Aux États-Unis, la discussion sur l’énergie se résume en une question : préféreriez-vous mourir à cause A) de guerres pétrolières, B) des changements climatiques, C) d’un holocauste nucléaire, ou D) de toutes ces réponses? Oh, j’en oubliais une : E) d’aucune de ces réponses? On ne nous la propose généralement pas, celle-là. Et si nous pouvions amener l’énergie à faire notre travail sans que cela ne nous conduise à notre perte? Pourrions-nous avoir du carburant sans craintes? Pourrions-nous réinventer le feu?
Voyez-vous, le feu nous a rendus humains; les combustibles fossiles nous ont rendus modernes. Mais maintenant, nous avons besoin d’un nouveau feu qui nous sécurise, nous garde en bonne santé et endurants. Voyons comment.
80 % de l’énergie mondiale provient toujours de la combustion chaque année de 16 kilomètres cubes des restes décomposés de matières gluantes primitives provenant des marécages. Ces combustibles fossiles ont bâti notre civilisation. Ils ont créé notre richesse. Ils ont enrichi la vie de milliards de personnes. Mais ils ont aussi un coût croissant pour notre sécurité, notre économie, notre santé et notre environnement qui commencent tous à s’éroder, au-delà de leurs bienfaits.
Nous avons donc besoin d’un nouveau feu. Et passer de l’ancien au nouveau feu sous-entend d’importants changements dans l’histoire du pétrole et de l’électricité, chacun d’eux volatilisant 40 % du carbone fossile. Mais ils sont passablement différents.
Moins de 1 % de notre électricité provient du pétrole, mais quasiment la moitié provient du charbon. Leurs utilisations sont plutôt concentrées. 75 % de notre combustible pétrolier sert au transport. 75 % de notre électricité alimente les immeubles. Et le reste des deux fait tourner les usines. Donc des véhicules, immeubles et usines très efficaces font économiser du pétrole et du charbon, et aussi du gaz naturel qui peut supplanter l’un ou l’autre.
Mais le système énergétique actuel n’est pas seulement inefficace, il est aussi déconnecté, vieillissant, polluant et peu sûr. Il a besoin de renouveau. Mais d’ici 2050, il pourrait devenir efficace, connecté et bien réparti si des voitures, usines et immeubles d’une élégante sobriété reposaient tous sur un système électrique moderne, sûr et résilient.
Nous pouvons nous affranchir de notre dépendance au pétrole et au charbon d’ici 2050 et utiliser 1/3 de gaz naturel en moins en consommant de façon efficace et en nous tournant vers des réserves renouvelables. Cela pourrait coûter, d’ici 2050, cinq billions de dollars de moins, en valeur nette actuelle (une somme forfaitaire aujourd’hui) que de maintenir le statu quo, en supposant que les émissions de carbone et tout autre coût, caché ou externe, soient nuls, une estimation assez prudente. Pourtant ce système énergétique économique pourrait soutenir une économie des États-Unis 158 % plus importante sans avoir besoin de pétrole ou de charbon, ni même d’énergie nucléaire. De plus, cette transition ne nécessite aucune nouvelle invention, aucune résolution du Congrès et aucune nouvelle taxe fédérale, subvention de mandat ou loi conduisant Washington à une impasse.
Je vais le répéter. Je vais vous dire comment rendre les États-Unis complètement indépendants du pétrole et du charbon, pour 5 billions de dollars de moins, sans résolution du Congrès menée par des intérêts lucratifs. En d’autres termes, nous allons utiliser nos institutions les plus efficaces : les entreprises privées progressant avec la société civile et propulsées par l’innovation militaire, et les faire contourner nos institutions les moins efficaces. Que vous vous préoccupiez plus de profits, d’emplois et d’avantages concurrentiels ou de la sécurité nationale, de la gestion de l’environnement, de la sauvegarde du climat et de la santé publique, réinventer le feu est judicieux et payant.
