdent de l'argent, ainsi que certains chanteurs charismatiques évoquer la pauvreté. Tout paraît alors tellement simple.

0:37 Je n'ai pas amené d'argent avec moi, je n'ai aucune loi à faire passer, et je ne possède pas de guitare, évidemment. Ça n'est pas pour moi. Mais j'ai une idée, c'est un projet nommé Housing for Health.

0:54 Housing for Health collabore avec des personnes défavorisées. Le projet est mené sur leur lieu de vie, afin d'améliorer leur état de santé. Au cours des 28 dernières années, ce travail difficile, éprouvant et fastidieux a été réalisé par des milliers de personnes en Australie et, plus récemment, à l'étranger. Le projet a démontré qu'une conception ciblée peut contribuer à améliorer les environnements les plus défavorisés, la santé, et peut permettre de réduire la pauvreté, à défaut de l'éradiquer.

1:32 Je vais commencer par le début. C'était en 1985, dans le centre de l'Australie. Un homme, un Aborigène nommé Yami Lester, dirigeait un cabinet médical. 80 % des patients venaient le consulter pour une maladie infectieuse, caractéristique du Tiers-monde et des pays en développement, due à une mauvaise qualité de vie.

1:57 Yami a alors constitué une équipe à Alice Springs. Il a fait venir un médecin, et un spécialiste de l'hygiène de l'environnement. Il a également recruté une équipe locale composée de personnes aborigènes pour travailler sur ce projet. Lors de la première réunion, Yami nous a annoncé qu'il n'y avait pas un centime. C'est toujours bien de commencer sans rien. Il nous a accordé un délai de six mois, pour mener à bien un projet qui, dans sa langue, s'intitule « uwankara palyanku kanyintjaku », c'est-à-dire « un plan pour empêcher les gens de tomber malades », un dossier détaillé. C'était notre mission.

2:41 Le médecin a commencé par travailler pendant environ six mois sur ce qui allait devenir les neufs objectifs sanitaires principaux, notre ambition. Il revint me voir au bout de six mois et me montra un papier sur lequel étaient inscrits neuf mots.

3:00 [Les 9 conditions nécessaires à une bonne qualité de vie : hygiène, vêtements, eaux usées, nutrition, espace de vie, animaux+, poussière, températures, dommages corporels.]

3:01 Ça ne m'a pas du tout emballé. Enfin quoi ! Aux grandes idées, les grands mots, plus il y en a, mieux ça vaut. Ce papier n'était pas ce que j'attendais. Ce que je ne savais pas, et vous non plus, c'est que le médecin avait rassemblé des centaines de pages et effectué des recherches médicales au niveau local, national et international, qui justifiaient son raisonnement et expliquaient pourquoi il avait choisi et écrit ces termes sur le papier.

3:31 Cette représentation en images est due simplement au fait que les Aborigènes qui dirigeaient le projet et les autres responsables ne savaient souvent ni lire, ni écrire. Les idées étaient donc exprimées sous forme d'images pour présenter les objectifs. Nous travaillons avec les communautés, nous ne voulions pas leur expliquer le projet dans une langue qu'ils ne maîtrisaient pas.

3:52 Nous avons établi ces objectifs, et au centre de chaque image - je ne vais pas toutes les énumérer - sont représentés la personne et leur problème médical, qui a leur tour sont reliés aux éléments de leur lieu de vie nécessaires à une bonne santé. Comme vous le voyez ici, le plus important est l'hygiène corporelle quotidienne, surtout celle des enfants.

4:17 J'espère que la plupart d'entre vous penseront, « Ah bon ? Ça n'a pas l'air bien compliqué. »

4:20 Je vais donc vous poser une question très personnelle. Ce matin, avant de venir ici, qui avait la possibilité de prendre une douche ? Je ne vais pas vous demander si vous en avez pris une, je suis trop poli pour ça. Voilà. (Rires) D'accord. Très bien. Assurément, la plupart d'entre vous avait la possibilité de prendre une douche ce matin.

