Beau Lotto : Alors, ce jeu est très simple. Tout ce que vous avez à faire, c'est lire ce que vous voyez. D'accord ? Donc, je vais compter pour vous, pour que nous ne le fassions pas tous en même temps.
Ok, un, deux, trois. Public : Pouvez-vous lire ça ?
BL: Fantastique. Et ça ? Un, deux, trois. Public : Vous ne lisez pas ça.
BL : Très bien. Un, deux, trois. (Rires) Si vous étiez portugais, n'est-ce pas ? Et ça ? Un, deux, trois.
BL : Que lisez-vous ? Il n'y a pas de mots ici. J'ai dit, « Lisez ce que vous voyez ». C'est écrit, « Qu li e v us ? » (Rires), n'est-ce pas ? C'est ce que vous auriez dû dire. Non ? Et pourquoi ?
C'est parce que la perception se fonde sur notre vécu. Le cerveau prend des informations qui n'ont pas de sens et en extrait la signification, ce qui veut dire que nous ne voyons jamais ce qui est là ; nous ne voyons jamais les informations, nous ne voyons que ce qui était utile dans le passé. D'accord ? Ce qui veut dire, qu'en ce qui concerne la perception, nous sommes tous comme cette grenouille. (Rires) Elle reçoit des informations. Le comportement qui s'ensuit est quelque chose d'utile. (Rires) (Rires)
(Vidéo) Homme: Ah! Ah! (Rires) (Applaudissements)
BL : Et parfois, quand les choses ne tournent pas comme on veut, ça nous énerve un peu, pas vrai? Mais ici nous parlons de perception. Et la perception sous-tend tout ce que nous pensons, tout ce que nous savons, tout ce que nous croyons ; nos espoirs, nos rêves, les vêtements que nous portons, tomber amoureux, tout commence avec la perception. Alors, si la perception prend sa source dans notre histoire, cela signifie que nous ne réagissons qu'à ce que nous avons déjà fait auparavant. Mais en fait, c'est un énorme problème, car comment pourrons-nous un jour voir les choses autrement ?
Alors, je veux vous raconter une histoire sur différentes visions, et sur comment toute nouvelle perception commence de la même façon. Cela commence par une question. Le problème avec les questions, c'est qu’elles créent des incertitudes. Alors, l'incertitude est une très mauvaise chose. Du point de vue de l'évolution, c’est quelque chose de mauvais. Si vous n'êtes pas sûr que ce soit un prédateur, c'est trop tard. N'est-ce pas ? (Rires) Même le mal de mer est une conséquence de l'incertitude, pas vrai ? Si vous allez sous un bateau, votre oreille interne vous dit que vous bougez. Vos yeux, parce qu'ils bougent à l'unisson avec le bateau, vous disent que vous êtes immobile. Votre cerveau ne peut pas gérer l'incertitude de cette information et ça le rend malade. La question « pourquoi ? » est l'une des choses les plus dangereuses que vous pouvez faire, parce qu'elle vous entraine dans l'incertitude. Et pourtant, l'ironie est que la seule façon de faire quelque chose de nouveau, c'est de rentrer dans cet espace. Alors comment pouvons-nous, un jour, faire quelque chose de nouveau ? Alors, heureusement, l'évolution nous a donné une réponse, pas vrai ? Et cela nous permet de faire face même aux questions les plus difficiles. Ce sont celles qui remettent en cause les choses que nous pensons déjà être vraies. C'est facile de poser des questions sur la façon dont la vie commence, ou sur ce qui s'étend au-delà de l'univers, mais de questionner ce que vous pensez être vrai, c'est vraiment pénétrer dans cet espace.
Alors quelle est la réponse de l'évolution au problème de l'incertitude ? C'est le jeu. Alors le jeu n'est pas seulement un processus. Les spécialistes du jeu vous diront que c'est en fait une manière d'être. Le jeu est le seul effort humain où l'incertitude est vraiment célébrée. L'incertitude est ce qui rend le jeu amusant. Pas vrai ? C'est adaptable au changement, n'est-ce pas ? Ça ouvre des possibilités, et c'est de la coopération. C'est en fait notre façon de créer des liens sociaux, et c'est intrinsèquement motivé. Ce qui signifie que nous jouons pour jouer. Le jeu est sa propre récompense.
Alors si vous regardez ces cinq manières d'être, ce sont exactement les mêmes dont vous avez besoin pour être un bon scientifique. La science n'est pas définie par la partie "méthode" d'un article. C'est en fait une façon d'être, qui est ici, et c'est vrai de tout ce qui est créatif. Donc si vous ajoutez des règles à un jeu, vous obtenez un jeu à règles. C'est exactement ce qu'est une expérimentation.