Le général Eisenhower aurait affirmé qu’exacerber un problème grave permet de le résoudre en disposant de plus d’options et de synergies. Donc en réinventant le feu, nous avons intégrés les quatre secteurs qui consomment de l’énergie : le transport, les bâtiments, l’industrie et l’électricité et nous les avons intégrés à quatre types d’innovations, non seulement à la technologie et à la politique, mais aussi à la conception et à la stratégie d’entreprise. Ces combinaisons ont un rendement bien supérieur à la somme des parties, surtout dans la création d’occasions d’affaires profondément déstabilisantes.
Le pétrole coûte à notre économie 2 milliards de dollars par jour, plus 4 autres milliards par jour en coûts économique et militaire cachés, ce qui fait monter le coût total à plus de 1/6 du PIB. 60 % de notre carburant de transport sert aux automobiles. Alors commençons par fabriquer des voitures libres de pétrole. 66 % de l’énergie nécessaire pour déplacer une voiture typique sont affectés à son poids. Pour chaque unité d’énergie que vous économisez, en réduisant le poids ou la résistance au roulement, vous en économisez sept dans le réservoir, car vous n’avez pas à gaspiller six unités pour transmettre l’énergie aux roues.
Malheureusement, au cours des 25 dernières années, l’épidémie d’obésité a fait en sorte que nos voitures de deux tonnes d’acier ont pris du poids deux fois plus vite que nous. Mais aujourd’hui, des matériaux ultralégers et ultrarésistants, comme les composites à fibres de carbone, peuvent entraîner des réductions de poids substantielles, tout en simplifiant et en réduisant les coûts de fabrication. Des voitures légères et exemptes de friction nécessitent moins de force pour se déplacer, donc leurs moteurs rapetissent. En effet, ce type de gymnastique pour véhicule rend la propulsion électrique abordable, car les batteries ou les piles à combustible deviennent aussi plus petites, plus légères et moins chères. Le prix de vente chutera donc jusqu’au prix d’aujourd’hui, alors que le coût d’utilisation des véhicules, depuis le début, sera bien plus bas.
Grâce à l’ensemble de ces innovations, les constructeurs automobiles peuvent passer de piètres économies tirées de moteurs quasi victoriens et de technologies désuètes à la chute marquée des prix de trois innovations qui se renforcent grandement mutuellement, soit les matériaux ultralégers, leur transformation en des structures et la propulsion électrique. Les ventes vont augmenter et les prix chuter encore plus vite grâce à des taxations avec remise, à savoir, des rabais sur les nouvelles voitures efficaces payées par des droits sur les voitures inefficaces.
Au cours des deux premières années seulement, le plus important des cinq programmes de taxation avec remise d’Europe a fait progresser l’efficacité automobile trois fois plus vite. Le passage aux voitures électriques qui s’ensuivra va changer les règles du jeu tout comme l’a fait le passage des machines à écrire aux ordinateurs. L’informatique et l’électronique sont devenues l’industrie la plus importante des États-Unis, alors que les producteurs de machines à écrire ont disparu. La bonne santé des véhicules ouvre donc la voie à une nouvelle stratégie compétitive pour l’automobile qui peut faire doubler les économies de pétrole sur les 40 prochaines années, mais qui rend aussi l’électrification abordable, remplaçant ainsi le reste du pétrole.
Les États-Unis pourraient mener cette prochaine révolution de l’automobile. L’Allemagne est actuellement en tête. L’année dernière, Volkswagen a annoncé que d’ici l’année prochaine elle allait produire une hybride rechargeable en fibres de carbone capable de parcourir 100 km/litre. L’année dernière, BMW a aussi présenté une voiture électrique en fibres de carbone affirmant que le coût des fibres de carbone est compensé par un besoin moindre en batteries. Ils ont dit « nous n’avons pas l’intention de fabriquer des machines à écrire ». Audi prétend qu’elle les surpassera d’un an.
Il y a sept ans, une technologie américaine encore plus rapide et économique a servi à fabriquer cette petite pièce d’essai en fibres de carbone, qui sert aussi de casque de carbone, (Rires) en une minute. Et vous constaterez, en écoutant le son, à quel point elle est rigide et résistante. Vous pouvez l’échapper, c’est plus solide que du titane. Tom Friedman l’a frappée de toutes ses forces avec une masse sans même l’égratigner.
