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Donc oui, je suis dessinateur humoristique pour les journaux -- un dessinateur politique. Je ne sais pas si vous en avez entendu parlé -- journaux? C'est un genre de lecteur à base de papier. (Rires) C'est plus léger qu'un iPod. C'est un peu moins cher. Vous savez ce qu'on dit? On dit que la presse écrite se meurt. Qui dit ça? Et bien, la presse. Mais ce n'est pas nouveau, pas vrai? Vous avez déjà lu ça.
Mesdames et messieurs, le monde est devenu plus petit. Je sais que c'est un cliché, mais regardez, regardez à quel point il est devenu petit, Et vous en connaissez la raison, bien sûr. C'est à cause de la technologie. Oui. (Rires) Y a-t-il des concepteurs d'ordinateurs dans la salle? Oui, et bien, vous me gâchez la vie, parce qu'avant, les trackpads étaient ronds, ils avaient une jolie forme ronde. Ça fait un bon dessin humoristique. Mais qu'est-ce qu'on va faire avec un trackpad plat, ces trucs carrés? Je ne peux rien en faire en tant que dessinateur. Bon, je sais que la terre est plate maintenant. C'est vrai. Et Internet a atteint tous les coins du monde, les endroits les plus pauvres et les plus éloignés. Chaque village d'Afrique a maintenant un cyber-café. (Rires) N'allez pas demander de Frappucino là-bas. Nous réduisons donc la fracture numérique. Le Tiers Monde est connecté. Nous sommes connectés. Et que se passe-t-il ensuite? Et bien vous avez un email. Oui. Et bien, Internet nous a donné un pouvoir. Il vous a donné un pouvoir, il m'a donné un pouvoir, et il a donné un pouvoir à d'autres types aussi.
Vous savez, ces deux derniers dessins, je les ai faits en direct pendant une conférence à Hanoï. Et ils n'étaient pas habitués à ça dans un Vietnam communiste 2.0. (Rires) Et donc je faisais des dessins en direct sur un écran géant -- c'était une drôle de sensation -- et puis ce type est venu vers moi. Il prenais des photos de moi et de mes croquis, et j'ai pensé, " C'est super, un fan vietnamien." Et quand il est venu le deuxième jour, j'ai pensé, "Ouah, c'est vraiment un amateur de dessins." Et le troisième jour, j'ai finalement compris, le type était en fait en service. Et donc maintenant, il doit y avoir une centaine de photos de moi souriant avec mes croquis dans les dossiers de la police vietnamienne.
Non, mais c'est vrai : Internet a changé le monde. Il a secoué l'industrie de la musique. Il a changé la façon dont nous consommons la musique. Pour ceux qui sont assez vieux pour s'en rappeler, dans le temps, nous allions au magasin pour la voler. (Rires) Et il a changé la manière dont votre futur employeur regardera votre candidature. Alors faites attention avec votre compte Facebook. Votre maman vous l'a dit, faites attention. Et la technologie nous a libérés. C'est le wifi gratuit, mais oui. Il nous a libéré du bureau. C'est votre vie. Appréciez la. (Rires) En bref, la technologie, Internet, ont changé votre style de vie Les gourous de la technologie, comme cet homme -- qu'un magazine allemand a appelé le philosophe du 21ème siècle -- ils façonnent la manière dont nous faisons les choses. Ils façonnent la manière dont nous consommons. Ils façonnent nos désirs mêmes. (Rires) (Applaudissements) Vous n'aimerez pas ça. Et la technologie a même changé notre relation à Dieu.
