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Pat Mitchell: Quelle est l'histoire de cette broche?
Madeleine Albright: C'est pour briser la glace, et le plafond de verre.
PM: Oh. C'est bien choisi, dirais-je, pour TEDWomen.
MA: Lorsque je me lève le matin, je passe la plus grande partie de mon temps à essayer d'imaginer ce qui va arriver. Et rien de cette histoire de broche n'aurait eu lieu s'il n'y avait pas eu Saddam Hussein. Je vais vous raconter ce qui s'est passé. J'étais ambassadeur aux Nations Unies. Et ça se passait après la Guerre du Golfe. Et j'étais un ambassadeur en mission. Et le cesser-le-feu s'était traduit par une série de résolutions, et mes instructions étaient de dire constamment des choses terribles sur Saddam Hussein, ce qu'il méritait -- il avait envahi un autre pays. Et donc soudain, dans les journaux de Bagdad est apparu un poème qui me comparait à beaucoup de choses, mais la plus incroyable, à un serpent sans égal. Et donc, j'ai décidé de porter une broche en forme de serpent. Donc, je la portais lorsque nous avons parlé de l'Irak. (Rires) Et lorsque je suis sortie pour rencontrer les journalistes ils m'ont foncé dessus et ont dit: "Pourquoi portez-vous ce serpent?" Et je leur ai dit: "Parce que Saddam Hussein m'a comparée à un serpent." Et puis j'ai pensé, c'est drôle. Et alors, je suis sortie et je suis allée acheter beaucoup d'autres broches qui reflèteraient, en effet, ce que je pensais que nous allions faire tel ou tel jour. Voilà, c'est comme ça que ça a commencé.
PM: Quelle est la taille de cette collection?
MA: Plutôt grande. Elle est actuellement en tournée. En ce moment elle est à Indianapolis, mais avant elle était au Smithsonian. Et elle s'accompagne d'un livre dont le titre est "Lisez mes broches"
PM: Quelle bonne idée! Je me souviens du temps où vous étiez la première femme Secrétaire d’État, et on parlait beaucoup de ce que vous portiez, de quoi vous aviez l'air -- ce qui arrive à beaucoup de femmes, spécialement quand elles sont les premières à recouvrir une fonction. Quels sont vos sentiments sur tout ça?
MA: Eh bien, en fait, c'est plutôt irritant parce que personne ne décrit jamais ce qu'un homme porte mais les gens faisaient très attention à mes vêtements. Ce qui était intéressant était que, avant que je n'aille à New York comme ambassadeur aux Nations Unies j'ai parlé avec Jeane Kirkpatrick qui avait été ambassadeur avant moi, et elle m'a dit: "Tu dois te débarrasser de tes vêtements de professeur. Aie l'air d'une diplomate." Et cela m'a donc donné de nombreuses occasions de faire du shopping. Malgré ça, il y avait toujours des questions du genre, portiez-vous un chapeau? quelle était la longueur de votre jupe? Et une chose -- si vous vous souvenez, Condoleezza Rice portait des bottes à une occasion, et elle a été critiquée pour ça. Et aucun homme n'est jamais critiqué. Mais ça c'est le moindre des problèmes.
PM: Il s'agit, pour nous tous, hommes et femmes, de trouver nos façons de définir nos rôles, et de les accomplir de manière à ce qu'ils fassent une différence dans le monde et agissent sur le futur. Comment avez-vous géré cet équilibre entre être la voix diplomatique et forte de ce pays dans le reste du monde et aussi comment vous sentiez-vous dans votre rôle de mère, de grand-mère? Comment avez-vous géré tout ça?
MA: Ce qui est intéressant, c'est qu'on m'a posé la question de ce que ça faisait d'être la première femme Secrétaire d’État quelques minutes après ma nomination. Et j'ai dit: "Je suis une femme depuis 60 ans, mais je suis Secrétaire d’État depuis quelques minutes seulement." Et ça a évolué. (Rires) Mais en fait, j'adore être une femme. et ce qui s'est passé -- et il y aura certainement des personnes du public qui vont se retrouver dans ceci-- Je suis allée à mon premier rendez-vous, le premier à l'ONU et c'est là que tout a commencé parce que c'est une organisation très masculine. Je suis assise là -- il y a 15 membres du Conseil de Sécurité -- donc 14 hommes étaient assis et me dévisageaient, et j'ai pensé -- vous savez bien comment nous sommes. Vous voulez avoir une impression générale de la pièce et faire en sorte que les gens m'apprécient et vais-je vraiment dire quelque chose d'intelligent? Et d'un coup je me suis dit, attends une minute. Je suis assise derrière une étiquette qui dit "États-Unis." Et si je ne parle pas aujourd'hui, alors la voix des États-Unis ne sera pas entendue. Et c'était la première fois que j'avais ce sentiment que je devais sortir de moi-même de mes manières habituelles, de femme réticente et j'ai décidé que je devais parler au nom de notre pays. Et cela arriva plus souvent et à différents moments, mais je pense vraiment qu'il y avait un avantage de plusieurs façons à être une femme. Je pense que nous sommes beaucoup plus efficaces dans les relations personnelles, et nous avons la capacité évidemment de dire les choses comme elles sont lorsque c'est nécessaire. Mais je dois vous dire une chose, ma petite fille, la plus jeune, lorsqu'elle a eu sept ans l'année dernière, elle a dit à sa mère, ma fille: "Et alors, quel est le problème que grand-maman Maddie soit Secrétaire d’État? Seulement les filles sont Secrétaires d’État."