Mais de telles techniques de fabrication peuvent s’adapter à la vitesse et au coût du secteur automobile avec une performance aérospatiale. Elles peuvent faire économiser 80 % du capital nécessaire à la fabrication des voitures. Elles peuvent sauver des vies, car cette matière peut absorber une force d’impact par kilogramme jusqu’à cinq fois et demie de plus que l’acier. Si toutes les autos étaient construites de cette façon, l’économie de pétrole équivaudrait à trouver une Arabie saoudite et demie, ou la moitié de l’OPEP, si l’on forait dans la formation de Détroit, une zone pétrolière prometteuse. Et tous ces mégabarils sous Détroit coûtent en moyenne 18 $ le baril. Ils sont 100 % américains, libres de carbone et inépuisables.
La même physique et la même logique commerciale s’appliquent aux gros véhicules. De 2005 à 2010, Walmart a économisé 60 % du carburant par tonne-mile à sa flotte géante de poids lourds grâce à une meilleure logistique et à une meilleure conception. Mais rien que les économies technologiques sur les poids lourds peuvent atteindre les 2/3. Et, combinés avec des avions de trois à cinq fois plus efficaces, qui sont actuellement à l’étude, ces économies peuvent atteindre le billion de dollars.
La révolution militaire actuelle en matière d’efficacité énergétique va aussi accélérer toutes ces avancées civiles de la même manière que la R. et D. militaire nous a donné l’Internet, le GPS et les industries du moteur à réaction et des micropuces. En plus de concevoir et de fabriquer de meilleurs véhicules, nous pouvons aussi les utiliser de manière plus intelligente en exploitant quatre moyens importants d’éliminer les trajets inutiles. Au lieu d’assister à une augmentation des déplacements, nous pouvons utiliser un système de tarifs innovant : facturer les infrastructures routières au kilomètre et non au litre.
Nous pouvons utiliser des TI intelligentes pour améliorer les transports et permettre le partage de véhicules et le covoiturage. Des modèles de croissance intelligents et lucratifs peuvent aider les gens à se trouver déjà là où ils veulent être de manière à ce qu’ils n’aient pas besoin d’aller ailleurs. Et nous pouvons utiliser les TI pour rendre la circulation fluide. Ensemble, ces moyens peuvent nous donner un accès identique ou meilleur et diminuer la conduite de 46 à 84 %, permettant d’économiser 0,4 billion de dollars de plus et 0,3 billion de dollars en utilisant les camions de façon plus productive.
Donc d’ici 40 ans, si vous faites la somme, une économie des États-Unis bien plus mobile pourrait ne pas utiliser de pétrole. Économiser ou remplacer des barils à 25 $, plutôt que de les acheter à plus de 100 $, s’élève à 4 billions de dollars d’économie nette, en calculant tous les coûts cachés à zéro.
Devenir mobile sans pétrole, éliminer progressivement le pétrole, nous permettrait d’être efficaces et de changer de carburants. Ces voitures qui consomment de 0,98 à 1,88 litres par 100 kilomètres peuvent utiliser n’importe quelle combinaison de pile à hydrogène, d’électricité et de biocarburants avancés. Les camions et les avions peuvent utiliser de façon réaliste de l’hydrogène ou des biocarburants avancés. Les camions pourraient même utiliser du gaz naturel. Mais aucun véhicule n’aura besoin de pétrole. Et le maximum de biocarburant que nous pourrions avoir besoin, trois millions de barils par jour, peuvent être obtenus aux 2/3 à partir de déchets sans avoir à déplacer aucune terre cultivée et sans mettre en danger les sols ou le climat.
Notre équipe active ce genre d’économie de pétrole grâce à « l’acupuncture institutionnelle ». Nous déterminons où la logique commerciale est congestionnée et ne circule pas correctement et nous plantons de petites aiguilles pour la déboucher, en travaillant avec des partenaires comme Ford, Walmart et le Pentagone.
