Donc, il y a 120 ans, Wilhelm Röntgen a fait une radio de la main de sa femme. Pourquoi il a du épingler ses doigts au sol avec sa broche, je n'en suis pas sûr. Ça me semble assez extrême. Cette image a marqué le début de la technologie des rayons X. Et j'utilise encore fondamentalement les mêmes principes aujourd'hui. Je l'interprète d'une façon plus contemporaine.
La première prise que j'ai faite était d'une canette de soda pour promouvoir une marque que l'on connaît tous, donc je ne vais pas leur rendre service en vous la montrant. Mais la deuxième prise que j'ai faite était des chaussures que je portais ce jour-là. Et j'aime vraiment beaucoup cette prise, parce que elle montre tous les détritus qui sont encastrés en quelque sorte dans la semelle des baskets. C'était juste un de ces coups de chance où la première prise est parfaite.
Passons à quelque chose d'un peu plus grand. Voici une radio d'un bus. Et le bus est rempli de gens. En réalité, c'est la même personne, un seul squelette. Et dans les années 60, ils enseignaient aux étudiants radiologues à faire des radios, heureusement pas sur vous et moi, mais sur des morts. Donc, j'ai réussi à avoir accès à un de ces morts, elle s'appelle Frieda ; j'ai bien peur qu'elle se désintègre, car elle est très vieille et fragile. Mais chaque personne sur ce bus est Frieda. Et le bus a été pris avec un scanner à cargaison, le genre de machines placées aux frontières, qui cherchent la contrebande, les drogues, les bombes, et autre.
Ce que c'est assez évident. Donc utiliser des objets de grande échelle crée une sorte de drame parce qu'on ne voit pas des radios de grandes choses aussi souvent que ça. La technologie avance. Et ces scanners à cargaison qui fonctionnent avec le système digital deviennent de plus en plus performants. Pourtant, pour l'animer il faut ajouter un élément humain. Et je crois que la raison pour laquelle cette image marche, c'est encore parce que Frieda conduit le bulldozer. (Rires)
Une tâche assez difficile, c'est de rendre un pantalon d'homme beau. Mais je crois que le processus en lui-même montre à quel point il est exquis. La mode, alors moi, je suis un peu anti-mode parce que je ne montre pas l'extérieur, je montre ce qu'il y a à l'intérieur. Donc les fashionistas ne m'aiment pas vraiment parce que peu importe que ce soit Kate Moss ou moi qui le porte, c'est la même chose. (Rires) On est tous pareils, à l'intérieur, croyez moi. Les plis dans l'étoffe, et toutes ces sortes de nuances. Et je montre les choses telles qu'elles sont vraiment, ce dont elles sont faites. J'épluche les couches et j'expose l'intérieur. Et si c'est bien fabriqué je le montre, si c'est mal fait, je le montre.
Et je suis sûr que Ross peut associer ça au design. Le design vient de l'intérieur. Pas juste de la surface. Les gens me regardent bizarrement quand je sors chercher mes accessoires. Un jour que j'étais en train de farfouiller dans le rayon lingerie d'un grand magasin, j'ai failli me faire escorter hors des locaux. Je vis en face d'une ferme. Et ça, c'était l'avorton de la portée, un porcelet qui est mort. Et ce qui est vraiment intéressant, c'est que si vous regardez les jambes, vous verrez que les os n'ont pas encore fusionné. Et si ce porcelet avait grandi, malheureusement il était mort, d'ailleurs il serait certainement mort quand même après avoir fait mes radios, avec la dose de rayonnements ionisants que j'ai utilisés. (Rires) Mais dès que les os auraient fusionnés, il aurait été en bonne santé.
Donc voilà une parka vide. Mais j'aime beaucoup la façon dont elle est posée. La nature est ma plus grande source d'inspiration. Et pour continuer sur un thème que l'on a déjà abordé un peu : comment la nature est reliée à l'architecture. Si vous observez le toit de l'Eden Project, ou la British Library, c'est la structure des rayons de miel. Et je suis sûr que ces architectes sont inspirés, tout comme moi, de ce qui nous entoure, par la nature. Ceci, en fait, est une feuille de nénuphar Victoria qui flotte à la surface d'un étang. Une amaryllis qui a vraiment l'air en trois dimensions. Des algues marines, qui flottent dans le reflux. Alors, comment je fais ça ? Et où ? Et caetera.
Voici ma nouvelle remise, construite exprès pour la radiographie. Et la porte d'entrée de ma pièce à rayons X est faite de plomb et d'acier. Elle pèse 1 250 kilogrammes et le seul sport que je fais c'est quand je l'ouvre et la ferme. (Rires) Les murs sont en béton massif, épais de 700 millimètres. Donc j'utilise pas mal de radiation. Beaucoup plus que vous n'en trouverez dans les hôpitaux ou chez le vétérinaire. Et me voilà. Ceci est un générateur de rayons X d'assez grande puissance. Ce qui est intéressant dans la radiation c'est, quand on y pense, c'est que cette technologie est utilisée pour trouver des signes de cancer, ou pour chercher de la drogue, ou de la contrebande, ou autre. Et j'utilise ce genre de technologie pour créer des choses assez belles.
