Je n'ai pas l'habitude de cet exercice, c'est très étrange pour moi. Je suis d'habitude de l'autre côté du rideau, et maintenant je ressens la pression que j'impose à mes acteurs... c'est vraiment dur. L'intervenant précédent a, je trouve, décrit de manière très juste le contexte dans lequel j'ai commencé mon travail ; ce qui me meut, ainsi que mon sentiment du vide, et ce désir de chercher une réponse aux questions fondamentales.
Mais le fait venir ici pour cette présentation me fait penser, me fait penser à un sculpteur que j'aime beaucoup, Giacometti, qui, après avoir vécu de nombreuses années en France, et appris, étudié et travaillé, est rentré chez lui et quand on lui a demandé "Qu'avez-vous produit ? Qu'avez-vous fait durant cette longue absence ?" Et pour réponse, il a montré une poignée de petites figurines. Et bien sûr ils ont réagi "C'est tout ce que vous avez fait de toutes ces années ? Nous attendions des chefs d'oeuvre impressionnants, vous voyez..." Mais ce qui m'a frappé, c'est lorsque j'ai compris que dans ces petites pièces était le résultat de la quête de toute une vie d'homme, ses pensées, tout. Simplement, à une échelle réduite, plus petite. D'une certaine manière, c'est ce que je ressens. J'ai l'impression de rentre à la maison pour parler de ce que j'ai fait à l'étranger depuis maintenant 20 ans. Je vais donc commencer par un avant-goût de ce qui m'a occupé. Une poignée de films, pas grand chose - deux long-métrages et une poignée de court-métrages. Alors, on va commencer avec ce premier extrait.
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Qu'est-ce que tu fais toute la journée ? Je lis. Tu ne t'ennuies pas ? Et pourquoi t'as pas de boulot, d'abord ? je suis retraité. Et ? Et donc j'ai fait ma part pour la Reine et pour le pays, et maintenant je travaille pour moi. Non, maintenant tu zones comme un clochard toute la journée. Parce que je fais ce que je veux ? Écoute, la lecture n'a jamais nourri personne. Et en particulier ne te fournit pas ton joint habituel. Elle nourrit mon esprit et mon âme. C'est une perte de temps de discuter avec toi, Marcus. T'es un rappeur, n'est-ce pas ? Ouais. Un poète des temps modernes. Ouais, on peut dire ça. Et alors, tu parles de quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ? C'est simple. Tu rappes sur quoi ? La vraie vie, man. Quelle vraie vie ? Ma putain de vraie vie. Parle moi de ta vraie vie. Le racisme, la récession, les gens comme moi qui n'ont jamais aucun répit. Et quelles solutions tu proposes ? Je veux dire, le rôle d'un poète, ce n'est pas juste de... La lutte contre le système. C'est simple. Faut dégager ces enculés. Avec un AK-47 ? Si j'en avais un, à fond ! Et combien de soldats as-tu recruté pour aller combattre avec toi ? Oh Marcus, tu vois ce que je veux dire. Quand un homme en est réduit à des insanités, c'est le signe certain de son incapacité à s'exprimer. Tu vois, tu commence à me faire chier maintenant. Les Panthers. Les Panthers ? Des mecs qui bougeaient leur cul, et qui en avaient ras-le-bol de tous ces partisans du pouvoir blanc, du baratin des puissants, et qui sont allé là-bas leur botter le cul à tous. Trop classe, mec. J'ai vu le film. Top ! Ben quoi ?
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Newton Aduaka : Merci. Dans le premier de ces extraits, j'ai tenté de capturer ce que le cinéma représente pour moi, et mes origines, en terme de cinéma. Dans le premier extrait, il y a cette jeune femme qui parle du Nigéria, qui imagine qu'elle pourrait y être heureuse. Ce sont les sentiments éprouvés par ceux qui sont loin de chez eux, et c'est quelque chose que j'ai enduré, vous savez, et que je continue à endurer. Je ne suis pas rentré chez moi depuis longtemps, environ cinq ans maintenant. Je suis à l'étranger depuis 20 ans au total. C'est donc vraiment sur une impulsion que ce film a été tourné en 1997, à l'époque de la dictature militaire d'Abacha, la pire période de l'Histoire post-coloniale du Nigéria. Et donc que cette fille ait ce type de rêves, incarne la manière dont nous préservons le sens de nos origines. C'est peut-être un peu romantique, mais je trouve ça très beau, parce que nous avons tous besoin de quelque chose à quoi nous raccrocher, particulièrement lorsqu'on vit dans une société où l'on se sent étranger.