Et la longue transition est déjà bien amorcée. En fait, il y a trois ans, les principaux analystes commençaient à voir l’apogée non pas de l’offre, mais de la demande en pétrole. La Deutsche Bank a même dit que la consommation mondiale de pétrole pourrait atteindre son plus haut niveau autour de 2016.
En d’autres termes, le pétrole perd de sa compétitivité, même à bas prix, avant même d’être épuisé à prix élevé. Mais les véhicules électriques n’ont pas à étouffer le réseau électrique. Au contraire, lorsque les voitures intelligentes échangent de l’électricité et des informations par l’entremise d’immeubles intelligents dotés de réseaux intelligents, elles apportent au réseau une flexibilité et un stockage d’énergie précieux qui aident le réseau à intégrer de l’énergie solaire et éolienne variante.
Les voitures électriques rendent donc les problèmes automobiles et électriques plus simples à résoudre ensemble que séparément. Et elles font aussi converger l’histoire du pétrole vers notre deuxième grande histoire, économiser l’électricité et la fabriquer de façon différente. Et ces deux révolutions de l’électricité vont causer à ce secteur des perturbations plus nombreuses, profondes et diverses qu’à n’importe quel autre secteur parce que la technologie du 21e siècle et la vitesse vont entrer en collision avec des institutions, des règles et des cultures des 19e et 20e siècles. Changer la manière dont nous produisons l’électricité devient plus facile si nous en avons moins besoin. En ce moment, la plus grande partie est gaspillée et les technologies pour l’économiser s’améliorent plus vite que notre capacité à les mettre en place. La ressource utile non vendue devient donc abondante et moins chère.
Mais comme l’efficacité des bâtiments et des industries croît plus vite que l’économie, la consommation de l’électricité aux États-Unis pourrait, en fait, chuter, même avec la petite quantité supplémentaire nécessaire à ces voitures électriques efficaces. Et nous pouvons y arriver simplement en accentuant de façon raisonnable les tendances existantes.
Dans les 40 prochaines années, les bâtiments, qui consomment 75 % de l’électricité, pourraient tripler ou quadrupler leur productivité énergétique, économisant ainsi 1,4 billion de dollars en valeur nette courante, avec un taux de rentabilité interne de 33 % ou, en termes simples, les économies valent quatre fois ce qu’elles coûtent. Quant aux industries, elles peuvent aussi progresser en doublant leur productivité énergétique atteignant ainsi un taux de rentabilité interne de 21 %. La clé est une innovation déstabilisante que nous appelons conception intégrative qui fait souvent en sorte que de très importantes économies d’énergie coûtent moins chères que de petites ou aucune économie. C’est-à-dire que les remboursements vont croissant, ils ne diminuent pas.
C’est ainsi que nos rénovations de 2010 font économiser plus de 40 % de l’énergie de l’Empire State Building, en transformant ces 6500 fenêtres en de superfenêtres qui laissent passer la lumière, mais qui renvoient la chaleur. Et améliorer l’éclairage et le matériel de bureau réduit la charge de refroidissement maximale de 1/3. Ensuite, rénover les petits refroidisseurs au lieu d’en installer de plus gros a fait économiser 17 millions de dollars en dépenses en immobilisations, ce qui a permis de financer d’autres rénovations et de ramener le délai de récupération à trois ans. La conception intégrative peut aussi entraîner de meilleures économies d’énergie dans l’industrie. L’investissement d’un milliard de dollars dans l’efficacité énergétique de Dow a déjà rapporté neuf milliards de dollars.
Mais l’ensemble de l’industrie doit encore faire l’économie d’un demi-billion de dollars en énergie. Par exemple, 60 % de l’électricité mondiale fait marcher des moteurs. La moitié fait marcher des pompes et des ventilateurs. Et tous ces appareils peuvent devenir plus efficaces, et l’efficacité des systèmes des moteurs qui les font marcher pourrait presque doubler en intégrant 35 améliorations, remboursables en environ un an.