PM: Parce que durant sa vie -- (MA: C'était comme ça.)
Quel changement. Quand vous voyagez maintenant dans le monde entier, ce que vous faites souvent, comment évaluez-vous ce récit mondial sur l'histoire des femmes et des filles? Où en sommes-nous?
MA : Je pense que nous changeons lentement, mais il est évident qu'il y a des zones entières dans des pays où rien n'est différent. Et donc cela signifie que nous devons nous rappeler que, alors que beaucoup d'entre nous avons eu d'immenses opportunités -- et Pat, vous avez été un véritable leader dans votre domaine -- il y a de nombreuses femmes qui ne sont pas capables de s'inquiéter et de prendre soin d'elles-mêmes et de comprendre que des femmes doivent aider d'autres femmes. Et donc ce que j'ai ressenti -- et j'ai examiné cela à partir d'un problème de sécurité nationale -- quand j'étais Secrétaire d’État, j'ai décidé que les questions des femmes devaient être au centre de la politique étrangère américaine, pas seulement parce que je suis féministe, mais parce que je crois que les sociétés sont avantagées quand les femmes ont des pouvoirs politiques et économiques, que des valeurs sont transmises, la situation de santé est meilleure, l'éducation est meilleure, il y a une plus grande prospérité économique. Je pense donc que nous devons -- ceux d'entre nous qui vivons dans divers pays où nous avons une voix économique et politique -- nous devons aider d'autres femmes. Et je me suis vraiment consacrée à cela, à la fois aux Nations Unies et ensuite comme Secrétaire d’État.
PM : Et avez-vous rencontré des résistances en en faisant un point central de politique étrangère?
MA : De la part de certains. Je pense qu'ils croyaient que c'était une question "soft". Au final, j'ai décidé qu'en fait les questions des femmes étaient les questions les plus difficiles, parce qu'elles ont celles qui concernent la vie et la mort sous tant d'aspects -- et parce que, comme je l'ai dit, c'est vraiment central à la manière dont nous considérons les choses. Maintenant par exemple, certaines des guerres qui ont eu lieu quand j'étais en fonction, dans beaucoup d'entre elles les femmes en étaient les principales victimes. Par exemple, quand j'ai commencé, il y avaient des guerres dans les Balkans. Les femmes en Bosnie se faisaient violer. Nous avons alors réussi à mettre en place un tribunal pour les crimes de guerre pour traiter spécifiquement ce genres de problèmes. Et d'ailleurs, une des choses que j'ai faites à ce stade était, je venais juste d'arriver aux Nations Unies, et quand j'y étais, il y avait 183 pays aux Nations Unies. Il y en a maintenant 192. Mais c'était l'une des premières fois où je n'avais pas à faire la cuisine moi-même. Alors j'ai dit à mon assistant: "Invitez les autres représentantes permanentes." Et j'ai pensé que quand je me rendrais dans mon appartement, il y aurait de nombreuses femmes. J'arrive, et il y a 6 autres femmes, sur 183 représentants. Donc les pays qui avaient des femmes comme représentants étaient le Canada, Le Kazakhstan, les Philippines, Trinidad et Tobago, la Jamaïque, le Liechtenstein et moi. Alors comme j'étais américaine, j'ai décidé d'organiser un caucus. (Rires) Et nous l'avons donc organisé, et nous nous sommes appelées le G7.
PM : Est-ce l’abréviation de Girl Seven? [Septième fille] (MA: Girl Seven.)
Et nous avons fait pression au nom des questions des femmes. Nous avons donc réussi à obtenir 2 juges femmes dans ce tribunal de crimes de guerre. Et ensuite, ce qui s'est passé, c'est qu'elles ont pu déclarer que le viol était une arme de guerre, que c'était un crime contre l'humanité.