Ceci nous emmène à l'extrait suivant, où le jeune homme parle du manque de possibilités pour une personne noire en Europe. Ce plafond de verre que nous connaissons tous, dont nous discutons tous, vous voyez. Et aussi de son quotidien. De nouveau, c'était mon - c'était moi qui parlait là, à cette période du "multiculturalisme" au Royaume-Uni, c'était le mot à la mode, et j'ai donc alors tenté d'exprimer ce que signifiait ce multiculturalisme dans la réalité du quotidien. Et ce qu'un enfant, un enfant comme Jamie, le jeune adolescent, pensait, avec toute cette colère accumulée en lui, et qu'est-ce que devient tout ça ? Ce que ça devient, c'est, bien sûr, de la violence, qui est ce que l'on voit quand on s'intéresse aux ghettos, quand on s'intéresse à South Central, à Los Angeles, ou à ce genre d'endroit. Qui finalement, lorsqu'elle est canalisée, devient parfois - - évolue et se manifeste dans des émeutes, comme celles d'il y a deux ans, en France, où je vis, qui ont choqué tout le monde, parce que les gens pensaient, "Bon, la France est une société généreuse". Mais j'ai vécu en Angleterre pendant 18 ans, et en France depuis près de 4 ans, et en réalité, j'ai l'impression d'avoir reculé de 20 ans en arrière, en vivant en France. Maintenant le troisième extrait, qui soulève pour moi la question : Que veut dire le cinéma pour toi ? Qu'est-ce que tu en fais ? Il y a un jeune réalisateur hollywoodien, avec ses amis, ses confrères cinéastes, qui discutent du sens que le cinéma a pour eux. Ceci nous emmène à mon dernier extrait, ce que le cinéma signifie pour moi. Ma vie a commencé comme -- j'ai commencé ma vie en 1966, quelques mois avant la guerre du Biafra, qui a duré 3 ans, 3 années de guerre. Et tout cela, toute mon enfance, fait écho et nous amène au prochain extrait.
Vidéo : Onicha, c'est l'heure de partir à l'école avec ton frère. Oui, maman. Soldats, vous allez livrer une bataille, vous devez donc être prêts à mourir. Vous devez ? Être prêts à mourir. Le succès, le changement, ne peuvent venir que par le canon du fusil. Le canon du fusil. Voici le fusil. Voici le fusil. Voici un AK-47. Voici votre vie. Voici votre vie. Voici... Voici... Voici votre vie. Ils nous ont donné ces drogues spéciales. On les appelait les ampoules. Des amphétamines. Vienne la pluie, vienne le soleil, le soldat y va. J'ai dit vienne la pluie, vienne le soleil, le soldat y va. On est allé d'un village à l'autre -- trois villages. Je ne me souviens plus comment nous sommes arrivés là. On a marché et marché pendant deux jours. On n'a pas mangé. Il n'y avait rien à manger, juste un peu de riz. Sans manger, j'étais malade. Les injections nous faisaient perdre la tête. Dieu nous pardonnera. Il sait qu'on ne savait pas ce qu'on faisait. On ne savait pas !
Vous souvenez-vous du 6 janvier 1999 ? Je ne me souviens pas.