4:41 Je vais vous demander autre chose. Vous allez choisir l'une des ces maisons parmi les 25 qui apparaissent sur l'écran. Choisissez-en une et mémorisez son emplacement dans votre tête. Tout le monde a fait son choix ? Je vais vous demander d'y vivre durant quelques mois, alors faites attention. Nous sommes au nord-ouest de l'Australie occidentale, une belle région.

5:01 Voyons si la douche fonctionne dans votre maison. J'ai entendu certains faire « ooh.. », et d'autres « aah ».

5:09 Les maisons avec une marque verte possèdent une douche qui fonctionne. Vous et vos enfants êtes donc tranquilles. Si vous avez obtenu une croix rouge, eh bien, j'ai beau chercher partout dans la salle, ça ne va pas changer grand chose pour vous. Pourquoi ? Parce que vous êtes trop vieux. Ça va en surprendre plus d'un, mais c'est pourtant vrai. Avant de vous vexer et de vous voir quitter la salle, il faut préciser que dans ce cas, être trop vieux signifie que pratiquement tout le monde ici, je crois, a plus de cinq ans.

5:38 Le cas des enfants de moins de 5 ans est très préoccupant. Pourquoi ? L'hygiène permet de se débarrasser de certaines maladies, les infections ordinaires, qui affectent les yeux, les oreilles, les poumons et la peau, et qui, si elles affectent les enfants de moins de 5 ans, abîment définitivement ces organes. Elles entraînent des séquelles irréversibles. Les enfants atteints avant l'âge de 5 ans perdent définitivement une part de leurs aptitudes visuelles, auditives, et respiratoires. Ils perdent un tiers de leur capacité respiratoire avant l'âge de 5 ans. Et même les infections cutanées, que l'on croyait relativement inoffensives, une infection cutanée légère contractée au cours des 5 premières années de vie augmente considérablement le risque d'insuffisance rénale, et exige une dialyse à partir de l'âge de 40 ans. C'est un problème crucial. La douche, ou le manque de douche, représente un véritable enjeu sanitaire pour les enfants. Ces croix et ces marques représentent les 7800 domiciles que nous avons étudiés en Australie, la même proportion. Ce que vous voyez ici - 35 pour cent de ces habitations dont l'existence est plus ou moins ignorée, et dans lesquelles vivent 50 000 autochtones, sont équipés d'une douche qui fonctionne. Dix pour cent de ces 7800 habitations possèdent un système électrique sûr, et 58 pour cent sont équipés de sanitaires fonctionnels. Il est facile de tester la fonctionnalité des installations : Prenons la douche par exemple, est-ce qu'elle fournit de l'eau chaude et froide, est-ce qu'elle possède deux robinets en état de marche, une pomme de douche pour diffuser l'eau sur la tête et le corps, et un système de vidage ? Pas quelque chose de stylé, joli ou élégant - seulement un dispositif qui fonctionne. On applique le même test aux dispositifs électriques et sanitaires. Les projets de Housing for Health ne sont pas destinés à évaluer les anomalies. Ils visent à améliorer l'état des habitations. Nous commençons les travaux dès le premier jour. Nous avons appris, nous ne faisons ni promesses, ni rapports. Nous arrivons le matin avec des outils, des tonnes de matériel, des artisans, et nous formons une équipe locale au cours de la première journée, afin de pouvoir débuter les travaux. Dès le premier soir, quelques habitations de la communauté sont déjà dans un meilleur état. Les travaux durent de six à 12 mois jusqu'à ce que la totalité des habitations soit rénovée et que nous ayons épuisé notre budget, soit 7500 dollars par habitation en moyenne. De six mois à un an après la fin des travaux, nous testons à nouveau chaque habitation. C'est très facile de dépenser de l'argent, et très difficile d'améliorer le fonctionnement de chaque partie de la maison. Pour assurer les 9 conditions nécessaires à une bonne qualité de vie nous testons, vérifions et réparons 250 éléments par habitation. Voici les résultats que nous obtenons avec un budget de 7500 dollars. Jusqu'à 86 pour cent des douches fonctionnent, jusqu'à 77 pour cent des systèmes électriques fonctionnent, et 90 pour cent des sanitaires fonctionnent dans ces 7500 habitations. Merci. (Applaudissements) Ces résultats sont le fruit du travail formidable réalisé par les équipes. Il y a question évidente que j'espère vous vous posez. Pourquoi tout ce travail ? Pourquoi ces habitations sont-elles si vétustes ? 