Mais d’abord nous devrions dégager des économies plus importantes et moins chères, qui sont souvent négligées et qui ne se trouvent pas dans les manuels scolaires. Les pompes, par exemple, l’affectation principale des moteurs, font circuler du liquide dans des tuyaux. Une boucle de pompage industrielle classique a été redessinée afin d’utiliser au moins 86 % moins d’énergie, non pas en utilisant de meilleures pompes, mais simplement en remplaçant des tuyaux longs, étroits et courbés par des tuyaux larges, courts et droits. Il ne s’agit pas d’une nouvelle technologie, il ne s’agit que du réaménagement de notre équipement métallique. Et en plus, cela réduit l’équipement de pompage et les dépenses en immobilisations.
Donc que représentent de telles économies relativement à l’électricité utilisée à 60 % pour les moteurs? Et bien, du charbon qui est brûlé dans la centrale à travers ce cumul de pertes, seulement 10 % de l’énergie de combustion atteignent, en fait, la sortie du tuyau. Mais maintenant, inversons ces pertes cumulées, et chaque unité du flux ou de friction économisée dans le tuyau permet de préserver 10 unités en coût de carburant, en pollution et de ce que Hunter Lovins appelle la « bizarrerie mondiale » directement à la centrale. Et bien sûr, quand vous remontez le processus, les composantes deviennent plus petites et donc moins chères.
Notre équipe a récemment décelé de telles économies d’énergie qui font boule de neige dans des reformulations industrielles de plus de 30 milliards de dollars, des centres de données et de fabrication de puces aux mines et aux raffineries. Nos plans de rénovation font économiser de 30 à 60 % de l’énergie et sont remboursés en quelques années, et la conception de nouvelles installations fait économiser de 40 à 90 % d’énergie avec généralement une dépense d’investissement plus faible.
Avoir besoin de moins d’électricité faciliterait et accélérerait le passage à de nouvelles sources d’électricité, principalement renouvelables. La Chine dirige leur croissance fulgurante et leur coût en chute libre. En fait, les prix des modules à énergie solaire viennent tout juste de chuter, laissant le graphique en plan. Et l’Allemagne compte maintenant plus de travailleurs dans le domaine solaire que les États-Unis comptent de métallos. Dans une vingtaine d’États, des installateurs privés posent des cellules solaires peu chères sur votre toit, sans mise de fonds, tout en ayant raison de votre facture d’électricité. De tels produits non réglementés pourraient, à terme, devenir un réel service et court-circuiter votre compagnie d’électricité de la même manière que votre cellulaire a court-circuité votre compagnie de téléphone à fil. Ce genre de choses rend les dirigeants de sociétés de services extrêmement anxieux et font faire de beaux rêves aux sociétés de capital-risque.
Les énergies renouvelables ne sont plus marginales. Chaque année depuis quatre ans, la moitié de la nouvelle capacité de production mondiale a été renouvelable, ces derniers temps, surtout dans les pays en développement. En 2010, les énergies renouvelables autres qu’hydroélectriques, particulièrement l’éolienne et les cellules solaires, ont fait l’objet d’investissements privés de 151 milliards de dollars, et ils ont aussi dépassé la puissance installée d’énergie nucléaire mondiale en produisant 60 milliards de watts supplémentaires cette année-là. Il s’agit là de la même quantité de capacité de cellules solaires que ce que le monde peut maintenant produire chaque année, un chiffre qui augmente de 60 à 70 % par an. En revanche, le total net de capacité nucléaire et de capacité de charbon et les commandes connexes continuent à diminuer parce qu’elles coûtent trop cher et qu’elles représentent un trop grand risque financier. En fait, aux États-Unis, aucune nouvelle centrale nucléaire n’a été capable de mobiliser un capital privé pour sa construction, malgré sept années de subventions de plus de 100 %.
Alors, comment remplacer les centrales au charbon? Une efficacité réelle et le gaz peuvent les remplacer toutes tout juste sous leurs coûts opérationnels et, conjugués avec les énergies renouvelables, peuvent les remplacer plus de 23 fois à un coût moindre que le prix de leur remplacement. Et nous n’avons qu’à les remplacer une seule fois. Cependant, on nous dit souvent que seuls les centrales au charbon et nucléaires peuvent garder les lumières allumées, parce qu’elles fonctionnent tout le temps, alors que les énergies éolienne et solaire sont variables, et par conséquent supposément non fiables.