Tu vas mourir ! Tu vas mourir ! (Hurlements) Onicha : Ezra ! (Ezra : Onicha ! Onicha !) ♫ On n'a pas besoin de plus de problèmes ♫ ♫ Plus de problèmes ♫ Ils ont tué ma mère. Ces fils de p... de Mandès. (Cris) Qui est-elle ? Moi. Pourquoi tu me donnes ça ? Pour que t'arrêtes de me fixer comme ça. Mon histoire est un peu compliquée. Ca m'intéresse. Mariam est enceinte. Tu sais ce que tu es ? Un crocodile. Grande gueule, petites pattes. Devant Rufus, tu es Ezra le lâche. Il ne prend pas soin de ses troupes. Troupes, rendez les derniers honneurs. Salut ! Ouvre les yeux, Ezra. Même un aveugle verrait les diamants finir dans sa poche. ♫ On n'a pas besoin de plus de problèmes ♫ Faites sortir ce crétin ! Je comprends que tu prépares une grosse offensive ? Ce doit être la mine. Ta nana est là. Bien joué, bien joué. C'est pour ça que t'es là, non ? Tu vas retourner au combat, n'est-ce pas ? ♫ On n'a pas besoin de plus de problèmes ♫ ♫ Plus de soucis ♫ ♫ On n'a pas besoin de plus de problèmes ♫ ♫ Plus de soucis ♫ Debout ! Tout le monde debout ! Un barrage sur la route ! ♫ On n'a pas besoin de plus de problèmes ♫
Nous espérons qu'avec votre aide et celle d'autres personnes, cette commission ira loin dans la compréhension des causes de la rébellion. Et surtout commencera un processus de guérison, et finalement mettra le point final à une terrible période de l'Histoire de ce pays. Le début de l'espoir. M. Ezra Gelehun, veuillez vous lever. Déclarez vos noms et âge à la commission. Je m'appelle Ezra Gelehun. J'ai 15 ou 16 ans, je ne sais plus. Demandez à ma soeur, c'est elle la sorcière, elle sait tout. 16 ans. M. Gelehun, je tiens à vous rappelez que vous n'êtes pas jugé, ici, pour des crimes que vous auriez commis. Nous combattions pour notre liberté. Si tuer en temps de guerre est un crime, alors il vous faut poursuivre tous les soldats du monde. La guerre est un crime, oui, mais ce n'est pas moi qui l'ai commencé. Vous aussi êtes un Général à la retraite, n'est-ce pas ? Oui, exact. Alors vous aussi devez subir être jugé. Notre gouvernement était corrompu. Le manque d'éducation était leur moyen de contrôler le pouvoir. Si je puis me permettre cette question : l'école est-elle payante dans votre pays ? Non. Vous êtes plus riches que nous. Mais nous, on doit payer l'école. Votre pays parle de démocratie. mais il soutient des gouvernements corrompus comme le mien. Pourquoi ? Parce que vous voulez nos diamants. Demandez si une seule personne dans cette pièce a déjà vu un vrai diamant. Non. M. Gelehun, je tiens à vous rappeler que vous n'êtes pas jugé ici, aujourd'hui. Vous n'êtes pas jugé. Alors laissez-moi partir. Je ne peux pas faire ça, mon garçon. Alors vous êtes un menteur.
NA : Merci. Très rapidement, ce que je voulais juste dire là, c'est que tandis que nous faisons tous ces grands progrès, ce que nous faisons, à mon sens - je veux dire, l'Afrique doit avancer, mais elle doit également se souvenir, afin que jamais cela ne recommence. Merci.
L'un des thèmes qui ressort très fortement dans cet extrait que nous venons de voir, est ce sens du traumatisme psychologique du jeune qui a interprété ce rôle d'enfant-soldat. Et compte tenu de l'endroit d'où vous venez, et quand on sait à quel point ce n'est pas pris aussi au sérieux que ce devrait l'être, qu'auriez-vous à en dire ?
NA : Au cours de mes recherches, j'ai été - j'ai vraiment passé un certain temps en Sierra Léone pour ces recherches. Et j'ai rencontré - je me souviens de nombreux enfants-soldats, des anciens combattants, comme ils aiment à être appelés. J'ai rencontré des psychologues qui travaillent avec eux, des psychiatres qui ont passé du temps avec eux, des travailleurs sociaux, des membres d'ONG, tout le bazar. Mais je me souviens, dans le vol de retour de mon dernier voyage là-bas, je me souviens avoir fondu en larmes, et m'être dit que si ces enfants, si n'importe quel enfant de l'Occident, du monde occidental, avait enduré ne serait-ce qu'une seule journée comme celles que ces enfants ont enduré, il serait suivi en thérapie pour le restant de ses jours. Alors pour moi, de savoir qu'il y a tous ces enfants, une génération entière, toute une génération d'enfants, qui ont subi un tel traumatisme psychologique, de tels dégâts ... et l'Afrique doit maintenant vivre avec. C'est pour souligner qu'il faut en tenir compte, quand on parle de tous ces grands progrès, quand on annonce toutes ces grandes réussites. Voici ce que je pense profondément.
EO : Merci encore d'avoir répondu à l'invitation de TED. C'était très émouvant.
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Le cinéaste Newton Aduaka présente des extraits de son second long-métrage puissant et lyrique, "Ezra", ou le parcours d'un enfant-soldat de Sierra Leone.
Newton Aduaka's award-winning Ezra, told through the eyes of a young boy in Sierra Leone, illuminates one of the most harrowing consequences of war: the recruitment of child soldiers. Full bio »
Translated into French by valerie osouf
Reviewed by Patrick Brault
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16:14 Posted: Jul 2008
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17:36 Posted: Sep 2007
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15:31 Posted: Aug 2007
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