70 pour cent de notre travail est dû au manque d'entretien régulier, comme celui dont nos maisons ont besoin. Les installations s'usent. Les services publics locaux et régionaux auraient dû s'en charger. Mais rien n'est fait, et les installations ne fonctionnent pas. 21 pour cent des réparations effectuées concernent un défaut de construction, certaines installations sont carrément montées à l'envers, et ne fonctionnent pas. Nous devons les réparer. Si vous avez vécu en Australie au cours des 30 dernières années, la dernière explication - On vous aura dit que les autochtones vandalisent les maisons. C'est l'une des justifications les plus tenaces, et qui à ma connaissance n'a jamais été confirmée, utilisée pour justifier la vétusté des habitations autochtones. Neuf pour cent de nos dépenses servent à réparer des dégâts, un mauvais emploi ou un usage abusif des installations. Nous affirmons que les habitants de ces maisons ne sont pas à l'origine de ces difficultés. Et ce n'est pas tout. La majeure partie des solutions provient des habitants eux-mêmes. 75 pour cent de notre équipe basée en Australie, soit actuellement plus de 75 personnes, sont issus des communautés autochtones locales avec lesquelles nous collaborons. Ils contribuent à toutes les facettes du projet. (Applaudissements) En 2010, ils étaient 831, répartis dans toute l'Australie, et dans les Îles du Détroit de Torrès, dans tous les états, à travailler à l'amélioration des habitations dans lesquelles ils résident avec leur famille, c'est important de le rappeler. Nos activités sont toujours orientées vers la santé. C'est l'aspect central. Le trachome, une infection typique des sociétés en développement, entraîne la cécité. C'est une maladie des pays en développement, et pourtant, la photo que vous voyez en arrière-plan représente une communauté aborigène à la fin des années 1990 dont 95 % des enfants d'âge scolaire souffrent d'un trachome actif qui abîme leurs yeux. Alors, que faire ? Tout d'abord, nous réparons les douches. Pourquoi ? Pour que l'eau chasse le bacille. Nous installons des lavabos dans l'école pour que les enfants puissent fréquemment se laver le visage dans la journée. L'eau chasse le bacille. Les ophtalmologistes nous informent ensuite que la poussière s'infiltre dans les yeux et apporte le bacille. Que faire ? Nous faisons appel au spécialiste de la poussière. Oui, il existe vraiment. Il nous a été envoyé par une compagnie minière. Il contrôle la poussière sur les sites de la compagnie, il est venu ici, et en une journée il a conclu que la poussière s'accumulait souvent à un mètre du sol, amenée par le vent. Il a proposé d'élever des buttes pour bloquer la poussière avant que celle-ci n'atteigne les habitations et n'affecte les yeux des enfants. Nous avons utilisé de la boue pour bloquer la poussière. Il nous a ensuite fourni des appareils de contrôle de la poussière. Nous avons effectué les contrôles et réduit la quantité de poussière. Nous voulions ensuite nous débarrasser du bacille lui-même. Comment faire ? Nous avons contacté le docteur des mouches, oui, ce docteur existe bien. Comme dit notre ami aborigène, « Vous les blancs, vous devriez sortir un peu plus. » (Rires) Les docteur a très vite conclu que le bacille ne provenait que d'un seul insecte. Il a alors distribué aux élèves de la communauté les beaux pièges à mouches que vous voyez sur l'écran. Ils ont attrapé les mouches et les lui ont envoyées à Perth. Une fois le bacille examiné, il a renvoyé des scarabées par la poste. Les scarabées ont mangé le crottin de chameau, les mouches sont alors mortes de faim, l'infection a cessé de se répandre. Au fil des années, elle a considérablement baissé au sein de la communauté, et les taux d'infection sont restés très bas. Nous avons modifié le lieu de vie, pas seulement soigné les yeux. Leurs yeux sont à présent guéris. Ces petites avancées médicales, ces petites pièces du puzzle, jouent un grand rôle. Le