Maintenant je ne devrais pas me lancer là dedans. Les dessins humoristiques sur la religion et la potitique comme vous l'avez peut-être entendu dire, ne vont pas bien ensemble, depuis ce jour en 2005, quand un groupe de dessinateurs au Danemark ont fait des dessins qui ont eu des répercussions dans le monde entier, des manifestations, des fatwa. Ils ont provoqués la violence. Des gens sont morts dans la violence. C'était écœurant. Des gens sont morts à cause de dessins humoristiques. Je veux dire -- j'avais l'impression à l'époque que les dessins avaient été utilisés par les deux bords, en fait. Ils ont d'abord été utilisés par un journal danois, qui voulait faire une remarque sur l'Islam. Un dessinateur danois m'a dit qu'il faisait partie des 24 qui ont reçu la commande de dessiner le prophète. 12 d'entre eux ont refusé. Le saviez-vous? Il m'a dit, "Personne ne me dit ce que je dessine. Ce n'est pas comme ça que ça marche." Et puis bien sûr, ils ont été utilisés par des extrémistes et des politiciens de l'autre bord. Ils voulaient attiser la controverse. Vous connaissez l'histoire. Nous savons que les dessins peuvent être utilisés comme des armes. L'histoire nous dit, ils ont été utilisés par les Nazis pour attaquer les juifs. Et nous voilà maintenant. Aux Nations Unies, la moitié du monde fait pression pour punir l'offense à la religion -- ils appellent ça la diffamation de religion -- pendant que l'autre moitié du monde se bat pour défendre la liberté d'expression. Donc, le choc des civilisations est ici, et les dessins en seraient le pivot? Ça m'a fait réfléchir. Maintenant vous me voyez réfélchir à la table de ma cuisine. Et puisque vous êtes dans ma cuisine, je vous présente ma femme.
En 2006, quelques mois plus tard, Je suis allé en Côte d'Ivoire -- en Afrique de l'Ouest. Maintenant, vous parlez d'un endroit divisé. Le pays était coupé en deux. Vous aviez une rébellion dans le nord, le gouvernement dans le sud -- la capitale, Abidjan -- et au milieu, l'armée française. Ça ressemble à un hamburger géant. Vous ne voulez pas être le jambon au milieu. J'étais là pour faire un reportage sur cette histoire en dessins humoristiques. C'est ce que je fais depuis 15 ans. C'est mon deuxième boulot, si vous voulez. Alors vous voyez que le style est différent. C'est plus sérieux que peut-être le dessin éditorial. Je suis allé dans des endroits comme Gaza pendant la guerre de 2009. Alors c'est vraiment du journalisme en dessins. Vous en entendrez parler de plus en plus. C'est l'avenir du journalisme, je crois.
Et bien sûr, je suis allé voir les rebelles dans le nord. C'était des types pauvres qui se battaient pour leurs droits. Il y avait une composante ethnique dans ce conflit comme c'est très souvent le cas en Afrique. Et je suis allé voir les Dozos. Les Dozos sont des chasseurs traditionnels d'Afrique de l'Ouest. Les gens les craignent. Ils aident beaucoup la rébellion. On leur prête des pouvoirs magiques. Ils peuvent disparaître et éviter les balles. Je suis allé voir le chef des Dozos. Il m'a parlé de ses pouvoirs magiques. Il a dit : " Je peux te trancher la tête tout de suite et te ramener à la vie." J'ai dit : "Et bien, nous n'avons peut-être pas le temps pour ça là tout de suite." (Rires) "Une autre fois."