Donc, je travaille toujours sur film, j'en ai bien peur. La technologie, dans le domaine de la radiologie, traité en grandeur nature, à part ces grands scanners à cargaison, n'a pas beaucoup évolué au niveau de la qualité des images et la résolution n'est pas assez bonne pour ce que je veux faire, c'est à dire montrer mes images en grand. Donc je dois utiliser un scanner à tambour des années 1980, qui a été conçu à l'époque où tout le monde prenait des photos sur pellicule. Il scanne chaque radio. Et ceci montre comment je procède pour mes radios grandeur nature. Donc, ceci est, encore, la robe de ma fille. Elle a encore l'étiquette de quand je l'ai achetée, comme ça je peux la rapporter si elle ne l'aime pas. Mais voilà quatre plaques radiographiques. Vous pouvez les voir se chevaucher.
Donc quand vous avancez à partir de quelque chose de plutôt petit, une robe de cette taille, jusqu'à quelque chose comme ça, ce qui est fait exactement de la même manière, vous pouvez voir que c'est beaucoup de travail. En fait, c'est trois mois de radio sans arrêt. Il y a près de 500 composants distincts. Boeing m'a envoyé un 747 en conteneurs. Et je leur ai renvoyé une radio. (Rires) Sans blague.
Ok, donc Frieda est mon squelette sans vie. Ceci, malheureusement, est, en gros, deux images. Une à l'extrême droite est la photographie d'un footballeur américain. Celle de gauche est une radio. Mais cette fois j'ai dû utiliser un vrai corps. Parce qu'il me fallait tout le tissu cutané pour que ça ait l'air réel, pour donner l'impression d'un vrai athlète. Donc ici, j'ai dû utiliser un corps récemment décédé. Et mettre la main sur ça était très difficile et laborieux. Mais les gens donnent leurs corps à l'art et à la science. Et quand ils le font, je suis dans la file d'attente. Donc j'aime les utiliser. (Rires)
La couleur. Alors la couleur ajoute un autre niveau aux radios. Ça les rend plus organiques, plus naturelles. C'est ce qui me passe par la tête, vraiment. Ce n'est pas précisément coloré comme dans la réalité. Je ne pense pas que cette fleur soit naturellement orange vif. Mais je l'aime bien en orange vif. Et aussi avec quelque chose de technique comme ces tables de DJ, ça ajoute un autre niveau en quelque sorte. Ça donne à une image en deux dimensions l'air d'être en trois dimensions.
Les choses les plus difficiles à radiographier, les choses les plus difficiles techniquement à radiographier sont les plus légères, les plus délicates. Pour avoir tous les détails d'une plume, croyez-moi, si vous avez quelques connaissances en radiographie, c'est vraiment un défi. Maintenant je vais vous montrer un petit film, je vais m'écarter.
Vidéo : (Musique) La chose à l'intérieur là, est très dangereuse. Si vous la touchez, vous pourriez mourrir du syndrome d'irradiation aiguë. Dans ma carrière, j'ai eu deux expositions aux rayonnements ionisants, et c'est déjà deux de trop, parce que ça reste à vie, c'est cumulatif.
(Musique) Ça a des connotations humaines. Le fait est que ceci est un jouet d'enfant, que nous reconnaissons tous, mais ça ressemble aussi à un robot, venant d'un genre de science-fiction. C'est surprenant que ça ait de l'humanité, mais aussi des cotés artificiels, futuristes, extraterrestres. Et ça fait un tout petit peu froid dans le dos.
(Musique) Le bus à été pris avec un scanner à cargaison, scanner utilisé aux frontières entre les pays, pour rechercher de la contrebande et des immigrants clandestins. Et le camion passe devant. Et ça le prend en tranches de radios d'un bout à l'autre. Et voilà comment c'est fait. C'est, en fait, tranche par tranche. C'est un peu comme un CT scan dans un hôpital. Par tranches. Et si vous regardez de plus près, il y a plein de petites choses. Il a des écouteurs, lui, il lit le journal, il porte un chapeau, des lunettes, un sac. Donc c'est ces petits détails font que ça fonctionne, le rendent plus vrai.
(Musique) Le problème quand on utilise une personne vivante, c'est que pour faire une radio, si je vous radiographie, vous serez exposés aux rayonnements ionisants. Donc, pour éviter ça, et je dois l'éviter d'une façon où d'une autre, j'utilise des morts. Alors, ça comprend une large panoplie de choses, de corps récemment décédés, à des squelettes utilisés par des étudiants en radiographie pour les entraîner à faire des radios du corps humain, à diverses densités.