Donc armé de ces deux idées, qui sont que la science est une façon d'être et que les expérimentations sont un jeu, on s'est demandé, est-ce que tout le monde peut devenir un scientifique ? Et à qui demander de mieux qu'à 25 enfants âgés de 8 à 10 ans ? Parce que ce sont des spécialistes en jeu. Donc j'ai emmené ma ruche dans une petite école du Devon, et le but de ça, ce n'était pas seulement d'amener les enfants à voir la science différemment, mais de se voir différemment, à travers la science.
La première étape était de poser une question.
Alors, je dois dire que nous n'avons pas eu de fonds pour cette étude parce que les scientifiques disaient que les enfants ne pouvaient pas contribuer à la science, et les enseignants disaient que les enfants ne pourraient pas le faire. Alors nous l'avons fait quand même. Pas vrai ? Bien sûr.
Alors, voici quelques-unes des questions. Je les ai mises en minuscules pour que vous ne vous embêtiez pas à les lire. Le fait est que cinq des questions posées par les enfants étaient en fait les bases des publications scientifiques des cinq à quinze dernières années. Donc ils ont posé des questions qui étaient importantes pour les experts scientifiques.
Alors maintenant, je voudrais partager la scène avec quelqu'un de très spécial. C'était une des jeunes filles impliquées dans cette étude, et elle est maintenant l'une des plus jeunes scientifiques au monde, à être publié. D'accord ? Maintenant, une fois qu'elle sera montée sur scène, elle va devenir la plus jeune personne à parler à TED. Alors, la science et questionner, ça à avoir avec le courage. Alors, elle est le courage personnifié, parce qu'elle va se tenir ici and parler devant vous tous. Donc, Amy, peux-tu monter s'il-te-plaît ? (Applaudissements) (Applaudissements) Donc, Amy va m'aider à raconter l'histoire de ce que l'on appelle le Projet Abeilles de Blackawton, et d'abord elle va vous dire la question qu'ils se sont posée. Allez vas-y, Amy.
Amy O'Toole: Merci, Beau. Nous avons pensé qu'il était simple de voir le lien entre les humains et les primates dans notre façon de penser, parce que nous nous ressemblons. Mais nous nous sommes demandé s'il y avait un lien possible avec d'autres animaux. Ce serait incroyable si les humains et les abeilles pensaient de la même façon, dans la mesure où elles semblent si différentes de nous. Donc nous avons posé la question si les humains et les abeilles pouvaient résoudre des problèmes complexes de la même façon. Nous voulions vraiment savoir si les abeilles pouvaient aussi s'adapter à de nouvelles situations en utilisant des règles et conditions apprises auparavant Et si les abeilles pensaient comme nous ? Eh bien, ce serait incroyable, dans la mesure où nous parlons d'un insecte avec seulement un million de cellules du cerveau. Mais en fait, c'est parfaitement compréhensible qu'elles le puissent parce que les abeilles, comme nous, peuvent reconnaître une bonne fleur quel que soit l'heure du jour, la lumière, le temps, ou l'angle sous lequel elles l'approchent. (Applaudissements)
BL : Donc l'étape suivante était de concevoir une expérimentation, sous forme de jeu. Donc, les enfants se sont lancés et ils ont conçu cette expérimentation, et donc -- bon, le jeu -- et donc Amy, pouvez-vous nous dire ce qu'était le jeu, et l'énigme que vous avez fait pour les abeilles?
AO: L'énigme que nous avons fait était une règle du "si-donc". Nous avons demandé aux abeilles non seulement d'apprendre à aller vers une certaine couleur, mais seulement vers une fleur d'une certaine couleur quand elle était dans un schéma précis. Elles étaient récompensées seulement si elles allaient vers des fleurs jaunes si les fleurs jaunes étaient entourées de bleu ou si les fleurs bleues étaient entourées des jaunes. Alors il y a un certain nombre de règles que les abeilles peuvent apprendre pour résoudre cette énigme. La question intéressante est : laquelle ? Ce qui était vraiment excitant par rapport à ce projet, c'était que nous, et Beau, n'avions aucune idée si cela allait fonctionner ou pas. C'était complètement nouveau, et personne ne l'avait fait auparavant, même les adultes. (Rires)
BL : même les enseignants, et c'était vraiment dur pour les enseignants. C'est facile pour un scientifique de se lancer et de ne pas savoir où il va, parce que c'est ce que nous faisons en laboratoire, mais pour un enseignant ne pas savoir ce qui va se passer à la fin de la journée -- donc la plupart du mérite revient à Dave Strudwick, qui était le collaborateur sur ce projet. D'accord? Donc je ne vais pas énumérer tous les détails de la recherche parce que vous pouvez en fait la lire, mais la prochaine étape c'est l'observation. Donc voici quelques-uns des élèves en train de faire des observations. Ils enregistrent des données concernant le lieu où les abeilles volent.