Donc de retour à Abidjan, on m'a donné une occasion de conduire un atelier avec des dessinateurs locaux, et j'ai pensé, oui, dans un contexte comme celui-ci, les dessins peuvent vraiment être utilisés comme des armes contre l'autre bord. Je veux dire, la presse en Côte d'Ivoire était profondément divisée. On la comparait aux médias au Rwanda avant le génocide. Alors imaginez. Et que peut faire un dessinateur? Parfois les rédacteurs en chef disaient à leurs dessinateurs de dessiner ce qu'ils voulaient voir, et le type doit nourrir sa famille, bon. Donc l'idée était assez simple Nous avons rassemblé des dessinateurs de tous les bords en Côte d'Ivoire. Nous les avons enlevés à leur journal pendant 3 jours. Et je leur ai demandé de faire un projet ensemble, en s'attaquant aux problèmes qui affectent leur pays avec des dessins, oui, avec des dessins. Montrer le pouvoir positif des dessins. C'est un super outil de communication pour le mal ou pour le bien. Et les dessins peuvent traverser les frontières, comme vous l'avez vu. Et l'humour est un bon moyen, je pense, s'aborder les questions graves. Et je suis très fier de ce qu'ils ont fait. Je veux dire, ils n'étaient pas d'accord entre eux -- ce n'était pas le but. Et je ne leur ai pas demandé de faire de gentils dessins. Le premier jour, ils se hurlaient dessus les uns les autres. Mais ils ont produit un livre, en revenant sur les 13 années de crise politique en Côte d'Ivoire.
Donc l'idée était là. Et j'ai fait des projets comme celui-ci, en 2009 au Liban, cette année, au Kenya, en janvier dernier. Au Liban, ce n'était pas un livre. L'idée était d'avoir -- le même capital, un pays divisé -- de prendre des dessinateurs de tous les bords et de les laisser faire quelque chose en semble. Donc au Liban, nous avons embauché les rédacteurs en chef des journaux et nous leur avons fait publier huit dessinateurs de tous les bords tous ensemble sur la même page, abordant le problème qui touchait le Liban, comme la religion en politique et dans la vie de tous les jours. Et ça a marché. Pendant 3 jours, presque tous les journaux de Beirout ont publié tous ces dessinateurs ensemble -- anti-gouvernement, pro-gouvernement, chrétien, musulman, bien sûr, anglophone, et bien, tout ce que vous voulez. Donc c'était un grand projet. Et puis au Kenya, ce que nous avons fait était d'aborder la question ethnique, qui est un poison dans beaucoup d'endroits en Afrique. Et nous avons fait des clips vidéos. Vous pouvez les voir si vous allez sur Youtube/KenyaTunes.
Donc, prêcher pour la liberté d'expression c'est facile ici, mais comme vous l'avez vu dans des contextes de répression ou de division, encore une fois, que peut faire un dessinateur? Il doit garder son emploi. Et bien je crois que dans n'importe quel contexte n'importe où, il a toujours le choix au moins de ne pas faire un dessin qui alimentera la haine. Et c'est le message que j'essaye de leur faire passer. Je pense que nous avons toujours le choix en fin de compte de ne pas faire ce qui est mal. Mais nous devons soutenir ces voix [confus], critiques, responsables en Afrique, au Liban, dans votre journal local, dans l'Apple store. Aujourd'hui, les compagnies technologiques sont les plus grands rédacteurs en chefs du monde. Ils décident ce qui est trop offensant et trop provocant à voir pour vous. Donc, vraiment, il ne s'agit pas de la liberté des dessinateurs : il s'agit de vos libertés. Et pour les dictateurs dans le monde entier, la bonne nouvelle c'est quand les dessinateurs, les journalistes et les activistes se taisent.
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Dans une série de phrases choc pleines d'esprit, Patrick Chappatte fait un plaidoyer poignant en faveur du pouvoir de l'humble dessin humoristique. Ses projets au Liban, en Afrique de l'Ouest et à Gaza montrent comment, entre de bonnes mains, le crayon peut illuminer des sujets graves et réunir les gens les plus invraissemblables.
Using clean, simple pencil strokes, editorial cartoonist Patrick Chappatte wields globally literate and to-the-point humor on world events -- the tragic, the farcical and the absurd. Full bio »
Translated into French by Elisabeth Buffard
Reviewed by Xavier Olive
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17:55 Posted: Feb 2010
Views 292,981 | Comments 163
06:04 Posted: Mar 2009
Views 537,661 | Comments 100
11:11 Posted: Apr 2009
Views 117,561 | Comments 17
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