PM : Et donc quand vous regardez autour de monde et que vous voyez ça, dans de nombreux cas -- certainement dans le monde ccidental -- les femmes évoluent vers plus de positions de leadership, et même dans d'autres endroits des barrières sont abattues, mais il y a encore tant de violence, encore tant de problèmes, et pourtant nous entendons dire qu'il y a plus de femmes aux tables des négociations. Et vous étiez à ces tables des négociations quand il n'y en avait pas, quand il y avait peut-être vous -- une voix, peut-être une ou deux autres. Croyez-vous, et pouvez-vous nous dire pourquoi, qu'il va y avoir un changement significatif dans les choses comme la violence et la paix et les conflits et les résolutions de façon durable?
MA : Et bien je pense vraiment, quand il y a plus de femmes, que le ton des conversations change, et aussi que les buts de la conversations changent. Mais ça ne signifie pas que le monde entier serait bien meilleur s'il était entièrement dirigé par des femmes. Si vous pensez ça, vous avez oublié le lycée. (Rires) Mais au final il y a une manière, quand il y a plus de femmes à la table, qu'on essaye de développer une certaine compréhension. Alors par exemple, ce que j'ai fait quand je suis allée au Burundi, nous avons rassemblé des femmes tutsi et hutu pour parler des problèmes qui s'étaient passés au Rwanda. Et donc je pense que la capacité des femmes à se mettre -- je pense que nous sommes meilleures quand il s'agit de se mettre à la place de l'autre. et d'avoir plus d'empathie. Je pense que ça aide en termes de soutien s'il y a d'autres femmes dans la pièce.
Quand j'étais Secrétaire d’État, il y avait seulement 13 autres femmes ministres des affaires étrangères. Et donc c'était bien quand l'une d'elles venait. Par exemple, elle est maintenant présidente de la Finlande, mais Tarja Halonen était ministre des affaires étrangères de Finlande et, à un certain stade, à la tète de l'Union Européenne. Et c'était vraiment génial. Parce qu'une des choses que je pense que vous comprendrez. Nous sommes allées à une réunion, et les hommes de ma délégation, quand je disais: "J'ai le sentiment que nous devrions faire quelque chose pour ça," disaient "Que voulez-vous dire par 'j'ai le sentiment'?" Et alors ensuite Tarja était assise en face de moi à la table. Et soudain nous parlions de contrôle de l'armement, et elle a dit, "J'ai le sentiment que nous devrions faire ça." Et mes collègues masculins ont soudain tout compris. Mais je pense que ça aide vraiment d'avoir une masse critique de femmes dans une série de postes d'affaires étrangères. L'autre chose que je trouve très importante : une grande part de la politique de sécurité nationale ne concerne pas seulement la politique étrangère, mais aussi les budgets, les budgets militaires, et la façon dont les dettes des pays fonctionnent. Donc si vous avez des femmes dans divers postes de politique étrangère, elles peuvent se soutenir mutuellement quand il y a des décisions budgétaires prises dans leurs propres pays.
PM : Alors comment obtenir cet équilibre que nous cherchons dans le monde? Plus de voix de femmes à la table? Plus d'hommes qui croient que l'équilibre est meilleur?
MA : Et bien je pense une chose : je préside le comité de direction d'une organisation appelée le National Democratic Institute qui travaille pour soutenir les femmes candidates. Je pense que nous avons besoin d'aider dans d'autres pays à former des femmes aux fonctions politiques, à comprendre comment elles peuvent en fait développer des voix politiques. Je pense que nous avons aussi besoin de soutenir les créations d'entreprises et de nous assurer que les femmes s'entre-aident. Maintenant j'ai un dicton auquel je crois vraiment fort, parce que j'ai un certain âge et quand j'ai commencé ma carrière, croyez-le ou non, il y avait d'autres femmes qui me critiquaient : "Pourquoi ne faites-vous pas la queue pour le covoiturage? ou "Vos enfants ne souffrent-ils pas du fait que vous n'êtes pas là tout le temps?" Je pense que nous avons tendance à nous faire sentir coupable les unes les autres. En fait, je pense que "culpabilité" est le deuxième prénom de toutes les femmes. Et je crois donc que ce que nous devons faire, c'est de nous entraider. Et ma devise est qu'il y a une place réservée en enfer pour les femmes qui ne s'entraident pas.
PM : Et bien madame le Secrétaire Albright, je crois que vous irez au paradis. Merci d'avoir été avec nous aujourd’hui.
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Ancien secrétaire d'état, Madeleine Albright parle franchement de politique et de diplomatie, et démontre que les questions des femmes méritent une place au centre de la politique étrangère. Loin d'être une question mineure, dit-elle, les questions des femmes sont souvent les plus difficiles, concernant directement la vie et la mort. Une séance de questions-réponses franche et drôle avec Pat Mitchell du Paley Center.
Since leaving office as US Secretary of State in 2001, Madeleine Albright has continued her distinguished career in foreign affairs as a businesswoman, political adviser and professor. Full bio »
Translated into French by Elisabeth Buffard
Reviewed by Els De Keyser
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16:34 Posted: Jun 2009
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