(Vidéo) Dave Strudwick: Donc ce que nous allons faire - Elève : 5C.
Dave Strudwick: Est-ce qu'elle continue là ? Elève : Ouais.
Dave Strudwick : Donc vous suivez chacune d'elle. Elève : Henri, tu peux m'aider ici ?
BL: « Tu peux m'aider, Henry ? » Quel scientifique dit ça, n'est-ce pas ?
Elève : Il y en a deux là. Et trois ici.
BL : D'accord ? Donc nous avons nos observations. Nous avons nos données. Ils font des mathématiques simples, ils font des moyennes, etc... Et maintenant, nous voulons partager ça. C'est la prochaine étape. Donc nous allons écrire ça et essayer de le faire publier. D'accord ? Nous devons donc l'écrire. Alors, nous allons bien sûr au pub. Pas vrai ? (Rires) Celui à gauche, c'est le mien, d'accord ? (Rires)
Alors, je leur dis, un article a quatre parties différentes : une introduction, une partie méthode, une partie résultat et une partie discussion. Dans l'introduction on a: quelle est la question et pourquoi ? dans la partie méthode: qu'avez-vous fait ? Dans les résultats: qu'avez-vous observé ? Et dans la discussion, c'est... : on s'en fiche ? non ? C'est ça un article scientifique. (Rires)
Donc les enfants me dictent les mots, d'accord ? Je les transcris en phrases, ce qui veut dire que cet article est écrit dans un langage d'enfant. Il n'est pas écrit par moi. Il est écrit par Amy et les autres élèves de la classe. Par conséquent, cet article scientifique commence par : « Il était une fois... » (Rires) Pour la partie « résultats », ça donne : « phase d'entraînement, le puzzle... tin, tin, tinnnn. » D'accord? (Rires) Et la partie méthode dit : « Ensuite nous avons mis les abeilles dans le frigo et nous avons fait une tarte d'abeilles », smiley. (Rires) C'est un article scientifique. Nous allons essayer d'être publié. Donc voici la page de présentation. Nous avons un certain nombre d'auteurs ici. Tous ceux en gras ont entre huit et dix ans. Le premier auteur est l'Ecole Primaire de Blackawton, parce que s'il est un jour référencé, ce serait « Blackawton et al », et pas seulement un individu. Donc on l'envoie à un journal grand public, and voici ce que ça dit. Ça disait beaucoup de choses, mais ça disait surtout ça. « Je crains que votre article n'ait pas rempli plusieurs de nos critères de qualité. » (Rires) En d'autres termes, ça commence par « Il était une fois, » les données sont au pastel, etc... (Rires)
Donc on s'est dit que on allait le faire réviser. Alors, je l'ai envoyé à Dale Purves, qui est, à l'Académie Nationale des Sciences, un des neuroscientifiques les plus renommés du monde, et il a dit : « C’est l'article scientifique le plus original que j'ai jamais lu » -- (Rires) -- « et il mérite une large couverture. » Larry Maloney, un expert en vision, a dit: « Cet article est magnifique. Ce travail serait susceptible d'être publié s'il était fait par des adultes. »
Alors qu'avons-nous fait ? Nous l'avons renvoyé à l'éditeur. Ils ont dit Non. Donc nous avons demandé à Larry et Natalie Hempel d'écrire un commentaire pour resituer les trouvailles pour les scientifiques, d'accord, inclure les sources et nous l'avons envoyé à Biology Letters. Et là, il a été relu par cinq juges indépendants, et il a été publié. Ok ? (Applaudissements) (Applaudissements)
Ça a pris quatre mois pour le côté scientifique, deux ans pour se faire publier. (Rires) Typiquement scientifique, pas vrai ? Donc ce qui fait d'Amy et ses amis, les plus jeunes scientifiques à être publiés dans le monde. Quelle a été la réaction ? Eh bien, ça a été publié deux jours avant Noël, téléchargé 30000 fois le premier jour, hein ? C'était le Choix Editorial dans Science, qui est un des meilleurs magazines scientifiques. C'est désormais accessible gratuitement sur Biology Letters. C'est le seul article qui sera toujours accessible gratuitement dans ce journal. L'année dernière, c'était le deuxième article le plus téléchargé par Biology Letters, et ce retour venait non seulement des scientifiques et des enseignants mais aussi du public. Et je vais juste vous lire une chose.