service de la Santé de la Nouvelle-Galles du Sud, un organisme intransigeant, a effectué des tests indépendants pendant trois ans afin d'étudier dix années de travaux de ce genre que nous avons mené en Nouvelle-Galles du Sud, ils ont noté une réduction de 40 pour cent du nombre d'hospitalisations dues aux maladies imputables à de mauvaises conditions de vie. Une réduction de 40 pour cent. (Applaudissements) Tout ça pour vous montrer que les méthodes utilisées en Australie peuvent être reproduites ailleurs. Pour finir, je vais vous emmener au Népal, un endroit magnifique. Un petit village de 600 habitants nous a demandé d'installer des toilettes car ils n'en avaient pas. La situation sanitaire était dégradée. Nous ne leur avons pas promis monts et merveilles, nous avons simplement proposé de construire deux sanitaires pour deux familles. Au cours de l'élaboration des premiers sanitaires j'ai été invité à manger chez la famille dans la pièce principale de la maison. La fumée était étouffante. Les gens utilisaient le seul combustible disponible pour la cuisine, du bois vert. Sa fumée est étouffante, et dans une maison fermée, il est impossible de respirer. Nous avons appris plus tard que la majorité des maladies et des décès dans la région est due à l'insuffisance respiratoire. Nous étions soudain en présence de deux difficultés. Notre objectif initial était d'installer des sanitaires pour débarrasser le sol des excréments. Très bien. Mais voilà qu'un second problème se présentait. Comment réduire la fumée ? Deux problèmes donc, et la conception devait prendre en compte plusieurs éléments. Solution : rassembler les excréments humains et animaux, les mettre dans un digesteur, extraire le biogaz, le méthane. Il permet de cuisiner trois à quatre heures par jour - il est propre, sans fumée et gratuit pour la famille. (Applaudissements) Je vous pose la question : est-ce que ça contribue à éradiquer la pauvreté ? L'équipe népalaise qui travaille en ce moment même répondrait : "Ne soyez pas ridicules. Nous avons encore trois millions de sanitaires à construire avant de pouvoir commencer à dire ça." Et c'est tout à fait vrai. À présent, plus de 100 sanitaires sont installés dans ce village, et quelques uns dans les environs. Bien plus de 1 000 personnes utilisent ces sanitaires. Yami Lama, un jeune garçon, souffre beaucoup moins d'infections intestinales depuis qu'il utilise les sanitaires, et que les excréments ne sont plus répandus sur le sol. Kanji Maya est une mère, et fière de l'être. En ce moment, elle doit être en train de cuisiner le repas familial grâce au biogaz, un combustible sans fumée. L'état de ses poumons s'est amélioré, et continuera de s'améliorer au fur et à mesure, car elle ne respire plus de fumée. Surya enlève les déchets du digesteur de biogaz une fois le gaz libéré, et le répand sur ses cultures. Il a triplé ses rendements, et la famille a désormais plus de nourriture et d'argent. Et enfin Bishnu, le responsable de l'équipe, a compris que nous n'avons pas seulement construit des sanitaires, mais créé aussi une équipe, qui travaille à présent dans deux villages et y forment les habitants de deux autres villages pour développer les activités. C'est ce qui me semble le plus important. (Applaudissements) Le problème ne vient pas des habitants. Jamais ça ne s'est produit. Le problème : de mauvaises conditions de vie, des habitations dégradées, et des maladies qui affectent la santé des gens. Ces problèmes ne se préoccupent pas de géographie, de couleur de peau ou de religion. Absolument pas. Le point commun entre nos différents projets, c'est la pauvreté. Au milieu des années 2000, Nelson Mandela a dit, pas très loin d'ici, il a dit que, comme l'esclavage et l'apartheid, "la pauvreté n'est pas naturelle. Elle est le fait de l'Homme, et peut être surmontée et éradiquée grâce à l'Homme." Pour conclure, je vous dirai que ce sont les actes de centaines d'êtres humains ordinaires, qui, je pense, réalisent un travail formidable, qui ont permis d'améliorer véritablement la santé, et ont, peut-être un peu, contribué à réduire la pauvreté. Merci pour votre présence. (Applaudissements)