En fait, aucun générateur ne fonctionne constamment. Ils brisent tous. Et si une grande centrale cesse de fonctionner, mille mégawatts sont perdus en quelques millisecondes, souvent pendant des semaines ou des mois, souvent sans avertissement. C’est exactement pour ça que nous avons conçu le réseau, pour que des centrales fonctionnelles prennent le relai des centrales en panne. Et voilà comment le réseau peut aussi gérer les variations prévisibles des énergies éolienne et solaire.
Des simulations faites toutes les heures montrent qu’une grande partie ou la totalité des réseaux renouvelables peut fournir une énergie hautement fiable quand elle est anticipée, intégrée et diversifiée à la fois selon le type d’énergie et sa localisation. Et cela s’applique autant aux zones continentales comme les États-Unis ou l’Europe et aux zones plus petites intégrées dans un réseau plus large. C’est ainsi qu’en 2010, quatre États allemands, par exemple, étaient alimentés de 43 à 52 % en énergie éolienne. Le Portugal était alimenté à 45 % en énergie renouvelable, le Danemark à 36 %. C’est ainsi que toute l’Europe pourrait passer à l’électricité renouvelable. Aux États-Unis, notre système de source d’énergie vieillissant, sale et peu sûr doit de toute façon être remplacé d’ici 2050. Et peu importe ce avec quoi nous le remplacerons, cela coûtera à peu près le même prix, environ six billions de dollars à la valeur actualisée, que nous achetions davantage de ce que nous avons ou du nouveau nucléaire ou du présumé charbon propre, ou des énergies renouvelables plus ou moins centralisées.
Mais au même prix, ces quatre scénarios diffèrent profondément quant aux risques pour la sécurité nationale, le combustible, l’eau, les finances, la technologie, le climat et la santé. Notre réseau surcentralisé, par exemple, est très vulnérable aux pannes en série qui peuvent potentiellement ruiner l’économie et qui sont attribuables à une mauvaise météorologie de l’espace ou à d’autres désastres naturels ou à une attaque terroriste. Mais ce risque de pannes disparaît, et tous les autres risques sont mieux gérés, si les énergies renouvelables sont réparties et organisées en microréseaux locaux qui communiquent normalement entre eux, mais qui sont autonomes, au besoin. C’est-à-dire qu’ils peuvent se déconnecter de manière fractale, puis se reconnecter sans heurts.
Cette méthode est exactement celle adoptée par le Pentagone pour sa propre alimentation en énergie. Ils estiment en avoir besoin; qu’en est-il de nous, ceux qu’ils défendent? Nous voulons aussi que nos trucs fonctionnent. À un prix comparable au prix habituel, cette démarche maximiserait la sécurité nationale, les choix pour la clientèle, les occasions d’affaires et l’innovation.
Collectivement, une utilisation efficace et une alimentation en énergies renouvelables réparties et variées commencent à transformer l’ensemble du secteur électrique. Les services publics ont l’habitude de construire des centrales au charbon et nucléaires nombreuses et géantes et quantité de grosses usines à gaz et produisent peut-être un peu d’énergie renouvelable efficace. Et ces services publics ont été récompensés, et continuent de l’être dans 34 États, car ils vous vendent plus d’électricité. Cependant, particulièrement là où des régulateurs sont maintenant récompensés lorsqu’ils réduisent vos factures, les investissements sont réorientés de manière radicale vers l’efficacité, la demande et la réponse, la cogénération, les énergies renouvelables et les façons de les lier entre eux de manière fiable tout en réduisant la transmission et en nécessitant peu ou pas de stockage d’électricité.
Notre avenir énergétique n’est donc pas lié au destin, mais à un choix, et ce choix est très large. En 1976, par exemple, le gouvernement et l’industrie étaient convaincus que la quantité d’énergie nécessaire pour faire un dollar de PIB ne pourrait jamais diminuer. Et tel un hérétique, j’ai affirmé qu’elle pourrait diminuer de beaucoup. Et c’est précisément ce qui s’est passé jusqu’à maintenant. Ça a diminué de moitié. Mais de nos jours, avec des nouvelles technologies sophistiquées, des canaux de distribution bien développés et la conception intégrative, nous pouvons en faire bien plus à un moindre coût.