(Musique) J'ai un équipement sophistiqué : des gants, des ciseaux et un seau.
(Musique) Je vais montrer comment la capillarité marche, comment elle se nourrit, je vais pouvoir montrer toutes les cellules dans cette tige. Parce qu'elle transfère sa nourriture de ses racines à ses feuilles. Regardez ce monstre.
(Musique) C'est très basique. C'est à l'état sauvage. C'est ce que j'aime beaucoup, le fait de pas avoir à l'acheter, et ça n'a pas été génétiquement modifié du tout. Ça arrive comme ça. Et la radio montre à quel point la nature peut être belle. Pas que ce soit particulièrement beau, quand vous le regardez avec l'oeil humain, la façon dont les feuilles se forment. Elles s'enroulent sur elles-mêmes. Donc la radio montrera le chevauchement dans ces petits coins. Plus l'objet est épais, plus la dose de rayonnement devra être forte, et plus ça prend du temps. Plus l'objet est fin, moins on aura besoin de rayonnement. Parfois, vous prolongerez la radiation, parce que c'est le temps qui donne les détails. Plus l'exposition est longue, plus vous aurez de détails.
(Musique) Si vous regardez ceci, juste le tube, c'est assez clair. Je pourrais l'assombrir un peu, mais tout le reste en souffrirait. Donc ces feuilles au bord commenceraient à disparaître. Ce que j'aime c'est à quel point les bords sont précis, nets. Oui, j'en suis assez content.
(Musique) Je voyage au delà de la surface et montre quelque chose pour ce qu'il est, ce dont il est réellement fait, comment il marche vraiment. Mais je trouve aussi que j'ai l'avantage d'enlever toute la surface, chose que les gens ont l'habitude de voir.
Et c'est le genre de chose que je fais. J'ai l'opportunité de vous montrer, là, ce que je vais faire dans le futur. Voilà une application commerciale de mon travail le plus récent. Et ce qui est bien avec ça, je pense, c'est que c'est comme, pour un instant, comme si vous vous étiez retourné, ayez eu la capacité de voir en radios, et que vous ayez pris une photo avec la caméra à rayons X. Malheureusement, je ne peux pas voir en rayons X. Par contre, je rêve en radios. Je vois mes projets dans mon sommeil. Et je sais à qui ils vont ressembler en radio, et je me trompe de peu.
Donc, que vais-je faire dans le futur? Eh bien, cette année marque le 50ème anniversaire de la Mini d'Issogonis. Une de mes voitures préférées. Donc, je l'ai démontée, composant par composant, des mois et des mois et des mois de travail. Et cette image, je vais l'exposer au musée Victoria and Albert comme une table lumineuse, attachée à la voiture. Donc je dois scier la voiture en deux, en son milieu, pas une tâche facile en soi. Et ensuite, donc vous pourrez entrer du côté conducteur, vous asseoir, et contre vous, il y aura un mur. Et si vous sortez et faites le tour jusqu'à l'autre côté de la voiture, vous verrez une représentation grandeur nature de la voiture, vous montrant comment elle marche.
Et je vais prendre cette idée et l'appliquer à d'autres choses un peu iconiques de ma vie. Par exemple, mon premier ordinateur fut un grand mouvement dans ma vie. Et j'avais un Mac Classic. C'est une petite boîte. Et je pense que ça ferait assez chouette en radio. Je cherche aussi à emporter mon travail de la forme bi-dimensionnelle à quelque chose un peu plus en trois dimensions. Et ça, c'est une assez bonne façon de le faire. Je travaille aussi maintenant avec de la vidéo en rayons X. Donc, si vous pouvez imaginer, quelques unes de ces fleurs, en train de bouger, de croître et pouvoir le filmer en radio, ce devrait être assez sensationnel. Et voilà, j'ai fini. Merci beaucoup. (Applaudissements)
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Nick Veasey montre d'immenses radiographies qui révèlent les extraordinaires rouages internes d'objets familiers -- de la géométrie d'une fleur sauvage à l'anatomie d'un Boeing 747. Produire ces images est dangereux et minutieux, mais la récompense en est un super-pouvoir : discerner ce que l'oeil humain ne peut pas voir.
Logging countless hours behind an X-ray machine, Nick Veasey illuminates the labyrinthine secrets hidden beneath the exteriors of everyday objects. Full bio »
Translated into French by Mia C.
Reviewed by Fabienne Der Hagopian
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17:32 Posted: Sep 2009
Views 816,904 | Comments 147
14:30 Posted: Feb 2009
Views 318,478 | Comments 71
14:53 Posted: Aug 2008
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