« J'ai lu 'Les Abeilles de Blackawton' récemment. Je n'ai pas de mots pour exprimer ce que je ressens en ce moment. ce que vous avez fait est réel, vrai et stupéfiant. La curiosité, l'intérêt, l'innocence et le zèle sont les choses les plus basiques et importantes pour faire de la science. Qui, plus que les enfants, peut avoir ses qualités ? Je vous prie de féliciter les enfants de votre équipe de ma part. »
Donc j'aimerais conclure avec une métaphore physique. Je peux le faire sur vous ? (Rires) Oh, ouais, ouais, ouais, allez. Ok. Alors, la science, c'est prendre des risques et ça, c'est un risque incroyable, n'est-ce pas ? (Rires) Pour moi, pas pour lui, n'est-ce pas ? Parce que nous avons seulement fait ça une fois avant. (Rires) Et vous aimez la technologie, n'est-ce pas ?
Shimon Schocken : oui, mais je m'aime aussi.
BL : C'est l'exemple même de la technologie. Oui. D'accord. Alors... (Rires) D'accord. (Rires)
Maintenant, nous allons faire une petite démonstration, d'accord ? Vous devez fermer les yeux, et vous devez montrer où vous m'entendez taper des mains. D'accord ?
Ok, et si tout le monde là-bas crie. Un, deux, trois ?
Fantastique. Maintenant, ouvrez les yeux. Nous allons le faire encore une fois. Là-bas, criez. (Cris) D'où vient le son ? (Rires) (Applaudissements)
Merci beaucoup. (Applaudissements)
Quel est l'intérêt ? L'intérêt, c'est ce que la science fait pour nous. Pas vrai. Normalement, nous traversons la vie en réponse à quelque chose, mais si nous voulons faire quelque chose de différent, nous devons mettre un pied dans l'incertitude. Quand il a ouvert les yeux, il a pu voir le monde de façon différente. C'est ce que la science nous offre. Elle offre la possibilité de mettre un pied dans l'incertitude à travers le jeu.
Maintenant, je pense que la vraie éducation aux sciences devrait consister à donner une voix aux gens et leur permettre d'exprimer cette opinion, Donc j'ai demandé à Amy d'être la dernière voix dans cette courte histoire. Alors, Amy ?
AO : Ce projet était vraiment excitant pour moi, parce qu'il a donné vie au processus de découverte, et il m'a montré que tout le monde, et je dis bien tout le monde, a le potentiel de découvrir quelque chose de nouveau, et qu'une petite question peut mener à une grande découverte. Changer la façon dont une personne pense à propos de quelque chose peut être facile ou difficile. Tout dépend de la façon dont la personne ressent le changement. Mais changer la façon dont je considérais la science, c'était étonnamment facile. Dès que nous avons joué aux jeux et avons commencé à penser à l'énigme, j'ai alors réalisé que la science n'est pas seulement une matière ennuyeuse, et que tout le monde peut découvrir quelque chose de nouveau. Vous avez juste besoin d'une opportunité. Mon opportunité est arrivée avec Beau, et le projet des Abeilles Blackawton.
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Qu'est-ce que la science et le jeu ont en commun ? Le neuroscientifique Beau Lotto pense que tout le monde (les enfants aussi) devraient participer à la science et, à travers le processus de découverte, changer de perception. Il est assisté par Amy O'Toole, 12 ans, qui, avec 25 de ses camarades, le premier article révisé par leurs pairs, des élèves, sur le projet des Abeilles de Blackawton. Ça commence par : « Il était une fois... »
Amy O'Toole is a 12-year-old student who helped run a science experiment inspired by Beau Lotto's participative science approach. At age 10 she became one of the youngest people ever to publish a peer-reviewed science paper. Full bio »
Beau Lotto is founder of Lottolab, a hybrid art studio and science lab. With glowing, interactive sculpture -- and old-fashioned peer-reviewed research--he's illuminating the mysteries of the brain's visual system. Full bio »
Translated into French by Sirika YONG
Reviewed by Anna Cristiana Minoli
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16:16 Posted: Jan 2012
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14:56 Posted: Jun 2012
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04:40 Posted: Nov 2011
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