Donc pour résoudre le problème de l’énergie, il nous suffit de l’exacerber. Au départ, les résultats peuvent paraître incroyables, mais comme l’a dit Marshall McLuhan : « Seuls les plus petits secrets ont besoin d’être protégés. Les grandes découvertes sont gardées par l’incrédulité du public. » Combinez maintenant les révolutions de l’électricité et du pétrole, toutes deux encouragées par une efficacité moderne, et vous en arrivez à la très grande histoire : la réinvention du feu, là où des politiques intelligentes reposant sur des marchés attentifs contribuent aux affaires qui, à leur tour, peuvent libérer complètement les États-Unis du pétrole et du charbon d’ici 2050, entraînant des économies de 5 billions de dollars, faisant croître l’économie de 158 %, renforçant la sécurité nationale, oh, et en se débarrassant du pétrole et du charbon, réduisant les émissions de carbone fossile de 82 à 86 %.
Si l’un de ces résultats vous plaît, vous pouvez appuyer la réinvention du feu sans nécessairement adhérer à chacun ou définir lequel est le plus important. Se concentrer sur les résultats et non sur les motivations peut transformer les impasses et les conflits en une solution fédératrice au défi énergétique des États-Unis. Focaliser sur les résultats s’avère également la meilleure façon d’affronter les défis mondiaux : les changements climatiques, la prolifération nucléaire, l’insécurité énergétique, la pauvreté énergétique, qui compromettent notre sécurité.
Chez RMI, notre équipe aide les entreprises intelligentes à décoller et à accélérer ce voyage par le moyen de six initiatives sectorielles, et quelques autres en éclosion. Toutefois, les vieilles mentalités subsistent aussi. L’ancien pétrolier Maurice Strong a dit : « Tous les fossiles ne se trouvent pas dans le pétrole. » Mais comme nous le rappelle Edgar Woolard, qui présidait la société Dupont, « Les entreprises aux prises avec une mentalité primitive ne seront pas un obstacle parce que, dit-il, à long terme, elles n’existeront simplement plus. »
Il ne s’agit pas d’une occasion d’affaires unique pour une civilisation, mais une des transitions les plus profondes dans l’histoire de notre espèce. Nous, les humains, sommes en train d’inventer un nouveau feu, qui n’est pas déterré du sol, mais qui nous arrive d’au-delà; pas rare, mais abondant; pas localisé, mais qui est partout; pas éphémère, mais permanent; pas coûteux, mais gratuit. Mis à part un peu de gaz naturel pour la transition et de biocarburant produit pour être durable, ce nouveau feu n’a pas de flamme. Utilisé de façon efficace, il peut réellement faire notre travail sans travailler à notre perte.
Chacun de vous possède une partie de ce lot de 5 billions de dollars. Et notre nouveau livre « Reinventing Fire » [Réinventer le feu] explique comment le conquérir. La discussion ne fait que commencer sur ReinventingFire.com, alors je vous invite tous à vous engager auprès de nous, entre vous, auprès de tout le monde qui vous entoure, afin de rendre notre monde plus riche, plus juste, plus frais et plus sûr, et ensemble, réinventons le feu.
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Dans cette conférence intimiste filmée dans les bureaux de TED, le théoricien énergétique Amory Lovins énonce les étapes que nous devons suivre pour arrêter la dépendance mondiale au pétrole (avant qu’il n’y en ait plus). Certains changements se produisent déjà — comme les voitures plus légères et les camions plus intelligents — mais certains nécessitent une vision plus large.
In his new book, "Reinventing Fire," Amory Lovins shares ingenious ideas for the next era of energy. Full bio »
Translated into French, Canadian by Caroline Gagné
Reviewed by Veronica Martinez
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19:44 Posted: Dec 2007
Views 469,048 | Comments 142
16:40 Posted: Nov 2009
Views 376,624 | Comments 218
17:14 Posted: Aug 2010
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